Images vivantes de Crumb

2 avril 2012 4 commentaires
  • Alors que le Musée d'Art moderne l'accueille en ce mois d'avril, plusieurs initiatives éditoriales voient le jour : une biographie, un catalogue et en particulier un DVD réunissant quelques documentaires sur son oeuvre et ses sources d'inspiration.

2012 sera assurément une année Crumb. Nous avons déjà parlé de l’intéressante biographie de Jean-Paul Gabilliet (Presses universitaires de Bordeaux) paru voici quelques semaines. Nous aurons l’occasion de reparler de lui à l’occasion de l’exposition rétrospective de son œuvre, Crumb, de l’Underground à la Genèse, qui aura lieu au Musée d’Art moderne du 13 avril au 12 août 2012.

Mais pour l’heure, un DVD vient de sortir qui réunit trois documentaires éclairants sur l’homme derrière l’œuvre. Le premier est une perle, il est réalisé par le réalisateur Terry Zwigoff (Ghost World, d’après la BD de Daniel Clowes), lui-même ancien éditeur de comics Underground. La proximité de Zwigoff avec les Crumb permet de découvrir le parcours atypique de l’homme qui incarne la BD Underground des années soixante et pourtant si différent de la culture hippie. "Crumb, tu aimes les filles ?" lui demanda Janis Joplin. Devant sa réponse affirmative (il était venu à San Francisco attiré par "l’amour libre"), elle lui conseilla de se faire pousser les cheveux, de porter des chemises en satin et des pantalons en pattes d’eph. Il s’y refusa "car il trouvait ça con..."

Images vivantes de Crumb
Le Musée d’Art moderne de la Ville de Paris ouvre une rétrospective sur ce grand dessinateur à partir du 13 avril 2012
DR

En dépit de ce look à contre-courant, ce dessinateur impénitent au trait de génie arrive bientôt au firmament de la célébrité. Mais il a compris très vite qu’il était en train d’être "consommé" par son époque. Son trait devient plus noir et il révèle sa part sombre, non sans un brin de provocation. Cet amoureux de la femme produit ses dessins les plus misogynes et pornographiques qui soient avec un naturel de conteur pour enfants dans une Amérique "libre" qui commence à fabriquer le code du politiquement correct faisant le nid à un nouveau puritanisme. Il n’hésite pas à repousser les limites de la perception sur la pédophilie ou le racisme dans une mesure qui choque ses contemporains soi-disant épris de paix et de liberté, surtout sexuelle.

"Son œuvre était un éventail masturbatoire !" suggère l’un des intervenants du film dans lequel on découvre les membres de sa famille, tous plus névrosés les uns que les autres. Quand son père découvre l’un de ses comics au début des années 1970, il ne lui adresse plus la parole.

Le coffret, qui ajoute en bonus une interview de Crumb par Jean-Luc Fromental et un extrait d’un documentaire qui met en évidence les goûts musicaux du dessinateur : "Je suppose que la musique est la chose la plus importante dans ma vie après les femmes" témoigne le dessinateur. Il est obsédé par la musique des années 1920.

ces quelques images pleine de vie sont une excellente mise en bouche pour la rétrospective qui nous attend.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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4 Messages :
  • Images vivantes de Crumb
    2 avril 2012 23:43, par Ruppert

    Côté bouquins, Cornélius sort aussi un "best-of" avec des inédits, des pages couleurs et l’interview faite par Gary Groth à la fin des années 80.
    Décidément, c’est l’année de Robert...

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  • Deux américains à Paris
    3 avril 2012 09:44, par Bob

    C’est l’année Crumb et l’année Spiegelman ! Tous deux exposés dans les plus grands musées parisiens (Centre Pompidou, Musée d’art moderne)... une bonne nouvelle pour la bande dessinée. Après l’expo Moebius à la fondation Cartier ou l’expo Quintet au Musée d’art contemporain de Lyon (pour ne citer que ces deux exemples), on sent une tendance qui se confirme : la bande dessinée commence bel et bien à être reconnue par les institutions comme un art contemporain à part entière. Bien sûr, cela pose plein de questions, déjà débattues sur ce site, ou sur de nombreux articles de du9.org en ce qui concerne la pertinence d’un accrochage sur un mur de ce qui est à l’origine destiné à la lecture sur support imprimé... Mais tout de même, il est agréable de voir que les artistes en bande dessinée sont davantage considérés comme des artistes tout court. Crumb et Spiegelman sont tous deux indiscutables à cet égard : sans doute les deux auteurs américains les plus influents depuis 50 ans, incarnant deux générations(l’un étant plus ou moins héritier de l’autre) qui ont fait grandir le médium et ont précisément permis cette reconnaissance. Comme souvent, au passage, dans l’histoire de l’art, les artistes issus de la contre-culture (les avant-gardes du début 20e, à la suite du salon des refusés, s’inscrivaient déjà contre la pensée officielle de l’art) finissent adoubés par les institutions. On pourrait estimer que c’est le signe d’une vitalité en berne, que ça sent le sapin. Pour ma part j’estime que c’est un processus légitime et qui n’a pas lieu d’être dénigré, seulement salué quand l’institution ne se trompe pas dans ce qu’elle reconnaît (ce qui est le cas ici).

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    • Répondu le 3 avril 2012 à  12:17 :

      je me souviens d’une expo Hugo Pratt où, dans la boutique qui occupait la sortie il n’y avait pas d’albums de Pratt mais tout ce qu’on voulait comme images encadrées, écharpes, mug et autres...pour moi la reconnaissance de la bd me semble plutôt être de cet ordre...une imagerie qu’on peut vendre dans tous les sens plutôt qu’une réelle reconnaissance de la bd pour ce qu’elle est vraiment.

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  • SuperCrumb, I love you.
    3 avril 2012 16:11, par bonobozu

    Fan de la première heure à l’époque du magazine Actuel, je suis toujours aussi admiratif du dessin de Crumb. Et, cela ne pourra que nous combler de voir des analyses produites sur ce maître incontestable ou d’autres travaux non traduits en France. A mes yeux, il possède un coup de crayon de génie mêlé à un une parole subversive incroyable, nécessaire et salvatrice. Alors, n’hésitez plus et foncez vous cultiver.

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