Lecture en confinement #11 : "Ne regarde pas derrière toi" - Par Anabel Colazo (trad. Éloïse de la Maison) - Éditions çà et là

27 mars 2020 0 commentaire

CONFINEMENT. Jusqu’au 15 avril, minimum, pour les Français ! Une chose est sûre : ce n’est pas la lecture qui manquera. Suffira-t-elle à la conservation de notre santé mentale ? Rien n’est moins certain. Quant à l’écriture, si elle demeure constante et à peu près lisible, ce sera déjà bien...

De santé mentale il est indirectement question dans Ne regarde pas derrière toi, dernier ouvrage de la dessinatrice espagnole Anabel Colazo. Blanca, personnage que nous suivons de la première à la dernière page, croit voir une silhouette mystérieuse sans savoir s’il s’agit d’hallucinations ou d’une personne tangible. Elle peine en outre à dépasser une dépression tenace qui la paralyse parfois des jours entiers depuis la disparition accidentelle de ses parents.

Lecture en confinement #11 : "Ne regarde pas derrière toi" - Par Anabel Colazo (trad. Éloïse de la Maison) - Éditions çà et là
Ne regarde pas derrière toi © Anabel Colazo / Éditions çà et là 2020

Le mystère cousu par Anabel Colazo, qui décidément aime les phénomènes inexpliqués voire paranormaux, comme nous le sentions déjà dans Proches Rencontres (Éditions çà et là, 2019), est apparemment ténu. La jeune fille est fragile et les apparitions pourraient facilement être mises sur le compte d’une imagination fertile associée à une psychologie borderline. Mais le fait que tout cela coïncide avec le meurtre sordide d’une jeune femme sème le trouble, autant dans son esprit que dans celui du lecteur.

Alors, expérience surnaturelle ou explication prosaïque ? Nous laisserons à chacun le soin de découvrir le choix de l’autrice. Mais, si la révélation finale n’est pas sans importance, l’essentiel réside dans le récit lui-même. Inspiré des creepypastas, ces sortes de légendes circulant sur le Net au contenu effrayant, s’appuyant sur de maigres détails, sur la crédulité de ceux qui les diffusent ainsi que sur la rapidité de propagation - virale oserions-nous écrire ! - permise par les réseaux sociaux, Ne regarde pas derrière toi en fait aussi, indirectement, une analyse presque sociologique.

L’usage des nouvelles technologies, des relations d’amitiés parfois compliquées, la recherche d’identité et de stabilité au sortir de l’adolescence forment un terrain propice au développement de certaines croyances. Pour autant, Anabel Colazo n’accable pas son personnage. Au contraire, elle lui donne suffisamment de personnalité, d’intelligence et de sensibilité pour la rendre attachante et vraisemblable, tout en lui permettant de porter une histoire qui l’est pourtant moins. Mais c’est là le propre du genre qu’elle choisit.

Son graphisme renforce encore l’atmosphère ambiguë de sa bande dessinée. Les couleurs parfois sombres, avec une abondance de violet, les visages simplifiés mais expressifs et le trait au style crayonné conviennent bien à son mystère vécu par de grands ados. Mais c’est finalement avec une relative économie de moyens qu’Anabel Colazo parvient à maintenir l’attention du lecteur et à provoquer quelques frissons. Preuve d’une jolie maîtrise de son art.

FH

Ne regarde pas derrière toi © Anabel Colazo / Éditions çà et là 2020
Ne regarde pas derrière toi © Anabel Colazo / Éditions çà et là 2020
Ne regarde pas derrière toi © Anabel Colazo / Éditions çà et là 2020

Ne regarde pas derrière toi - Par Anabel Colazo - Éditions çà et là - traduction de l’espagnol par Éloïse de la Maison - édition originale : No mires atrás, Ediciones La Cupula, Espagne, 2019 - lettrage d’Hélène Duhamel - 15 x 21 cm - 128 pages couleurs - couverture souple avec rabats, broché - ISBN 9782369902805 - parution le 21 février 2020.

Lire les premières pages de l’ouvrage.

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