Lecture en confinement #3 : "On peut se tutoyer..." - Par José Correa - Éditions AO

19 mars 2020 0 commentaire

CONFINEMENT. Au 3e jour de cette période si étrange, calme et effrayante, une certitude se fait jour : cela durera. Les deux semaines annoncées en France ne suffiront certainement pas à endiguer l’épidémie de coronavirus. Les débats, qui se tiennent par médias interposés, n’en sont pas moins virulents. Ouvrir ou fermer les librairies ? Limiter les déplacements au minimum vital ou permettre les livraisons ? Lire, écrire et partager, si possible des découvertes peu connues, restera quoi qu’advienne un moyen de passer le temps intelligemment.

Poursuivons donc avec un livre qui relève non de la bande dessinée stricto sensu mais plutôt de la poésie et de l’illustration. On peut se tutoyer..., du peintre, dessinateur et écrivain José Correa, rassemble quelques dizaines de petites textes, tous illustrés, écrits au fur et à mesure des années. Notes éparses, débuts d’histoires, aphorismes et petits poèmes composent cet ouvrage modeste et sensible.

Lecture en confinement #3 : "On peut se tutoyer..." - Par José Correa - Éditions AO
On peut se tutoyer... © José Correa / Éditions AO 2019

Aquarelliste de talent, encreur doué, José Correa ne s’use pas à instaurer des limites entre les genres. Il a pu illustrer des textes d’autres que lui comme dessiner des biographies de musiciens, peindre sur de grands formats comme publier de petits carnet (chez Alain Beaulet éditeur par exemple). Quelques traits lui suffisent pour dresser un portrait évocateur ou faire naître une ambiance.

Les textes d’On peut se tutoyer... sont secs et doux. Souvent très courts, émaillés de références littéraires et musicales avec un atavisme marqué pour le jazz, ils vont du plus trivial au plus éthéré, sans souci de hiérarchie ni de thématique. On pense au haïkus japonais, mais non : il n’y a pas de contrainte formelle. Seul compte l’instant figé par l’écriture de quelques mots.

On peut se tutoyer... © José Correa / Éditions AO 2019

Page de gauche, le texte. Page de droite, le dessin. Le second répond au premier, dans le même élan fugace et sans davantage le souci de la cohérence. Les feuilles pourraient tomber du livre que nous n’aurions pas à réfléchir pour les ré-assembler.

Mais peu importe que les dessins soient interchangeables, car tous composent le portrait d’un artiste qui en ne faisant qu’effleurer la surface du réel parvient à sonder le fond des choses.

Le noir de l’encre de Chine unifie l’épaisseur des coups de pinceau et la rugosité des traits de plume. Des images - paysages et personnages - sont mystérieuses, quand d’autres sont directement lisibles.

Cela pourrait être un livre de souvenirs ou des bribes rescapées d’un monde disparu. C’est aussi la preuve que d’un rien peut surgir la vie. On peut se tutoyer... est livre rassurant, finalement.

FH

On peut se tutoyer... © José Correa / Éditions AO 2019
On peut se tutoyer... © José Correa / Éditions AO 2019

On peut se tutoyer... - Par José Correa - Éditions AO André Odemard - 4e ouvrage de la collection Rimotises - 22 x 12 cm - 176 pages en noir & blanc - couverture souple avec rabat - ISBN 9782913897915 - parution le 14 décembre 2019.

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