Colloque à Angoulême : les intéressants débats de MédiaBD

28 juin 2019 0 commentaire

Le colloque international MediaBD s’est tenu la semaine dernière à Angoulême pour deux jours. Après avoir questionné le rapport de la bande dessinée au cinéma lors de sa précédente édition, le programme de recherche porté par l’historien Jean-Paul Gabilliet s’intéresse à l’histoire culturelle du médium.

« L’ambition de ce colloque est de procéder à une première exploration, diachronique et synchronique, de la diversité des instances qui ont contribué à faire de la bande dessinée un objet d’intérêt, de savoir, d’analyse depuis la seconde moitié du XXe siècle et lui ont permis de la sorte de s’extraire des contraintes de toutes natures (idéologiques, économiques, esthétiques) qui en faisaient un objet de consommation culturelle a priori pour les enfants, les « jeunes » et, au sens large, les individus considérés comme les moins bien dotés en capital culturel. On s’intéressera moins au processus de légitimation de la bande dessinée, lequel est toujours inachevé depuis le bouillonnement des années 1960-70 (Boltanski, 1975 ; Maigret, 1994 ; Heinich, 2017), qu’aux mécanismes de toutes sortes qui l’alimentent. »

Colloque à Angoulême : les intéressants débats de MédiaBD

Jean-Paul Gabilliet, professeur à l’Université Bordeaux-Montaigne, spécialiste en Histoire culturelle de l’Amérique du nord et plus particulièrement de la bande dessinée, a donc ouvert cette 4e édition, intitulée La bédéphilie depuis les années 1960 : sous-culture et culture partagée. Cette introduction a rapidement été suivie par une conférence de la grande figure française de l’histoire culturelle Pascal Ory, intitulée La BD : exception ou règle ? Esquisse d’une théorie de la philie.

Pascal Ory et Jean-Paul Gabilliet introduisent le colloque.

Vint ensuite l’heure américaine avec les interventions de trois spécialistes Bart Beaty, auteur aux côtés de Benjamin Woo de The Greatest Comic Book of All Time : Symbolic Capital and the Field of American Comic Books en 2016, Joshua Abraham Kopin, président de la Comics Study Society, association de recherche de l’Université d’Austin au Texas et enfin John A. Walsh professeur à l’université d’Indiana et membre des programmes de recherche Comic Book Markup Language et Comic Book Readership Archive.

Le panel US

L’Europe fut ensuite abordée avec les conférences de Gert Meesters de l’université de Lille sur l’émergence d’un discours bédéphilique dans les quotidiens belges et de Benoit Mitaine de l’université de Dijon sur Bang, selon lui l’initiateur de la recherche sur la bande dessinée en Espagne.

Puis ce fut au tour du Canada, de Sylvain Lemay (Université du Québec en Outaouais) et de Chris Reyns-Chikuma (University of Alberta) de débattre sur la bédéphilie dans la Belle Province, tandis que Sylvain Aquatias (université de Limoges), Benoît Crucifix (FNRS-Université de Liège & Université Catholique de Louvain), et Thierry Groensteen, professeur à l’ÉESI, intervinrent pour parler de la typologie des lecteurs et de la "bédéphilie ordinaire", ce dernier restant apparemment obsédé par les "spécialistes de BD", tandis que Nicolas Nouhaud (université de Bordeaux-Montaigne) aborda « BD en objet d’étude pour ses lecteurs : du foreshadowing de l’auteur à l’encyclopédisme des fans  » et Bounthavy Suvilay les « Paniques morales et ethos d’expert : les contre-discours des fans de manga en France dans les années 1990. ». Qu’en des termes savants ces choses-là sont dites !

Les débuts de la scène bédéphilique canadienne

À leur suite, des explorations dans l’univers de la BD animalière et son intérêt supposé auprès des enfants avec Maaheen Ahmed (Université de Gand), sur la fabrication d’un classique de la BD tel que Killing Joke de Alan Moore & Brian Bolland par Romain Becker (ENS Lyon) et sur l’importance de la bande dessinée britannique dans la collection US Vertigo Comics par Isabelle Licari-Guillaume (université de Nice).

Le colloque s’est conclu par la question de savoir si les bédéphiles avaient inventé le métier de dessinateur de bande dessinée, bigre !, par Jessica Kohn (université Paris 3). Sylvain Lesage (Université Lille) mena une réflexion sur la "culture matérielle et bédéphilie des premiers temps" tandis que Benoît Preteseille (ÉESI/Poitiers) voiyait dans la bédéphilie un aiguillon créatif.

D’intéressants débats, donc, qui nous éloignent quelque peu des propos niais d’Harry Morgan sur ce qu’il appelait naguère avec mépris "le discours fanique".

Ce colloque a été l’occasion de faire la présentation de MEDIABD, une base de données des périodiques en français sur la bande dessinée par Julien Baudry. Une belle initiative qui rendra justice au travail pionnier des premiers "spécialistes" de BD, dont faisaient partie, déjà dans les années 1960, quelques universitaires.

Ce projet de recherche est le résultat d’un partenariat entre divers instances et institutions, tout d’abord régionales avec le Conseil Régional de Nouvelle-Aquitaine (financement), scientifiques le CLIMAS (Université Bordeaux-Montaigne), le MICA (Université Bordeaux-Montaigne) et le L3i (Université de La Rochelle), la Cité Internationale de la bande dessinée et de l’image, mais également l’École Européenne Supérieure de l’image.

On espère que cet intéressant colloque sur lequel la Cité a peu communiqué, fera l’objet d’une publication reprenant les différentes interventions.

TF & DP

Merci à Jean-Philippe Martin pour les photos.

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