Lecture en confinement #7 : "La Tranchée Racine Hebdomadaire" - Par Stéphane Blanquet & United Dead Artists

23 mars 2020 0 commentaire

CONFINEMENT. Un jour de plus. Ou davantage ? Nous commençons à perdre nos repères. S’il n’y avait chaque jour les annonces accablantes du nombre de victimes et de personnes touchées par le coronavirus, nous pourrions croire être enfermés dans un jour sans fin. C’est là que la lecture, surtout avec le choix de se consacrer à une parution quotidienne, prend son sens : nouvel éphéméride dont les feuilles nous servent de balises, elle permet de maintenir un rythme.

L’enfermement - pardon, le confinement ! - peut être intérieur à soi. C’est l’impression que laisse La Tranchée Racine Hebdomadaire, journal aussi démesuré que l’est le projet de Stéphane Blanquet. Impression pas forcément agréable voire dérangeante d’avoir accès à notre boîte noire intime, subitement ouverte par une connexion incontrôlée et incontrôlable de notre conscience à notre cerveau reptilien.

Lecture en confinement #7 : "La Tranchée Racine Hebdomadaire" - Par Stéphane Blanquet & United Dead Artists
Page 5 de "La Tranchée Racine Hebdomadaire" #0 © Toshio Saeki / United Dead Artists 2020

La Tranchée Racine n’est pas une nouveauté. Tabloïd géant de douze pages en noir et blanc créé en 2011 par United Dead Artists, La Tranchée a connu jusque-là quatorze numéros de sa première série, rassemblant des dizaines d’artistes dont les œuvres s’entrechoquent dans un chaos tantôt joyeux, tantôt inquiétant. Sorte de graphzine XXL, La Tranchée ne souffre d’aucune contrainte et accueille autant des artistes confirmés que débutants, tous liés cependant par la volonté d’extirper de leurs instruments des formes exubérantes.

La Tranchée Racine Hebdomadaire conserve le même principe. Avec encore davantage de folie. Rien de tellement surprenant de la part de Stéphane Blanquet - voir par exemple Les Crocs électriques qu’il a fondés avec Jessica Rispal. Artiste prolifique qui ne se limite pas à un unique champ d’expérimentation, Blanquet semble devoir créer sans relâche pour pouvoir vivre. La Tranchée passe donc à la couleur et surtout à un rythme de parution hebdomadaire, le premier véritable numéro devant paraître en septembre 2020.

Page 4 de "La Tranchée Racine Hebdomadaire" #0 © Tetsunori Tawaraya / United Dead Artists 2020

Ce « numéro 0 » de La Tranchée Racine Hebdomadaire fait office de « Manifeste Impact ». Et l’on nous promet - mais ce n’est pas écrit dans la publication, qui ne comporte que des images - au moins 500 œuvres d’ « art contemporain », d’ « art brut » et d’ « art pulp » à découvrir au long de 42 semaines.

Un numéro sera entièrement consacré à Stéphane Blanquet, qui signera les exemplaires des abonnés. Il en coûte d’ailleurs 210 euros pour un abonnement simple ou 1 900 euros - on comprend là que Blanquet est familier du marché de l’art - pour un abonnement luxe, livré dans un emboîtage cartonné avec pochoir original sur tissu en couverture pour un tirage limité à 50 exemplaires numérotés et signés par l’artiste.

Tout cela est-il bien raisonnable ? Évidemment non. Tout le monde ne pourra pas s’offrir un abonnement, même simple. Mais chaque numéro ne coûtant que cinq euros, chacun pourra accéder à la déraison graphique de La Tranchée Racine Hebdomadaire et se permettre, en toute sécurité, une échappée dans les tréfonds de nos esprits fatigués.

FH

Page 1 de "La Tranchée Racine Hebdomadaire" #0 © Stéphane Blanquet / United Dead Artists 2020
Page 2 de "La Tranchée Racine Hebdomadaire" #0 © Hope Kroll / United Dead Artists 2020
Page 10 de "La Tranchée Racine Hebdomadaire" #0 © Alessandra Centi / United Dead Artists 2020

La Tranchée Racine Hebdomadaire - Numéro 0 - 66 x 47,5 cm - 12 pages couleurs - ISBN 9782375430705 - parution le 15 février 2020.

Avec : Stéphane Blanquet, Hope Kroll, Gilles Berquet, Tetsunori Tawaraya, Toshio Saeki, Robert Combas, Zad Kokar, Joseph Callioni, Masayoshi Hanawa & Imiri Sakabashira, Alessandra Centi, Mari Katayama, Joe Coleman.

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