iPad : Et Jobs réinventa le livre électronique

28 janvier 2010 5 commentaires
  • Hier, devant une foule de disciples convaincus à sa cause, le fondateur et redresseur d'Apple Inc. a présenté sa nouvelle merveille : l'iPad est un écran tactile autonome, dans la lignée de l'iPod touch.

Si les rumeurs soigneusement entretenues par le siège de Cupertino nous avaient préparés à ce produit (objectif : faire paniquer la concurrence), c’est le prix annoncé par Steve Jobs qui en a surpris plus d’un : l’entrée de gamme est à 499 $. [1]6 modèles seront disponibles fin Mars ; la version la plus complète, comportant une connexion mobile 3G sera vendu à 829 $.

iPad : Et Jobs réinventa le livre électroniqueD’un écran couleur d’une diagonale d’environ 9,7 pouces (env. 25 cm), l’iPad se positionne plus comme un appareil polyvalent par rapport au Kindle d’Amazon puisqu’il peut lire des vidéos en haute-résolution, aura un logiciel de dessin en standard et permet de faire tourner la suite bureautique d’Apple. En fait, la tablette embarque le même système qu’un iPhone et bénéficie de la compatibilité logicielle avec celui-ci (les logiciels sont simplement affichés en plus grands) mais aussi des mêmes verrouillages : tout logiciel ne peut être installé qu’en allant sur le store d’Apple.

Si cette compatibilité assure instantanément une immense logithèque à l’iPad et serait de nature à rassurer les éditeurs de BD sur iPhone, une annonce leur a surement fait froid dans le dos : Apple y incorporera un logiciel ereader appelé iBooks », lequel sera connecté avec un store spécialisé « iBooks Store ». Le modèle économique sera très probablement le même que pour l’iTunes music store, à savoir qu’Apple fera un prix unique de 5$ et prendra une marge de 35% sur chaque vente.

On connait l’immense côte d’amour dont jouit la firme à la pomme dans la chaîne graphique. Nul ne doute que cette annonce est regardée avec la même inquiétude qu’a provoqué le succès de l’iTMS, mettant Apple dans une position de quasi-monopole dans le domaine de la vente de musique dématérialisé, arrivant même à faire plier les majors musicales dans ses négociations.

À l’ouverture du Festival d’Angoulême, certains professionnels ont bien voulu donner leur ressenti et réagissent à la fois dans l’attentisme et l’admiration :

Denis Bajram, dessinateur travaillant directement au numérique, et ancien éditeur du label Quadrants :

« Il va falloir envisager de créer directement pour le numérique. Mais je crois assez peu au multiformat. Penser mixte (produire un album à la fois pour l’impression traditionnelle et pour la distribution numérique) serait une mauvaise idée. La transposition serait forcément maladroite, inadéquate. Les éditeurs garderont leur place dans ce nouveau modèle : se passer d’eux reviendrait à les réduire au rôle de distributeur. Le store d’Apple ne fera jamais la promotion d’un livre, ni le labéliser, le mettre en avant. »

Thierry Smolderen, historien et passionné des NTIC (Nouvelles Technologies de l’Informatique et de Communication) :

« Il yaura forcément des jeunes auteurs qui vont publier directement sur ce store pour lancer des petites fusées. Des nouvelles tendances qui vont vite changer le paysage. Personnellement, je lis déjà énormément sur écran. C’est l’indexation qui est intéressante. Même si tu n’as qu’une infime partie, il y a surtout la valeur d’usage. Le livre va plus entrer dans la vie quotidienne.
Avec un livre à 5$... forcément, se serait moins intéressant qu’un service illimité par abonnement. Mais le hic de ce passage au numérique, c’est comment stocker/prêter/échanger ? Je prête facilement un livre, car c’est sa fonction fondamentale, un droit inaliénable de notre culture contemporaine. Internet a créé la suggestion de livres en fonction des centres d’intérêts, des nuages de pertinence, des plateformes de goût.
 »

Néanmoins, personne n’a encore soulevé un écueil de poids : la conservation d’un support dématérialisé. Apple permet l’appairage multiple d’une collection (on peut partager la sienne entre jusqu’à 3 appareils), mais évidemment, on peut se poser des questions sur la pérennité des documents sur plusieurs décennies.

(par Xavier Mouton-Dubosc)

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[1La politique de conversion d’Apple 1$ = 1€ nous fait parier que le prix européen sera de 499 €.

 
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