Brève rencontre avec : Étienne Beck, auteur de "Mad Maxi-Jack" au FRMK

21 septembre 2021 1 commentaire Interviews
Frémok ✍ Étienne Beck ✏️ Étienne Beck à partir de 13 ans Aventure Science-fiction France 🛒 Acheter

RENCONTRES ESTIVALES #24. Ultime entretien estival ! À la veille de l’automne, et après presque deux « brèves rencontres » par semaine pendant tout l’été, rendez-vous avec un auteur méconnu - injustement méconnu, forcément. Il faut dire qu’Étienne Beck, qui a pourtant déjà travaillé avec les Éditions MeLo, L’employé du Moi et le Frémok, ne s’embarrasse ni des modes ni des conventions. Renouvelant sans cesse son approche graphique, il cherche d’abord à éviter l’ennui. Difficile dans ces conditions pour les libraires et les médias de le caser quelque part. Mais, pour les lecteurs qui l’ont repéré, c’est la garantie d’heureuses surprises.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de réaliser Mad Maxi-Jack ? Rêve de gosse ? Projet d’adulte un peu fou ?

Je lisais pas mal de « livres dont vous êtes le héros » étant enfant et adolescent, j’adorais ça, c’était très prenant. En 2008, j’ai commencé une bande dessinée un peu nonsense, en strips, dont le héros s’appelait Maxi Jack. Un type débile et viril, un genre de mix entre Cowboy Henk [1] et Pascal Brutal [2] en fait. On peut lire ça sur le site grandpapier.org.

Brève rencontre avec : Étienne Beck, auteur de "Mad Maxi-Jack" au FRMK
La Peur du Louvre © C. Delafosse / Y. Pommaux / L’école des loisirs 1986

Puis, en revenant d’un séjour où j’avais « geeké » sur des jeux vidéos old school chez mon cousin Antoine, et donc rempli d’émotions nostalgiques et enfantines, je me suis dit que j’utiliserais bien ce personnage pour faire une bande dessinée dont vous êtes le héros avec un système de strips. J’avais en effet lu une bande dessinée quand j’étais petit appelée La Peur du Louvre dessinée par Yvan Pommaux et écrite par Claude Delafosse [3]. Ce système fonctionnait très bien et ce livre m’avait vraiment happé. J’ai donc fait et publié cette bande dessinée sur Internet.

Ces histoires n’ont jamais été publiées et le temps a passé, mais l’idée de refaire une bande dessinée dont vous êtes le héros a continué à me trotter dans la tête et quelques années plus tard je m’y suis attelé. C’était également l’occasion de faire une histoire post-apocalyptique, un genre que j’apprécie bien.

Mad Maxi-Jack © Étienne Beck / Frémok 2021
Mad Maxi-Jack © Étienne Beck / Frémok 2021

Construction par définition non linéaire, références multiples, récit dense, format épais, graphisme original… Et pourtant, tout cela « tient ». Comment vous y êtes-vous pris pour réaliser ce livre hors du commun ?

Le principal, c’est avant tout de prendre du plaisir en le faisant ! Ça doit être ça le liant finalement. De toute façon, si je ne m’amuse pas en dessinant, je n’ai aucun intérêt à le faire, ni pression pour faire aboutir le projet. C’est la force des auteurs sans succès !

Niveaux de gris (et Coloforme) © Étienne Beck / Frémok 2016

En ce qui concerne le scénario, je pense que la méthode est assez originale quand même. Je crois que la plupart des récits dont vous êtes le héros sont écrits à rebours, en commençant par la ou les fins. Le mien est construit page après page, dans leur ordre d’apparition, donc toutes les histoires différentes sont « montées » en même temps en quelques sorte. Et en improvisant, comme dans deux de mes précédentes bandes dessinées : M. Pixel [4] et Niveaux de gris (et Coloforme) [5].

Au final, même si ces récits peuvent paraître différents, la manière dont ils ont été conçus est très proche. Lorsque je finis une planche, la plupart du temps, je ne sais pas ce qui va se passer dans la suivante. C’est une manière de travailler que j’affectionne car improviser permet de moins se lasser, ce qui pour moi est le piège de la bande dessinée pour l’auteur. C’est tellement long à faire, c’est une course de fond !

Au niveau du format, ça peut paraître impressionnant - plus de quatre cent pages - mais si on met trois strips ensemble pour une planche de neuf cases, ça n’en fait plus que cent-quarante : ce n’est pas si gros finalement comme bande dessinée. Mais le côté un peu « biblique » de l’objet me plaît bien. De toute façon, pour une impression, il n’y avait pas trop d’alternative pour que le bouquin reste lisible. Les quatre cent strips sont aussi une référence aux « livres dont vous êtes le héros » qui comportent la plupart du temps quatre cent paragraphes. Cool non ?

Il n’y a donc pas trop de réflexions en amont de mes projets. Je travaille à l’instinct. Mais le temps de création d’une bande dessinée est très long donc on a bien le temps de réfléchir tranquillement à plein d’aspects du livre tout en le faisant.

Mad Maxi-Jack © Étienne Beck / Frémok 2021
Mad Maxi-Jack © Étienne Beck / Frémok 2021
Mad Maxi-Jack © Étienne Beck / Frémok 2021

Déjà trois livres avec le FRMK. Trois ouvrages très différents, aux identités graphiques fortes, mais avec à chaque fois un travail important sur la matière – pour ce qui est de la forme – et une mise en cause au moins indirecte de nos modes de vie – pour ce qui est du fond. Confirmez-vous cette ligne, qui est d’ailleurs plutôt une recherche, pour vos prochains projets ?

J’essaye de changer de méthode graphique ou de technique à chaque projet, ou bien de laisser passer quelque temps avant de reprendre une technique déjà utilisée. C’est encore une fois une méthode pour éviter la lassitude, je ne veux pas que mon travail artistique devienne une corvée, jamais.

Puisque j’ai besoin de créer pour être en bonne santé mentale, je ne veux pas le faire dans la souffrance quand même : ce serait un comble !

Le GRRAAOU © E. Beck / J. Nias / Frémok 2018

À propos de nos modes de vie, je subis ça comme tout le monde, donc ça rejaillit fatalement. Mais je ne m’en rends pas trop compte, à part pour Le GRRAAOU, dont je ne suis pas le scénariste pour le coup [6]. Je considère plutôt mon travail comme apolitique finalement. Bon, je voudrais juste nationaliser les autoroutes, l’énergie, les transports, les banques, et des semaines de travail de douze heures, mais je ne vais pas faire une bande dessinée là-dessus quand même. Si, peut être ? Je ne sais pas.

Depuis ces trucs de Covid, je fais plutôt de la peinture en fait, comme je le montre sur mon compte Instagram. Car la bande dessinée me fatigue pas mal vu que je bosse pendant deux ou trois ans sur des projets qui ne se vendent pas trop. C’est un peu frustrant quand même. Je vais plutôt faire de la peinture et des livres pour enfants dans les années qui viennent. En tout cas, je vais continuer à expérimenter et à m’amuser, et à profiter de cette vie. C’est ça la ligne éditoriale !

Mad Maxi-Jack (jaquette américaine dépliée) © Étienne Beck / Frémok 2021

FH

Propos recueillis par Frédéric Hojlo.

En médaillon : couverture de Mad Maxi-Jack, Étienne Beck, Éditions Frémok, 2021.

Mad Maxi-Jack. Les Chemins de la rédemption - Par Étienne Beck - Éditions Frémok - collection Amphigouri - 28 x 15,5 cm (format à l’italienne) - 424 pages couleurs - couverture souple sous jaquette américaine - parution le 10 juin 2021 - 32 € - acheter cet ouvrage chez Cultura.

Lire également sur ActuaBD :
- Le GRRAAOU - Par Étienne Beck & Jonvon Nias - Frémok
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Voir en ligne : Consulter le page Instagram d’Étienne Beck

[1Personnage récurrent créé en 1981 par les auteurs belges Herr Seele et Kamagurka, dont un volume édité par le Frémok a reçu le Prix du patrimoine au Festival d’Angoulême 2014 (NDLR).

[2Personnage créé par Riad Sattouf en 2006, quatre volumes parus dont le troisième a été récompensé du Fauve d’or au Festival d’Angoulême 2010 (NDLR).

[3Éditée par L’école des loisirs en 1986 (NDLR).

[4Éditée par L’employé du Moi en 2008 (NDLR).

[5Éditée par le Frémok en 2016 (NDLR).

[6Scénario de Jonvon Nias, bande dessinée éditée par le Frémok en 2018 (NDLR).

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

 
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1 Message :
  • bim bam badaboum
    14 octobre 10:44, par Gilles Morysse

    Difficile à décrypter parfois, mais avec l’aide de l’auteur c’est possible.
    "la critique est facile, l’art est difficile" (et ingrat)

    Répondre à ce message

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