En marge du procès des caricatures de Charlie Hebdo : « Greffier » de Joann Sfar

22 mars 2007 4 commentaires Actualité

On va encore traiter Sfar d’opportuniste. Pourtant, il fait ce qu’on a tous rêvé de faire : assister à un procès historique avec, cerise sur le gâteau, l’une des dernières plaidoiries de Me Kiejman, l’une des figures du barreau de Paris. Sfar, fils d’avocat, peut apprécier. En plus, ce procès n’est pas n’importe quel procès : c’est un procès qui concerne la liberté d’expression. Une liberté bien malmenée dans certains pays où l’on brûle des ambassades comme s’il s’agissait de vulgaires tacots de banlieue. Cette affaire qui avait bouleversé le monde entier, on allait la juger là, à Paris, sous nous yeux. Et on n’y serait pas ?

Sfar a profité de l’occase. Nous aussi, d’ailleurs, comme vous avez pu le lire. L’intérêt d’un tel document – un document qui devient aussitôt historique, c’est que certaines parties du débat sont développées in extenso. Dans certains cas, Sfar tombe sous le charme de ses interlocuteurs (là, il semblerait bien que François Bayrou ait recruté un électeur pendant l’audience), mais le plus souvent quand il s’agit de ceux qui plaident en faveur de Charlie-Hebdo. Ainsi, Me Christophe Bigot qui, selon certains avocats défendant Charlie Hebdo, avait fait « un excellent travail de documentation » qui avait donné du fil à retordre à la défense, devient « l’avocat des cons ». Pas top ça, Joann. Comme de juste, le réquisitoire (favorable à Charlie) du Ministère public et les plaidoiries (brillantes) de Me Malka et de Me Kiejman sont rendus avec verve. On sent que l’auteur y a pris du plaisir et cela rejaillit sur le résultat. Bref, n’attendez pas autre chose qu’un point de vue subjectif et d’ailleurs, l’auteur ne prétend pas à autre chose.

La moitié et seconde partie du livre est consacrée à la publication des pages que Joann avait publiées dans Charlie ces deux dernières années, avant d’arrêter d’y collaborer.

DP

Greffier est publié aux éditions Delcourt.

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4 Messages :
  • "On va encore traiter Sfar d’opportuniste"... Ah bon !?

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    • Répondu par Didier Pasamonik le 27 mars 2007 à  13:29 :

      Un album qui sort le jour précédent le rendu du verdict n’est pas opportuniste ? Oseriez-vous prétendre que jamais Joann Sfar n’a eu, par le passé, à essuyer de telles critiques ? Votre ironie est sans objet.

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      • Répondu par Pierre le 27 mars 2007 à  14:19 :

        Au temps pour moi, je me suis fort mal exprimé ! Mon ironie était bien sûr au 2ème degré ! !

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  • Merci Didier pour vos remarques sur la façon dont ce livre traite des avocats de la Grande Mosquée. Pour ce qui me concerne j’ai été très choqué de la façon dont notre défense a été décrite. Tout le monde s’accord à dire que le débat judiciaire était nécessaire et a été constructif. La contradiction a été utile je pense. On peut être partisan, subjectif mais ça n’exclut pas la loyauté intellectuelle. J’ai trouvé ce livre inutilement et délibérément blessant à notre égard. Exemple, cette reflexion me concernant : "je pense à la famille de cet avocat. J’aurais pas été fier si mon papa avait plaidé cette affaire". Merci pour mes enfants, ils ont beaucoup apprécié...

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