L’université française célèbre le centenaire de Jack Kirby

3 novembre 2017 12 commentaires
  • C’est une curiosité : en un mois, une conférence en Sorbonne, le 12 octobre, et un colloque au CREM (Centre de recherche sur les médiations) de l’Université de Lorraine, à Metz les 9 et 10 novembre 2017 autour de l’expérience autobiographique et bande dessinée, sont consacrés à Jack Kirby. Ces événements viennent conclure, avec la publication de biographies et d’un documentaire, un anniversaire qui avait commencé par une exposition au Festival d'Angoulême. Il s'achève là où Jack Kirby, en 1944, était venu combattre pour que l’Europe soit libre.
L'université française célèbre le centenaire de Jack Kirby
Le collectif "Kirby & Me". Un formidable hommage au maître.

Rarement un auteur américain de bande dessinée aura autant été célébré. Il faut dire que Jack Kirby n’est pas n’importe qui : né Jacob Kurtzberg en 1917 dans le Lower East Side de New York, ce jeune juif américain a véritablement bâti, par son dessin emphatique et sa créativité hors normes, la grammaire du comic-book. Célébré aussi bien par Will Eisner que par Alan Moore, « The King of Comics », avec ses créations et ses co-créations a laissé une trace dont on peu voir le prolongement dans la déferlantes des films de super-héros sur nos écrans aujourd’hui.

Ce gamin sorti de la rue a été, après avoir combattu en France en 1944, l’un des dessinateurs les plus sollicités de son temps, engendrant un Olympe de super-héros mythiques : Captain America, Fantastic Four, Thor, Iron Man, The X-Men, The New Gods, Mister Miracle, Kamandi et bien d’autres…

Jack Kirby, le super-héros de la bande dessinée » de Jean Dupelley (2 vol.)

« 2017 est l’année du centenaire de la naissance de Jack Kirby, nous raconte Jean-Matthieu Méon, maître de conférences au Centre de recherche sur les médiations (CREM) de l’Université de Lorraine, organisateur du colloque à Metz et chercheur dans le domaine de la bande dessinée. Cela a évidemment suscité beaucoup de rééditions, aux États-Unis comme en France, et beaucoup de commentaires. C’est bien sûr une figure artistique incontournable dans l’histoire de la bande dessinée. Mais Kirby est aussi intéressant par ce qu’il permet d’aborder au-delà de son propre cas, notamment les conditions particulières de production qu’il a connues, avec un contexte de contraintes fortes : contraintes commerciales, contraintes de genres, contraintes de formes… Comment les créateurs arrivent-ils à produire des œuvres personnelles dans un tel contexte ? Par exemple, quelle place leur propre expérience biographique peut-elle trouver dans des genres aussi cadrés et codifiés que les comics de super-héros ou les comics de guerre ? Ou d’aventure, ou d’humour, etc. Faire un colloque sur Jack Kirby cette année, c’était s’inscrire dans ce mouvement de commémoration de l’auteur mais c’était aussi une opportunité pour ouvrir une discussion théorique plus large sur les bandes dessinées dites « de genre » et les contraintes et les opportunités que leurs créateurs rencontrent. Ces questions se posent aux États-Unis, avec Kirby entre autres, mais peuvent être transposées dans la plupart des autres cadres nationaux. »

Jack Kirby en Sorbonne, le 12 octobre dernier.

Kirby à l’université

Kirby, la Sorbonne en avait déjà parlé le 12 octobre dernier dans une rencontre-conférence avec Jean Depelley, l’auteur de l’extraordinaire biographie en deux volumes, Jack Kirby, le super-héros de la bande dessinée (Ed. Neofelis), Alain Delaplace & Mickael Géreaume à l’origine de Kirby & me (Ed. Komiks Intiative), un ouvrage financé sur Ulule et qui rend hommage au King à travers les contributions de quelque 200 signatures prestigieuses, enfin le bien connu Alex Nikolavitch, traducteur émérite et essayiste, auteur de Les Dieux de Kirby (Ed. Confidentiel).

Mais c’est évidemment à Metz, où Jack Kirby a combattu, frôlé la mort et a vu mourir sous ses yeux ses camarades que cet anniversaire a le plus de sens : «  Il y a un vrai lien entre Jack Kirby et Metz, nous explique Méon. Lors de la Seconde Guerre mondiale, Jack Kirby a combattu en France et il a participé aux batailles meurtrières de l’armée américaine en Moselle, près de Metz, notamment à Dornot-Corny. On trouve des traces de son passage dans la région dans ses lettres et dessins de l’époque. Il y a ainsi un assez beau dessin de deux G.I.’s près d’un arbre, signé et marqué « Metz, Oct. ’44 », que l’on a repris pour l’affiche du colloque. C’est dans ces lieux, entre autres, que Jack Kirby a fait l’expérience réelle et sans doute intense de la guerre. Expérience que, selon certains critiques, il a retranscrite, directement ou non, dans certains de ses comics. »

Un documentaire de Marc Azéma et Jean Depelley produit par Passé Simple et Metaluna production doit également être diffusé sur France 3 le 20 novembre prochain. En voici la bande-annonce

« Les Dieux de Kirby » d’Alex Nikolavitch

Pionnier de l’autobiographie en bande dessinée ?

Jean-Matthieu Méon Maître de conférences CREM (Centre de recherche sur les médiations) Université de Lorraine
Photo DR

En prenant le « Jack Kirby’s Centenial » comme prétexte, Méon a élargi sa réflexion à l’autobiographie : « L’idée du colloque était de faire le lien entre les œuvres, la biographie des créateurs et les espaces de production dans lesquels ils ont été amenés à travailler. On ne peut pas comprendre la forme et le contenu d’une œuvre sans s’intéresser à la vie de ses auteurs mais aussi sans resituer ces derniers dans le champ dans lequel ils produisent : leurs pairs, leurs employeurs, les genres existants, les formes possibles… Cela amène à croiser les approches de plusieurs disciplines : la communication, la sociologie, l’analyse littéraire, l’histoire… Les réponses à l’appel ont porté autant sur Jack Kirby que sur d’autres auteurs de bande dessinée (Franquin, McCay, Frank King, Hugo Pratt, Hiromu Arakawa…). C’était une des incertitudes du projet : réussir à parler de Kirby tout en ouvrant sur une perspective plus générale, ouverte sur d’autres créateurs, d’autres contextes. Comme l’appel à communication a circulé sur plusieurs réseaux français et internationaux, les réponses sont venues d’un peu partout : de France, de Belgique, d’Espagne, d’Angleterre, du Canada, des États-Unis… Cela reflète assez bien le caractère international des recherches actuelles sur la bande dessinée – et la notoriété de Kirby. »

Des personnalités, souvent peu connuse mais venus du monde entier, interviendront sur ce sujet. Le programme complet est téléchargeable ICI.

L’intérêt de ce colloque, c’est que c’est l’un des premiers à interroger la question des bandes dessinées dites « de genre » : « En ouvrant la discussion sur les bandes dessinées de genre, nous dit Méon, il s’agit aussi d’éviter que la recherche sur la bande dessinée ne se concentre que sur les œuvres les plus légitimes. Pour comprendre les œuvres indépendantes et alternatives, il faut également comprendre les œuvres plus classiques ou commerciales dont elles cherchent à se distinguer ou qu’elles réinventent. »

Et effectivement, à cause de l’intérêt de l’université pour la sémiologie et d’une volonté de « vendre » une discipline en l’appliquant à des bandes dessinées connues de tous (Tintin et consorts), on a souvent tourné autour de la bande dessinée au lieu de la lire (suivez notre regard…). Il est temps de s’y mettre...

Documents
Kirby en Sorbonne, le 12 octobre 2017.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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12 Messages :
  • On peut lire ici quelques phrases de "l’institution" tout à fait édifiantes,avec toujours les mêmes tartes à la crème,preuves encore,s’il en était besoin,de la gentrification galopante de la BD avec des allégations du plus pur conformisme scolaire et bourgeois.Tout ça bien sûr sous couvert de légitimation...mais passons.

    Il est en effet abusif de cantonner Kirby au seul genre super-héros,lui qui vivait et respirait pour la BD contrairement à beaucoup de ses contemporains doués avec un crayon ,et ne pratiquaient souvent cet art qu’ils ignoraient en être un que pour raisons strictement alimentaires.
    Oui le géant Kirby a touché à tous les genres possibles,ce qui lui a été très utiles parvenu au sommet de son art,pour créer et narrer au début des années 60,fort de sa solide expérience, tout un tas de personnages et récits fabuleux.En plus de révolutionner le monde des comics à plus d’une manière.En premier lieu,la série des quatre fantastiques dont le grand succès a permis la relance de l’industrie des comics,était un condensé subtil de plusieurs genres que Kirby maîtrisait dorénavant à merveille.
    Las,on peut régulièrement déplorer dans les comics d’aujourd’hui les conséquences des leçons mal apprises de la "kirbyvision" !Parce que plus que tout,le King Jack Kirby était un narrateur,au service d’une histoire,qui dessinait pour être lu,pas contemplé.Lui l’auteur de BD viscéral faisait de la BD sans complexe.Il faut rajouter:de la BD complexe sans complexe !

    Puisqu’on parle de BD de genre,chose qui se sait moins et peut paraître paradoxale à la lecture de son oeuvre:ce touche à tout de génie qu’était Kirby est même considéré avec son compère créatif d’alors Joe Simon comme l’inventeur du comics rose et de romance,auxquels son style déjà puissant donnait un cachet tout à fait étonnant.

    Le fabuleux Jack Kirby prince du rebond n’a jamais été anesthésié par les contraintes !

    Surtout pas celles commerciales.

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    • Répondu le 4 novembre à  17:11 :

      "la gentrification galopante de la BD"

      Qu’est-ce que cela veut dire ?

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      • Répondu par La plume occulte le 4 novembre à  23:08 :

        Vaste sujet, qui mériterait un long développement...

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        • Répondu le 5 novembre à  05:59 :

          Comment il se déballonne le roi de la graphorée...

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        • Répondu le 5 novembre à  09:36 :

          Il n’appartient qu’à vous de développer. Que voulez-vous dire ? Que la BD a perdu sa dimension populaire à cause d’une nouvelle génération d’auteur issue principalement de la petite bourgeoisie et de la bourgeoisie ? Que ces vagues d’auteurs successifs, en abordant des thèmes nouveaux et en imposant des formes différentes, ne s’adressent plus au même lectorat et pire, ont écarté le lectorat populaire et essentiellement masculin auquel devait uniquement s’adresser la bande dessinée ?
          Si effectivement cette gentrification existe, est-elle une perte ou un renouveau ? Croyez-vous sincèrement qu’avec l’omiprésence des écrans, sans cet embourgeoisement, la bande dessinée aurait encore un lectorat suffisant ? Cette "gentrification de la bande dessinée" est-elle due à la gentrification des auteurs ou celle des lecteurs ou une conjugaison des deux ?
          Dites-nous tout !

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          • Répondu par La plume occulte le 5 novembre à  14:30 :

            Tout va très bien alors,je veux dire tout va très bien pour vous.

            Vous parlez d’une évolution quand je parle d’une mécanique,une mécanique aussi implacable que la broyeuse du pilon.Une mécanique dont vous êtes sous votre ton détaché et en apparence ouvert la parfaite illustration.
            Vous faites les questions ,et surtout les réponses,les questions qui vous arrangent et qu’ il devient par ailleurs difficile aujourd’hui d’ignorer, articulées de manière qui évite surtout de s’en poser d’autres,avec des réponses orientées et fermées qui tordent la réalité pour l’amener où sied votre convenance, le tout sous une forme interrogative qui veut laisser penser qu’il y a possibilité de débat.De débat vous ne voulez pas.

            Il y a même la petite injonction finale,injonction typique de celui qui sait,de celui qui croit que les autres marchent au sifflet.Beau boulot,vous m’auriez en plus appelé par mon prénom j’aurai cru que vous étiez énarque.

            Vous posez la question "que veut dire la gentrification galopante de la BD" ?Je vous l’ai dit vaste sujet qui demanderait de longs développements,avec une situation où le hasard n’a pas sa place. Alors pour faire plus simple comme réponse je vous dit constatez-vous,tout simplement ,et les choses devraient devenir rapidement très claires.

            La seule question que je pose à mon tour,est:faites-vous parti des vainqueurs qui ripaillent ou êtes-vous simplement un idiot utile ?

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            • Répondu le 5 novembre à  17:08 :

              Vous noyez le poisson comme un politicard en ne répondant pas à la question : Qu’est-ce que la gentrification de la BD ?

              Expliquez-vous qu’on apprenne !

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            • Répondu par Risky Biz le 5 novembre à  17:28 :

              Que de mots et de phrases pour ne rien dire à l’arrivée, seriez-vous un homme politique ?

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            • Répondu le 6 novembre à  14:26 :

              Alors ? Alors ? On a hâte de savoir !

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              • Répondu le 8 novembre à  11:36 :

                On ne saura pas. Pas Occulte pour rien.

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                • Répondu par La plume occulte le 9 novembre à  21:57 :

                  Ho,lui,hé,difficile de le faire douter,en fait c’est un vainqueur !

                  Il insiste,après nous avoir servi un tract en guise de commentaire,il imagine qu’en plus on va lui servir la soupe pour ses boniments.

                  Oui,évangélisons tous les imbéciles,de basse extraction cela va sans dire.

                  Allez essayez encore une fois avec votre sifflet,on sait jamais.

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