Le Syndicat des éditeurs alternatifs réagit au "Rapport Racine" et se positionne en soutien aux auteurs

17 février 2020 0 commentaire

Le Syndicat des éditeurs alternatifs, fondé en janvier 2014, regroupe des maisons indépendantes des grands groupes éditoriaux. Soucieux de défendre une bande dessinée « de création », il promeut l’expérimentation et refuse de suivre des modes. Attentif au sort des autrices et auteurs, en dépit de la faiblesse des moyens financiers des acteurs qu’il rassemble, il s’exprime sur le « Rapport Racine », à la fois une chance à saisir et sujet d’un rapport de force au sein du monde de la bande dessinée.

Le « Rapport Racine », commandé par le Ministère français de la Culture, a déjà fait couler beaucoup d’encre. La mobilisation des autrices et auteurs également, surtout depuis le début de l’année 2020, proclamée « Année de la bande dessinée » par l’État français. Dans ce contexte, les différents acteurs du monde de l’édition sont amenés à s’exprimer et à prendre position. Il s’agit de clarifier la situation, d’établir des alliances et d’assumer des rapports de force, pour finalement participer à la recomposition d’un champ culturel aussi vaste que complexe.

Le Syndicat des éditeurs alternatifs réagit au "Rapport Racine" et se positionne en soutien aux auteurs
La statue d’Hergé à Angoulême pendant la manifestation des auteurs du 31 janvier 2020. Photo. : F. Hojlo.

Le Syndicat des éditeurs alternatifs (SEA) n’est pas en reste. Dans la continuité de sa Charte approuvée en novembre 2015, il affirme sa solidarité avec les auteurs - d’autant que nombre de responsables éditoriaux du SEA sont en même temps auteurs - tout en demandant à l’État une intervention régulatrice. Il a été le premier, et pour l’instant le seul comme Benoît Preteseille, au nom du SEA, le regrettait récemment sur la scène du Théâtre d’Angoulême, à doter un Fauve du Festival international de la bande dessinée, d’abord de 500 euros et dorénavant de 1 000 euros

Le SEA a aussi proposé un modèle de contrat équitable en juin 2017 avant d’appeler à l’établissement d’un statut pour les artistes-auteurs en juillet 2018, tout en préconisant la définition de droits d’auteurs d’un minimum de 10 % du prix public du livre. Il a enfin participé au débrayage du vendredi 31 janvier à Angoulême, appelant ses membres à fermer leurs stands pendant la manifestation des auteurs.

Un communiqué, daté du 17 février 2020 et signé par 47 maisons d’édition, renforce cette position.

Rappelant que le SEA s’exprime au nom d’éditeurs très différents par leurs statuts (sociétés, associations, collectifs) mais unis par la volonté de défendre le travail artistique, il souligne l’importance du « Rapport Racine », qui reconnaît noir sur blanc la précarité de beaucoup d’auteurs. Il signale également les problèmes passés de gestion de l’AGESSA (Association pour la gestion de la sécurité sociale des auteurs) et de la MDA (Maison des artistes) et demande à ce que l’URSSAF (Union de Recouvrement des cotisations de Sécurité Sociale et d’Allocations Familiales) soit à l’écoute des auteurs.

Le stand des éditions Flblb pendant le débrayage du 31 janvier 2020. Photo. : F. Hojlo.

Le SEA reconnaît que les maisons qui le composent n’ont que rarement les moyens de verser des avances sur droits « conséquentes ». Néanmoins, il répète sa préconisation des 10 % minimum de droits d’auteurs et des 50 % en cas d’édition numérique, droits qui ne devraient jamais être cédés sans limitation de temps, toujours selon le syndicat.

Ces recommandations vont clairement à l’encontre de la position du Syndicat national de l’édition (SNE), qui est d’ailleurs nommément cité dans le communiqué, le SEA n’estimant pas « qu’une rémunération équitable soit une limite à la création  ».

Au-delà, le SEA confirme sa vision de l’édition. Il souhaite une véritable diversité, refusant de fonder le développement de la création sur d’uniques critères de rentabilité. C’est pourquoi il appelle l’État à ne soutenir que les acteurs en ayant réellement besoin, et surtout pas les « conglomérats financiers ». Il recommande aussi une réflexion sur l’ensemble de la chaîne du livre, se plaçant nettement du côté des librairies indépendantes face aux géants du numérique.

Ce communiqué a le mérite, à la veille de la révélation des propositions ministérielles consécutives au « Rapport Racine », de clarifier la situation tout en pointant utilement la complexité du monde éditorial. La précarité des auteurs, la surabondance de la production et la fragilité de certaines maisons n’ont pas pour seule raison la dichotomie entre auteurs et éditeurs. La réflexion devra prendre en compte la diversité du champ éditorial et la totalité de la chaîne du livre - auteurs et éditeurs bien sûr, mais aussi diffuseurs, distributeurs et libriaires - pour conduire à des mesures aptes à faire évoluer la situation. En ce sens, les prochains mois et les engagements de chacun seront déterminants.

FH

Le stand des éditions Frémok pendant le débrayage du 31 janvier 2020. Photo. : F. Hojlo.

Composition du bureau du SEA depuis janvier 2020 :
– Président : Olivier Bron (2024) ;
– Vice-Présidente : Juliette Mancini (Bien, Monsieur.) ;
– Secrétaires : Benoît Preteseille (Ion) & Matthias Rozes (L’employé du Moi) ;
– Trésorière : Céline Merrien (L’Association) ;
– Trésorière suppléante : Elsa Bourgain (Les Requins Marteaux) ;
– Porte-parole : Jean-Louis Gauthey (Cornélius).

Signataires du communiqué :

2024, Adverse, Arbitraire, L’Articho, L’Association, Atrabile, Belloloco, Bien, Monsieur., Biscoto, Çà et Là, La Cafetière, La Cerise, La Cinquième Couche, Cornélius, Croc en Jambe, Delirium, Éditions du Blouson Noir, L’Égouttoir, L’Employé du Moi, Flblb, FRMK, Hécatombe, Ici-Même, Ion, Insula, Lapin, Le Lézard Noir, Matière, Même pas mal, Misma, Na, Nada éditions, L’Œuf, La Pastèque, Polystyrène, PLG, Presque Lune, Rackham, Radio as paper, Les Requins Marteaux, Les Rêveurs, Six Pieds Sous Terre, Super Loto, Tanibis, The Hoochie Coochie, Une Autre Image, Vide Cocagne.

Voir en ligne : Le communiqué du SEA

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