Le Collectif Artistes Auteurs en lutte à Angoulême et au-delà !

23 janvier 2018 0 commentaire

Fondé il y a quelques semaines, le Collectif Artistes Auteurs est un rassemblement informel d’autrices et d’auteurs de bande dessinée, d’illustrateurs, de photographes et de graphistes notamment, tous indépendants. En lien avec le SNAC BD (Groupement des Auteurs de Bande Dessinée du Syndicat National des Auteurs et des Compositeurs) et la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse, le CAA souhaite interpeller les pouvoirs publics, les éditeurs et les lecteurs à propos des conditions de travail des artistes, des problèmes de rémunérations, de retraites et de cotisations sociales.

Constatant, dans le sillage des États généraux de la bande dessinée, que leurs conditions de travail et de rémunérations se dégradent, les membres du Collectif Artistes Auteurs veulent alerter : sans eux, ce sont tous les acteurs de "la chaîne du livre" qui se retrouvent en péril.

Organisé localement dans plusieurs villes de France, le CAA, qui n’est ni une organisation professionnelle stricto sensu ni un syndicat à part entière, veut donner la parole directement aux autrices et aux auteurs. Ainsi, plusieurs actions ont déjà été organisées, à Strasbourg et à Nantes en particulier, mais aussi lors du Salon du Livre et de la Presse Jeunesse de Montreuil. Une manifestation est également prévue ce samedi 27 janvier à Angoulême, ainsi que la distribution de livrets pédagogiques. Quelle meilleure tribune que le FIBD, en l’occurrence, pour se faire entendre ?

Enfin, une tribune signée par près de 350 auteurs est diffusée sur Internet et dans le quotidien Libération daté du mercredi 24 janvier 2018. En voici le texte en intégralité :

La hausse récente de la CSG pour l’ensemble des actifs et des retraités, annoncée dans un premier temps sans compensation pour les artistes et auteurs, a été un déclencheur pour beaucoup d’entre nous. Il n’est plus possible d’observer sans réagir, année après année, la précarité croissante de nos professions.

Pour rappel, voici quelques chiffres tirés de l’étude menée par les États Généraux de la Bande Dessinée publiée en 2017 :
• 53% des auteurs de bande dessinée gagnent moins de l’équivalent du SMIC.
• 36% sont sous le seuil de pauvreté.
• 55% d’entre eux travaillent le week-end, trois fois par mois ou plus…

Les autrices et auteurs de bande dessinée ne forment pas une petite caste de privilégiés. En vérité, ils sont épuisés, comme beaucoup d’illustrateurs, de photographes, de graphistes… et toute la catégorie socioprofessionnelle des artistes et auteurs.

Dans ce contexte, différentes actions ont été menées au Salon du Livre Jeunesse de Montreuil par la Charte des Auteurs et Illustrateurs Jeunesse, suivie par le syndicat Snac-BD, et par le CAA, regroupement spontané d’artistes-auteurs dont nous nous réclamons.

Dans le même temps, une solution provisoire à la hausse de la CSG a été validée par le gouvernement : elle sera compensée pendant un an, sous une forme indéterminée et financée sur le budget du Ministère de la Culture.

Qu’adviendra t-il ensuite ? Nous l’ignorons, et malheureusement ce n’est pas le seul problème que rencontrent les auteurs aujourd’hui. Ils continueront de subir un régime de retraite dont le mécanisme de cotisation les met en péril, même si les syndicats d’auteurs ont pu obtenir que le pire, pour certains, soit évité. Ils continueront de voir leurs droits d’auteurs inexorablement baisser.

Dans le cas de la bande dessinée, il est désormais fréquent de se voir proposer 7000 euros, souvent moins, pour accomplir une oeuvre qui nécessite un an de travail à temps plein. Le marché du livre et son économie se sont construits sur cette précarité. Nous fournissons textes et images, matières premières du secteur de la bande dessinée (éditeurs - diffuseurs - distributeurs) dont la presse, chaque année, à l’occasion du festival d’Angoulême, rappelle l’excellente santé économique.

C’est un étrange jeu d’équilibriste auquel nous assistons, où les créations n’ont sans doute jamais été aussi vivantes, variées, enthousiasmantes, et les auteurs aussi pauvres - dans leur grande majorité. Pourtant, comme le rappelle fréquemment Françoise Nyssen, actuelle ministre de la Culture et ancienne co-directrice de la maison d’édition Actes Sud (et Actes Sud BD) :

La condition de la diversité culturelle, c’est la juste rémunération des artistes et des créateurs.

Autrices et auteurs de bande dessinée, nous profitons de cette 45e édition du Festival International de Bande Dessinée d’Angoulême pour appeler nos consoeurs et confrères à l’unité, et demander qu’enfin une réflexion de fond, globale, avec tous les acteurs du livre, soit mise en place pour penser notre statut, notre protection sociale, et nos rémunérations.

C’est une urgence.

Collectif Artistes Auteurs

Le Collectif Artistes Auteurs en lutte à Angoulême et au-delà !

Illustrations : Vincent Sorel, Mathieu Demore.

FH

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