L’Express revient sur les relations « improbables » entre Hergé et Gabriel Matzneff

16 février 2020 1 commentaire

UNE AMITIÉ PARTICULIÈRE. Gabriel Matzneff, on connaît désormais : un écrivain dont le nom est attaché au scandale qui défraie la chronique littéraire et judiciaire depuis plusieurs semaines. Mais Hergé ? L’auteur de Tintin apparaît souvent en filigrane dans les clichés représentant l’écrivain. Les deux hommes se connaissaient. Jusqu’à quel point ? C’est précisément ce qu’une enquête de Jérôme Dupuis révèle dans L’Express cette semaine.

Gabriel Matzneff était un admirateur de Tintin. Dans Combat en 1964, il prend la défense des culottes de golf du jeune reporter jugés désuets par certains. Hergé lui écrit pour le remercier et se prend de sympathie pour ce jeune écrivain qui est un familier d’Henry de Montherlant qu’Hergé admire.

Les deux hommes se verront de loin en loin, partageant des dîners au Grand Vefour à Paris. Hergé, qui s’est séparé de son épouse pour une femme plus jeune apprécie ce vent de liberté qu’incarne l’écrivain alors qu’il sort d’une période de déprime et du carcan moralisateur que lui imposait depuis sa jeunesse son entourage catholique.

Les sourds reproches qu’il essuya à la suite de ses compromissions pendant l’Occupation lui pèsent aussi probablement. Paris n’avait-il pas absous son compatriote Félicien Marceau, ami de Robert Poulet, le chantre belge du « fascisme occidental » et familier du résistant Jean Pauhlan, jusqu’à en faire un académicien ? Comment ne pas être séduit par ce jeune ludion germanopratin dont les traits lui font penser à Tintin ?

C’est ce qu’interroge Jérôme Dupuis, spécialiste de la bande dessinée et grand reporter à L’Express, qui fait cette remarque : « Nul besoin d’être un grand psychanalyste pour comprendre ce qui attire Matzneff chez Tintin : le petit héros d’Hergé est un rêve de pédophile. Depuis quatre-vingt-dix ans, les spécialistes s’interrogent sur son âge : Mineur ? Majeur ? Tintin navigue dans cette zone trouble qui a toujours constitué le terrain de chasse de l’écrivain. Et puis, surtout, Tintin n’a pas de parents, ces ennemis déclarés de Matzneff ! C’est précisément la déficience des siens, on le sait, qui fera de Vanessa Springora une "proie" idéale. "Pour Tintin, c’est net : sans famille et sans obligation, il peut du jour au lendemain boucler sa valise", se réjouit l’écrivain dans son sulfureux manifeste, "Les Moins de seize ans", paru en 1974. »

De là à ce qu’Hergé rejoigne l’écrivain dans ses turpitudes ? Sans doute pas. En éternel boy-scout un peu moralisateur, celui-ci en est à espérer, dans une lettre tardive, que Matzneff rencontre « celle qui [lui] fera renoncer à cet apparent chaos, à [sa] vie en apparence dissolue… »

Utile enquête, en tout cas sur la relation Matzneff/Hergé, étayée par plusieurs documents et témoignages dont celui de Benoît Peeters, qui a le mérite de lever les ambiguïtés.

DP

L'Express revient sur les relations « improbables » entre Hergé et Gabriel Matzneff

Voir en ligne : L’article de Jérôme Dupuis dans L’Express (payant)

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1 Message :
  • Rien d’extraordinaire dans cet article ! tout bon lecteur de Matzneff (je le lis depuis ses débuts..) sait les liens amicaux entre Hergé et GM. Hergé a d’ailleurs été très généreux avec GM en lui donnant des ’planches’ de dessin que GM a dû sans doute revendre lors de moments ’difficiles’..... Hergé était sensible au style flamboyant de GM....tout comme Cioran, Mitterrand, Montherlant, Mauriac etc.... il suffit d’avoir lu Matzneff pour savoir tout cela...

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