Lecture en confinement #46 : "TONIC" - Par Mathieu Lefèvre & Jérémy Piningre - L’Association

1er mai 2020 0 commentaire

CONFINEMENT. La multiplication des annonces, des recommandations et des projections font croire à l’imminence du déconfinement. Il reste pourtant dix jours, en France, avant de voir se lever les mesures les plus contraignantes. Il s’agirait donc de ne pas l’oublier : la précipitation et l’impatience vont de paire. Et c’est justement dans ces circonstances que l’on risque d’omettre les précautions les plus élémentaires. Avançons à pas comptés : beaucoup se sont brûlé les ailes en croyant avoir partie gagnée.

Mathieu Lefèvre & Jérémy Piningre ont l’habitude de travailler et de créer ensemble. Tous deux diplômés des Arts Décoratifs de Strasbourg, ils ont vu leur nouveau livre, édité par 2024, paraître un mois avant le début du confinement. Nous reviendrons sur J’ai rarement vu ça !. En attendant, revenons quelques années en arrière. Plus précisément en 2015, avec la publication de TONIC, récit court, vif et détonnant édité par L’Association.

Lecture en confinement #46 : "TONIC" - Par Mathieu Lefèvre & Jérémy Piningre - L'Association
TONIC © Mathieu Lefèvre / Jérémy Piningre / L’Association 2015

La complicité des deux auteurs était alors déjà totale. Impossible d’attribuer formellement le scénario à l’un et le dessin à l’autre, cela serait réducteur. Cette amitié a d’ailleurs son miroir dans TONIC, même si elle n’est pas au cœur de l’histoire. Car TONIC est d’abord une histoire d’amour, certes sous la forme d’une course-poursuite digne des meilleurs jeux vidéos des années 1990, mais où les sentiments et les questions priment.

Tonic, cousin dessiné du personnage de jeux de plateformes de Sega, court, plonge, vole, sans s’arrêter. Il a un objectif : rattraper « la fille », sa dulcinée, celle qui fait battre son cœur en désordre - l’ouvrage s’ouvre sur une citation de Nous irons tous au paradis de Jean-Loup Dabadie. Il est suivi ou précédé de peu par son ami fidèle Fail. Ils traversent tous deux, à toute vitesse, les airs et les mers.

Le graphisme comme le récit de TONIC sont inspirés des jeux d’arcades et de plateformes. Mais la bande dessinée n’en est pas simplement une tentative d’adaptation. Les auteurs jouent avec la linéarité et les sens de lecture, avec le rythme et la vitesse, avec les formes - Jérémy Piningre fait référence à Ron Nagle - et les cases. Ils parviennent ainsi à conserver l’esprit des jeux tout en complexifiant la narration.

Cet aspect très ludique de leur bande dessinée ne se résume pas à un exercice de style. Il donne de la légèreté à une histoire d’amour pleine de doutes. Sera-t-il partagé ? Ne risque-t-il pas d’être moins haletant que sa recherche ? Au-delà, c’est toute attente qui est questionnée ici. « Comme la vie est lente et comme l’espérance est violente. » Les mots de Guillaume Apollinaire qui concluent TONIC n’ont rien perdu de leur force.

FH

TONIC © Mathieu Lefèvre / Jérémy Piningre / L’Association 2015
TONIC © Mathieu Lefèvre / Jérémy Piningre / L’Association 2015

- TONIC - Par Mathieu Lefèvre & Jérémy Piningre - L’Association - 23,5 × 33,1 cm - 32 pages en noir & blanc - couverture souple, broché - ISBN 9782844143440 - parution le 24 janvier 2015.

- J’ai rarement vu ça - Par Mathieu Lefèvre & Jérémy Piningre - Éditions 2024 - 25 x 17,5 cm - 170 pages en deux tons directs - couverture cartonnée, reliure cousue avec tranchefile - ISBN 9782901000228 - parution le 20 février 2020.

Consulter le site de Mathieu Lefèvre & celui de Jérémy Piningre.

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