Les comics et Roy Lichtenstein

17 novembre 2013 17 commentaires Actualité

Alors que son exposition fait des scores de fréquentation au Centre Pompidou à Beaubourg (près de 600 000 entrées), il est utile de visiter un site, Deconstructing Roy Lichtenstein de David Barsalou, qui démontre à quel point la star du Pop Art, Roy Lichtenstein, pompait comme un Shadok, et pas très bien en plus, les plus grands noms de la BD américaine.

On devrait donner à tous ces ayant-droits les coordonnées des avocats de Nick Rodwell...

DP

Les comics et Roy Lichtenstein
Capture d’écran de Deconstructing Roy Lichtenstein
DR

Voir en ligne : Deconstructing Roy Lichtenstein de David Barsalou

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17 Messages :
  • Les comics et Roy Lichtenstein
    17 novembre 2013 18:37, par Jean-Luc Cornette

    Il aura donc fallu 50 ans pour découvrir que les toiles de Lichtenstein était "pompée" sur des comics. Quelle surprise ! :-)

    Plus sérieusement, je ne crois pas que Lichtenstein avait pour but de reproduire à l’identique des dessins issus de BD et de se faire passer pour un (bon) dessinateur de BD. Dans ce cas, Picasso est un très mauvais dessinateur aussi, si ont devait comparer les vraies demoiselles d’Avignon, certainement de très jolies filles, avec sa vision en peinture sous forme de créatures aux physiques tordus et anguleux et aux tronches de masques africains. Pourtant son tableau est exceptionnel. Si on les compare, il est bien entendu que Joe Kubert dessine beaucoup mieux, vu que Joe Kubert est un immense dessinateur et que Lichtenstein n’est pas un dessinateur. Les deux oeuvres - même si la seconde extrait une part de son matériau esthétique de la première - ne sont pas comparables. Leur médium, et leur lecture sont très différents.

    La seule question qu’on pourrait se poser face au travail de Lichtenstein est : aurait-il dû donner ses sources par respect et honnêteté pour les auteurs des comics dont il s’est servi ? Sa faculté à bien dessiner ou à bien copier me semble que peut importante dans son oeuvre d’artiste du Pop Art. (Pollock ne fait que des tâches et Rothko des carrés de couleurs, ils ne sont certainement pas de fins dessinateurs, ce sont pourtant d’immenses peintres.)
    Ceci dit, chacun est libre de penser que Lichtenstein est un peintre médiocre ou que le Pop Art est une arnaque. Mais là, je pense qu’on est dans un autre débat que celui du rapport aux auteurs de comics et aux sources d’inspirations de Lichtenstein en général.

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    • Répondu par Alex le 18 novembre 2013 à  01:37 :

      La première toile de Lichtenstein -dans le style qui allait devenir le Pop Art et qui marquait une rupture flagrante avec ses oeuvres précédentes- représentait un Donald et un Mickey, avec ce phylactère prémonitoire : "Look Mickey, I’ve hooked a big one !!" (1961) Un dessin "mal pompé", dans toute sa malhabilité flagrante, le travail d’un enfant de 5 ans avec une feuille de calque ? (Question purement rhétorique). 1960, Warhol peint un Dick Tracy, phylactère à moitié effacé, peinture qui coule sur la toile. Sans aucun doute, un "mauvais pompage" de plus... La naissance du Pop Art, les doutes des artistes, leurs motivations sont très bien documentées -même par des témoignages audiovisuels avec les protagonistes de l’époque, pour ceux qui seraient réfractaires à toute lecture soutenue sur le sujet. Comme le souligne Mr Cornette ce n’est pas la bd qui intéresse Lichtenstein mais le fascicule, le produit de grande consommation, le Comics (d’où les trames, doh !) Quand Lichtenstein "refait" un Picasso ou un Monet ce n’est pas la toile originale qu’il représente mais la reproduction de cette toile vendue à 1€ sous forme de carte postale. Ceci dit, à l’opposé de Mr Cornette je ne pense pas que l’on puisse balayer aisément et par simple choix intellectuel ou esthétique le Pop Art. C’est le dernier grand mouvement Moderne historique. En lignée directe avec les Dadaïstes et les Surréalistes. Ces mouvements qui ont profondément réfléchi à la définition de l’Art- au même moment que la presse se développait, que l’imprimé devenait accessible à un portion grandissante de la population. C’est des choses comme ça que j’aurais aimé lire, au lieu de ces 5 lignes qui nous dirigent vers un site que l’on connait depuis des années et qui ne dit rien sur les intentions ou sur l’histoire. C’est à ce moment que le journaliste se transforme en flic-et-juge. Coupable. Preuve sur pièces et condamnation à la clé.

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      • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 18 novembre 2013 à  07:21 :

        Tout de suite les grands mots : juge, flic... Et de ramener sa science, avec le mépris pour ceux qui ne savent pas (votre saillie sur ce site "que-tout-le-monde-connaît"...).

        Je n’enlève rien à l’importance de Liechtenstein, ni du Pop-Art, que je connais aussi bien que vous. Que Warhol ait emprunté un dessin de Mickey, je le conçois, Disney vaut bien Liebeg (bien que Barks passe aux oubliettes de l’histoire de l’art). Mais ce qui frappe, c’est l’importance du pompage et ce qui interpelle, c’est le peu de crédit fait aux auteurs d’origine. J’aimerais savoir si un deal existe entre les majors DC et Marvel et ce peintre, s’ils touchent des droits sur les énormes droits d’auteur que touche le peintre. Vous qui avez tout, vous êtes documentés à ce sujet ?

        Ceci n’a rien à voir avec la question de la démarche artistique, le Pop Art, on connaît, merci. C’est juste une interrogation d’ordre économique au moment où la célébration de Lichtenstein est à son sommet en France. Nous sommes contents de remettre un peu de lumière sur les auteurs d’origine. On leur doit bien ça.

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        • Répondu par Jean-Luc Cornette le 18 novembre 2013 à  17:26 :

          Je voudrais juste préciser, suite au message d’Alex, que lorsque j’écris que chacun est libre de penser que Lichtenstein est un peintre médiocre ou que le Pop Art est une arnaque, je ne ne parle pas de moi. Mon avis importe peu. Mais vu qu’il semblerait qu’on puisse interpréter ceci comme étant ma vision des choses, je me sens obligé de dire, que non, pour ma part, je ne balaie absolument pas le Pop Art. Mais libre à chacun d’apprécier ou non ces artistes, leurs démarches et leurs oeuvres. Pour le reste, je souscris assez à la vision d’Alex quant à la place du Pop Art parmi les avant-gardes du XXème siècle.

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          • Répondu par Alex le 18 novembre 2013 à  23:01 :

            Et c’était mal rédigé de ma part Mr Cornette, pardon. Je rebondissais sur votre commentaire et voulais dire que ce n’est pas possible de balayer d’un revers de la main le Pop Art sous couvert "d’arnaque", même si s’en est éventuellement une. J’avais bien compris votre nuance.

            Ensuite on peut se couvrir la tête de cendres, déplorer que la bande dessinée n’est pas reconnue à sa juste valeur (à lire ce site un "chef-d’oeuvre" par semaine, un "génie" tout les 2 jours) -injustice profonde ou inflation adverbiale ? Mais pour qu’un art devienne reconnu il faut toute une constellation de talents : d’auteurs à éditeurs ou, même (!), critiques. La paranoïa endémique de ces derniers est peut-être la clé qui expliquerait le sous-statut de la bd, toujours sur la défensive -un rien pleurnicheurs- la capacité d’analyse s’en trouve forcément décrue. On en est réduit à lire que Lichtenstein "pompe mal" les originaux. Franchement... même pour moi qui n’appartient à aucune élite sociale ou intellectuelle comme on aimerait me dépeindre bien à-propos.

            Ce n’est pas la première fois que j’interviens sur le sujet de Lichtenstein sur ce site, et comme toujours dans ce cas j’aime rappeler l’oeuvre d’Öyvind Fahlström, un grand peintre Pop qui lui s’est intéressé véritablement aux mécanismes et aux formes de la bd par ses collages et ses tableaux aimantés.Ça a beaucoup plus à voir avec la bd que Lichtenstein, et c’est 100 fois plus intelligent par ailleurs.

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        • Répondu par Michel Dartay le 18 novembre 2013 à  19:08 :

          Le nom de Tony Abruzzo revient très souvent pour des romance comics mettant en scène des jeunes femmes. la plupart des comics ont été édités par DC. il est amusant de remarquer que lorsque Roy a repris deux cases du the Atom de Gil Kane, il a carrément supprimé son minuscule héros, au costume trop reconnaissable.

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          • Répondu par Thomas le 18 novembre 2013 à  21:27 :

            Un cas plus récent avec la réaction de l’auteur :
            http://www.bleedingcool.com/2010/05/20/brian-bolland-takes-on-erro-and-wins/

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            • Répondu par Michel Dartay le 18 novembre 2013 à  22:52 :

              Merci Thomas, pour ce témoignage que j’igonrais. Là, on est en territoire récent, donc il y a forcément plus de possibilités juridiques (même si l’agent d’Erro (comme error ?)signifie de lui-même l’arrêt de la mise en vente des affiches. Tout cela signifie que des auteurs influents du Comics-Art ont donné bien des idées de récupération ou de pompage à des "artistes" moins créatifs. Jusqu’où s’aaréteront ces honteux plagiats, en forme d’hommages non-crédités ? On sait à quel point les "grands" cinéastes Lucas et Scott se sont inspirés des BD d’auteurs français. On peut y ajouter le géant Cameron, en bisbille avec un illustrateur de pochettes de disques pop des années soixante-dix (Roger Dean, les disques de Yes) qui l’accuse d’avoir pillé les visuels de ses univers pour son film Avatar. La BD, c’est un art. Ce n’est pas une poubelle où des parasites en panne d’inspiration peuvent venir se servir gratuitement en idées nouvelles !

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        • Répondu par Sergio Salma le 18 novembre 2013 à  23:58 :

          Didier, on ne comprend pas bien l’utilisation du terme "pompage" puisque toute la démarche est de reproduire volontairement les formes pour les vider de leur substance et leur faire "dire" autre chose. Warhol n’a pas pompé l’étiquette de la boîte des soupes Campbell, il l’a copiée dans un format plus grand, l’a reproduite pour susciter une réflexion( qui peut être multiple) et créer un "choc" esthétique. La réflexion portant justement sur la notion industrielle.

          Nombreux sont les artistes qui utilisent des images préexistantes , Braque qui reproduit la une d’un journal, combien de peintures classiques contenant dans le sujet une scène de genre dans laquelle est accrochée une autre peinture... Je crois qu’on tombe là dans le principe du droit de citation. Warhol n’a pas payé de droits à ces multiples modèles enrôlés de force dans ces reproductions colorées. Le peintre qui utilise un personnage de bande dessinée travaillent d’après "nature"à sa façon . De nombreux illustrateurs usent souvent de l’imagerie hollywoodienne , des cinéastes cadrent comme les photographes, des musiciens marchent clairement dans les atmosphères de prédécesseurs quand ils ne samplent pas carrément des extraits sans que le droit d’auteur ne puisse intervenir.

          Le pop art en quelque sorte fut le paroxysme de la citation considérant que la fiction ou la célébrité sont proprement intégrée à la réalité ; c’est l’ère du poster, ils avouent et mettent en avant la notion de consommation. La bande dessinée et la soupe( populaire) étant le quotidien , ils les ont utilisées dans leur enveloppe. Si Lichtenstein avait voulu reproduire parfaitement , non seulement ça aurait perdu de son sens mais de plus, il se serait effacé derrière son modèle. Il a reproduit la réalité comme il a pu, les impressionnistes, les portraitistes ou n’importe quel figuratif ne font pas autre chose.

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          • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 19 novembre 2013 à  00:42 :

            Certes, mais ce faisant, les auteurs d’origine, et pas des moindres, sont escamotés. Je suis le premier à accepter la citation en art, mais quand Picasso "pompe" Delacroix, Magritte, Manet et Dali, Millet, au moins leurs noms sont cités. Ici, rien. Là est le scandale.

            Et oui, je regrette que le trait de Kubert ou de Kirby se trouve abâtardi par Liechtenstein. Après, sur la démarche du Pop Art, sa modernité, sa théorie et son avant-garde, je n’ai rien à dire. Mais cet emprunt massif sans que les auteurs d’origine ne soient même cités, je le prends comme un mépris pour la bande dessinée.

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            • Répondu par Michel Dartay le 20 novembre 2013 à  22:38 :

              A l’époque où Roy Lichtenstein a réalisé ces toiles en forme de cases géantes de Comics (début des années soixante ?, le comics était sous-évalué en tant que forme artistique aux States. Pas d’albums, cartonnés ou brochés, pas de zines, encore moins de web. De plus, en ces temps reculés, les droits apparteanient aux éditeurs plus qu’aux créateurs, qui n’avaient le plus souvent qu’un statut de pigiste. Donc on peut à la limite comprendre que Lichtenstein ait voulu occulter l’influence de ses sources d’inspiration (ne serait ce que par un Thanks to ou un After). Le plus troublant reste que dans les très nombreux livres ou hors-séries de revues artistiques consacrés à Lichtenstein, les journalistes semblent dans l’ignorance la plus totale de ces "références" (à part le fameux Donald à la pêche, qui bénéficie d’une renommée mondiale).

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              • Répondu par V le 21 novembre 2013 à  10:36 :

                Cette article est consternant et ne met qu’une chose en évidence, mon cher Didier, c’est votre méconnaissance du sujet Roy Lichtenstein / Pop Art.

                Vous auriez été bien avisé de vous rendre à cette magnifique exposition du centre Pompidou où la démarche de Lichtenstein vous serez apparue autrement plus complexe que celle du simple plagiaire que vous lui attribuez.

                Enfin, se poser en défenseur des droits des auteurs et illustrer son article par une image sans crédit est pour le moins franchement léger (la seule mention "DR" n’a aucune valeur légale et ne saurait se substituer aux noms des auteurs, d’autant qu’ici ils sont parfaitement connus).

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            • Répondu par Sergio Salma le 21 novembre 2013 à  20:24 :

              On a chacun sa lecture. On peut aussi considérer ces images comme un hommage. Qu’on ne cite pas les auteurs des images c’est anecdotique. Une onomatopée, un close-up, un visage avec les pleins et déliés classiques , tous ces fragments symboliques d’un média populaire, une série de codes quotidiens agrandis, ré-interprétés, recadrés , tout ça relève plus de l’apologie que du mépris. On en note le pouvoir évocateur, on fait un focus sur les conventions du genre comme autant de souvenirs d’émotions. C’est aussi un clin d’œil à tout un art , Lichtenstein est lui-même dessinateur.

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              • Répondu le 21 novembre 2013 à  22:13 :

                Lichtenstein est lui-même dessinateur

                Non, Lichtenstein est incapable de dessiner, de créer une image, c’est juste un escroc, un mauvais décalqueur, même techniquement il est mauvais.

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          • Répondu par jean-philippe Peyraud le 21 novembre 2013 à  14:49 :

            Le problème c’est que le droit de citation d’une image n’est pas reconnu juridiquement en France :
            http://fr.jurispedia.org/index.php/Droit_de_citation_%28fr%29

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            • Répondu le 24 novembre 2013 à  10:56 :

              Les autres pop ont fait ce qu’ils voulaient, recyclage d’objets de consommation, boites de conserve, jouets, etc... c’est pas le problème, les petites révolutions picturales cycliques qui émeuvent tant la bourgeoisie occidentale me laissent de glace, certaines sociétés ont les émois qu’elles méritent... mais lui a (mal) pillé le travail d’artistes qui avaient du talent, ca s’appelle du vol, et le vol comme tout le monde le sait ce n’est pas bien, surtout pour produire un machin mal foutu et bancale. Le ressort dialectique du readymade justifiant ce pillage me dégoute, Joe Kubert, Jack Kirby, et compagnie n’étaient pas des pissotières, dans lesquels on pouvait se soulager à volonté... Tout ca aurait du se finir devant des tribunaux.

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  • Les comics et Roy Lichtenstein
    21 novembre 2013 12:00, par Michèle

    Merci pour ces commentaires très intéressants qui éclairent ma lanterne (ex : Öyvind Fahlström).Pour moi, le Pop art relève plus d’une esthétique que d’une critique de la société américaine.Mouvement artistique anecdotique. Je constate que la bd qui s ’adressait au départ aux couches populaires de la société américain a été récupérée ensuite, pompée, on peut le dire par des bobos qui s"encanaillent".
    Un classique.... (pas seulement dans la bd et bonjour les droits d’auteur). Voilà, c’est dit.

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