Affaire Siné : Delfeil de Ton remet en cause la propriété du titre « Charlie Hebdo »

13 août 2008 3 commentaires

Dans un article qu’il publie sur le blog du Nouvel Observateur, Bibliobs.com [1], le journaliste Delfeil de Ton ajoute un chapitre supplémentaire à la saga de l’été depuis le départ, volontaire ou non, de Siné de Charlie Hebdo.

Après avoir loué Google d’avoir sauvé Siné de la machination du «  petit monsieur Val  », après nous avoir démontré que Desproges que l’on accusait d’avoir traité Siné de «  seul gauchiste d’extrême-droite de France  » l’avait dit « pour rire  », après nous avoir signalé que la rumeur de la conversion de Jean Sarkozy venait tout droit du président de la LICRA, voici que la plume sagace du Nouvel Observateur, ancien collaborateur de Charlie Hebdo « canal historique », de Hara Kiri et ancien rédacteur en chef de Charlie Mensuel, nous enseigne comment Philippe Val et Cabu ont comploté pour s’approprier le titre de Charlie Hebdo au nez et au menton glabre du Professeur Choron lui-même, avec l’aide du désormais bien connu avocat de Clearstream, Richard Malka.

«  Vous voulez savoir comment ça s’est passé ?, nous dit Delfeil de Ton, Je vais vous raconter comment je l’ai vu et vécu. » Des faits, rien que des faits, comme dirait l’autre.

Alors voilà, Val et ses complices veulent lancer un journal. Mais ils sèchent sur le titre et malgré un long entretien avec Delfeil de Ton qui leur sauve habituellement la mise, ils ne le trouvent pas. « Pourquoi pas Charlie Hebdo ? » suggère alors Wolinski. Vérification faite, le Professeur Choron, l’animateur du journal et gérant du Square, n’avait pas déposé la marque.

Mais qui l’a trouvé, ce nom ? Tout le monde et personne, selon Delfeil de Ton. Quand Hara Kiri Hebdo a été interdit (« Bal tragique », etc.), le Square publiait aussi Charlie Mensuel, un titre qui finit par être racheté par Dargaud et dont le titre était à l’origine inspiré du héros de la série The Peanuts du pasteur auteur de bande dessinée Charles Schultz. Par transitivité, il était simple de récupérer le mot Charlie et de lui accoler le mot « hebdo ».

Le tour de passe-passe n’émeut pas la censure et Charlie Hebdo paraît jusqu’à ce qu’il meure de sa belle mort. Mais quand Val, Cabu et les autres, si l’on en croit Delfeil de Ton, décident de le faire renaître de ses cendres, le Professeur Choron ne se laisse pas faire et intente un procès. Pour contrer l’attaque, les anciens de Charlie Hebdo, sauf Choron, si on comprend bien, témoignent auprès du juge que le mec qui avait trouvé le titre du journal, c’était, de l’avis général… Cavanna ! Parmi les signataires de ces témoignages, un certain… Delfeil de Ton : « L’astuce de Malka c’était que, comme il n’y avait pas de propriété commerciale établie, il fallait jouer le droit d’auteur. Donc, tous ensemble, lettres au tribunal, comme un seul homme et tous fabulateurs : « C’est Cavanna qui a inventé le titre ». Voilà Cavanna proclamé auteur du titre par le tribunal ».

Cavanna devenu propriétaire, selon DDT, il « souhaite partager sa propriété toute neuve.  » Lors d’une réunion, il confie à DDT le soin de transférer celle-ci à la société éditrice de Charlie Hebdo dans le cadre de statuts inspirés du Canard enchaîné. Ces statuts ne venant jamais, toujours selon DDT, il en conclut « qu’on se foutait de nous ».

Cela n’a d’ailleurs plus d’importance puisque bientôt DDT se barre : « Comme, déjà, l’autoritarisme de Val m’était insupportable, sa morgue, sa prétention, à quoi s’ajoutait l’ennui qui régnait dans la salle de rédaction, j’ai foutu le camp sans phrase, après cinq mois de collaboration, me contentant un dimanche de bouclage de ne pas envoyer mon article. Le mardi je recevais par la poste, sans un mot d’accompagnement, un « pour solde de tous comptes ». C’était en mars 1993. »

Et il se passe quoi après ? « La suite, je ne la connais pas conclut DDT. Je constate que quinze ans plus tard, Cabu et Val se partagent, avec chacun 40% des parts, la société éditrice et une société immobilière, auxquelles sont seuls associés Bernard Maris et leur comptable. Je n’en ai jamais parlé avec Cavanna.  »

Comment se fait-ce ? On a un élément de réponse dans Le Monde du 30 juillet dernier [2]. Wolinski y confirmait qu’il était bien celui qui avait suggéré de reprendre ce titre, que « Philippe Val avait proposé aux uns et aux autres d’êtres actionnaires.[…] Mais je n’avais pas d’argent et je ne croyais pas que cela marcherait aussi bien. » Le Monde révélait que la société d’édition de Charlie a eu d’abord comme actionnaires Gébé et le chanteur Renaud en plus de Philippe Val, Cabu et le journaliste Bernard Maris (Onc Bernard). Renaud quitta l’actionnariat et, à la mort de Gébé, la veuve de l’auteur de L’An 01 revendit aux autres actionnaires ses 400 parts sociales, « au prix unitaire de 891 euros » précise Le Monde.

Reste la question de la paternité du titre. L’aveu d’affabulation que vient de faire Delfeil de Ton est-il susceptible de la remettre en question ? L’avenir nous le dira.

Décidément, dans cette Affaire Siné, les rebondissements (et les vieux règlements de compte) ne manquent pas.

DP

[1Cabu et Val, duettistes par Delfeil de Ton (13/08/2008).

[2In De la bande de copains à l’entreprise prospère par Yves-Marie Labé et Dorian Saigre (30/7/>08).

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3 Messages :
  • Ahah... On touche à une epoque que je connais. Car j’étais dans les locaux au moment de cette histoire. Comme je l’ai écris auparavant : il y eu une réunion au sommet Val et Gébé, en face Gourio et Choron. Le Prof’ était un être malgré tout très sensible et timide, sans être saoûl il s’envoya qq verres de whisky. Le courant ne passa jamais entre lui et Val.

    Je ne connais pas pleinement les tenants juridiques de cette affaire. Tout ce que je sais, c’est quand j’arrivais au travail Choron potassait le Code Pénal. Il était très soucieux.

    Cavanna avait son bureau à 5 mètres de notre porte. La relation entre les 2 m’a toujours semblé être d’une grande amitié pudique. Le Prof’ a toujours parlé en bien- à mes oreilles- de Delfeil. Moi, j’croyais qu’il avait le titre.

    Ce qui est bizarre c’est qu’il a jamais fait de foin pour vendre Hara-Kiri qui était plus proche de lui dans l’esprit. Il me l’a dit : Charlie-Hebdo c’était Cavanna, de la politique, il s’en foutait ! Mais c’est vrai qu’il était assez fauché aussi à l’époque...

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