Passer l’hiver - Lizano & Rioult - La Boîte à Bulles

14 juin 2004 0 commentaire
  • La terre vient d'être engloutie. Yann et les siens vont tenter de passer l'hiver sur un radeau de fortune perdu au beau milieu de l'océan. L'occasion de débattre de tout et de rien et de se foutre un maximum sur la gueule. Une bande dessinée politiquement incorrecte réalisée en gravure sur bois.

Suractivité des centrales nucléaires, chute de météorites ou ras de marée à grande échelle ? Sur leur rafiot paumé en pleine mer, Yann et les siens tentent de comprendre le water world dans lequel ils sont pris au piège. Yann est un hippopotame lunatique, sa petite femme, une mésange « enceinte ». Ils naviguent en compagnie de Nolwenn la crocodile et Loeïza la lapine. Un peu plus loin, Jamie la vache, commandant de bord d’un cargo pirate, motive ses troupes au combat. Les victimes d’abordages musclés sont dépecées et leur viande est séchée au soleil. C’est meilleur de la fumer tente de faire comprendre un volatile syndicaliste dans l’âme mais bon !

Les protagonistes de cette bande dessinée surprenante sont des bêtes. Des animaux ressemblant étrangement à des humains, individualistes, cyniques et cruels. Marc Lizano se déchaîne. Les vices comportementaux de chacun alliés aux plaies béantes de la société, de l’individualisme exacerbé à la globalisation outrancière, sont anarchiquement passés en revue, Les dialogues sont vifs et tranchants, l’humour est à couper à la tronçonneuse. On est dans le trash, le gore, le résolument (in)humain. Lizano a des choses à dire, il les hurle et acte ses coups de gueules d’observateurs consternés par l’ignominie ambiante.

Graphiquement, Vincent Rioult explore une technique étonnante, une technique ancestrale, la xylographie. Il grave ses dessins sur des plaques de bois ensuite imprégnées d’encre grasse pour imprimées le résultat par pression sur une feuille humide. L’image est ensuite scannée et photomontée dans des cases prévues à cet effet. Des cases dans lesquelles figurent déjà un arrière plan, des décors extraits d’une vieille édition, elle aussi gravée, de Robinson Crusoë. Le travail semble colossal mais aussi impressionnant qu’il soit, le produit final est décevant. L’encrage est irrégulier, certains dessins sont trop effacés altérant un peu la lecture. L’ensemble manque de dynamisme et si l’on fait abstraction du texte, les personnages sont peu expressifs, à quelques exception près (Jamie, la vache autoritaire n’est, il est vrai, pas en reste). Saluons tout de même la créativité et le mérite de Vincent Rioult qui amplifie le côté décalé de cet album. A noter qu’entre deux gravures sur bois, Rioult se trouve être le maquettiste officiel de la Boîte à Bulles. Et sur ce plan là, jusque là, c’est un sans faute.

(par Nicolas Fréret)

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