how loathsome - Ted Naifeh & Tristan Crane - NBM

20 juin 2004 0 commentaire
  • Dans la jungle des éditeurs américains, NBM sort du lot grâce à une politique éditoriale ressemblant moins à celle de Marvel ou DC qu'à celle d'un bon éditeur français (ils publient d'ailleurs nombre de traductions d'albums français). {how loathsome} est encore une preuve de leur volonté de diversité.

Tout d’abord publié sous la forme d’une mini-série de quatre fascicules, la collaboration entre le dessinateur Ted Naifeh et le scénariste Tristan Crane bénéficie maintenant d’une réédition sous la forme d’un superbe album cartonné avec jaquette, au design aussi sobre que l’histoire pourra paraître baroque à certains lecteurs.

En effet, how loathsome (« comme c’est répugnant ») suit quelques moments de la vie de personnages plongés dans un San Francisco underground peuplé d’homos, de bi, de trans et d’hétéros, tous en rupture de ban avec les aspects majoritaires de la société.

Catherine, l’un des personnages principaux, est une lesbienne qui va tomber amoureuse de Chloé, trans au charme éthéré qui fera aussi son effet sur Nick, un hétéro qui ne franchira pas la ligne quand il apprendra la nature de Chloé. Alex, jeune prostitué, ne semble pas arriver à se débarrasser de son attirance pour les drogues, et son attirance pour un autre garçon qui se révèlera être un peu autre chose ne lui simplifiera pas la vie. Quant à Aaron & Ashley, un inséparable couple androgyne, leur façade goth et transgressive impressionne tout le monde... sauf Catherine.

L’un des écueils qui guettent les histoires mettant en scène des personnages hors-normes est évidemment le voyeurisme. Mais Crane et Naifeh l’évitent facilement, et l’une des grandes réussites de cet album est que le lecteur se sent proche de ces personnages, quel que soit son propre mode de vie. Catherine, Alex et les autres ne cherchent finalement rien d’autre que ce que cherchent la plupart des êtres humains, qu’ils passent leur temps en costume-cravate ou qu’ils soient piercés de partout : la chaleur des relations humaines, des amitiés et des amours. La peinture de ces personnages (en partie inspirée de personnes rencontrées par les auteurs) a beau être sans concession - il n’y a aucune tentative de rendre romantique la prise de drogue, par exemple - , elle est néanmoins sans moralisme.

how loathsome - Ted Naifeh & Tristan Crane - NBMUn contrepoint intéressant au réalisme des séquences principales est l’insertion de courts récits ‘écrits’ par Catherine. Une histoire de fantômes digne du XIXème siècle, un amour tragique entre un moine japonais et son acolyte, ces deux séquences sont dessinées par Naifeh dans un noir et blanc contrastant avec la couleur sépia présente dans le reste du livre. Cette couleur fait particulièrement ressortir le trait stylisé de Naifeh et son utilisation de plages de noir (l’édition en fascicules était en noir et blanc), qui créent des planches à l’atmosphère marquée et élégante. On peut encore noter que la narration graphique est classique, ce qui à mon avis permet plus facilement au lecteur de faire preuve d’empathie envers les personnages et participe de la volonté de ne pas sensationnaliser leur vie.

how loathsome est un excellent exemple de ce que la bande dessinée américaine propose en terme de thèmes adultes, au meilleur sens de l’expression. Comme toutes les bonnes histoires, cet album atteint des vérités universelles à travers la représentation de personnages très particuliers. Le lecteur est là face à un vrai travail d’auteur, et s’il ne retrouve pas le côté confortable des œuvres purement divertissantes, il en retirera d’autant plus s’il décide de faire la moitié du chemin, vers des personnages qui lui deviendront alors bien plus proches que les stéréotypes peuplant une grande partie de la fiction contemporaine.

(par François Peneaud)

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Cet album est disponible en librairies de comics, ou chez l’éditeur. Les auteurs ont également un site.

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