L’Homme armée - Par Frédéric Coché - Frémok

22 avril 2019 4 commentaires

L’Homme armée de Frédéric Coché est un ouvrage sur la confrontation. Tout y est combat et friction. Au départ, un homme monstrueux, grand comme une montagne, fort comme Hercule, sauvage et rageur, lutte seul contre une armée équipée comme au Moyen Âge. Sa force brute fait des dégâts, mais il subit les assauts des archers jusqu’à ce que l’arrivée d’une sorte d’homme augmenté et encapé vienne le sauver.

L'Homme armée - Par Frédéric Coché - Frémok
L’Homme armée © Frédéric Coché / Frémok 2018

La bataille ne cesse pas, même si le récit fait des écarts inattendus. Un vieux roi, des Grâces, des oiseaux, un pianiste astronome et des sortes de Gorgones interviennent, sans que nous ne sachions vraiment ni pourquoi ni comment. Le monde même dans lequel nous évoluons est bien mystérieux. Les ruines de la Grèce et de la Rome antiques se mêlent aux pyramides et aux édifices moyenâgeux. L’historique et le fantastique se confondent, abolissant toute trace de chronologie. La temporalité est d’ailleurs floue, L’Homme armée pouvant se dérouler sur plusieurs heures comme sur plusieurs années.

Comment interpréter tout cela ? Chacun pourra donner sa version, en s’appuyant sur des impressions, sur quelques détails ou sur une intense réflexion. Les cartésiens devront déployer des trésors d’intelligence et les férus d’ésotérisme feront leur miel de ce maelström. Mais là n’est pas le plus important. Revenons-y : L’Homme armée est un ouvrage sur la confrontation.

L’Homme armée © Frédéric Coché / Frémok 2018

Il y a bien sûr le combat représenté. Mais ce qui interpelle le plus est sans doute le contraste entre les différentes images de Frédéric Coché. Pour la première fois, il emploie dans un même livre deux techniques qu’il sépare habituellement : la peinture pour les expositions, la gravure pour les livres. L’Homme armée alterne, par double-pages, des gravures d’une extrême finesse et des peintures brutes et colorées. Le confrontation crée ainsi le rythme comme l’atmosphère. Les repères sont effacés, le trouble est semé dans le regard du lecteur.

Autre confrontation : celle de l’artiste à l’histoire de l’art. Pas de références lourdement soulignées ici, mais une multitude d’influences, reprises, refaçonnées, fusionnées. La Renaissance saute aux yeux - nous pensons aux gravures de Dürer et aux techniques de création de la perspective - mais le classicisme n’est pas absent. L’art brut voire l’expressionnisme abstrait ne sont jamais bien loin non plus. Pour quel résultat cette fois ? Frédéric Coché invente une expression artistique hybride, personnelle mais ouverte. Elle est parfaite pour traduire tant la violence que la subtilité. Une confrontation fertile, donc.

Mais s’il y a un affrontement inévitable, c’est celui du lecteur et de l’œuvre. Comment aborder une telle bande dessinée, qui s’affranchit de tous les codes et ne peut être comparée à aucune autre ? Le lecteur ne doit pas se laisser faire : il faut ouvrir ce livre, le parcourir, y revenir, l’observer dans ses moindres détails sans craindre d’être bousculé par les flots de couleurs et la violence des lignes. Après tout, il n’y aura ni vainqueur ni vaincu au sortir de cette bataille. Mais, probablement, et c’est que ce suggère la fin de L’Homme armée : une fécondation, un renouvellement, et un à-venir.

L’Homme armée © Frédéric Coché / Frémok 2018
L’Homme armée © Frédéric Coché / Frémok 2018
L’Homme armée © Frédéric Coché / Frémok 2018
L’Homme armée © Frédéric Coché / Frémok 2018

FH

L’Homme armée - Par Frédéric Coché - Frémok - collection Amphigouri - 24 x 32 cm - 56 pages couleurs - couverture cartonnée - parution le 8 novembre 2018.
BD Fugue, FNAC, Amazon

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