Lecture en confinement #53 : "La Déesse Requin" - Par Lison Ferné - CFC éditions

8 mai 2020 0 commentaire

CONFINEMENT. Après un dernier un week-end « prolongé » de confinement, nous allons pouvoir reprendre, tout en suivant moult précautions, une partie de nos activités. Les librairies vont rouvrir leurs portes. Cela ne suffira évidemment pas à rétablir une situation qui était déjà précaire pour certains avant la crise sanitaire. Il faut donc espérer que les plus grosses structures, éditoriales et commerciales, n’en profiteront pas pour finir d’écraser les plus petites. Nouvelle mise en avant des ouvrages publiés au premier trimestre, diminution du nombre de parutions et calendrier des sorties revu doivent permettre à tous de sortir leur épingle du jeu. Un vœu pieux ?

La Déesse Requin, première bande dessinée longue de la jeune dessinatrice Lison Ferné que nous avons pu découvrir dans la revue Bien, Monsieur., est justement parue au début de l’année 2020. Éditée par Maison CFC, elle est le résultat d’une réflexion menée par l’autrice lors de la fin de ses études à l’ERG - école de recherche graphique - sise à Bruxelles.

Entièrement dessinée à la plume d’une encre d’un noir profond, La Déesse Requin aborde, par le biais du merveilleux, des thématiques très contemporaines. Dans un monde divisé entre une surface habitée par des hommes ignorant qu’ils rendent un culte à des êtres bien réels et des profondeurs abritant ces êtres aux pouvoirs d’essence divine, Dahut fait office de trublion. Car elle fait partie des rares à souhaiter passer d’nn monde à l’autre, et à le faire.

Lecture en confinement #53 : "La Déesse Requin" - Par Lison Ferné - CFC éditions
La Déesse Requin © Lison Ferné / CFC éditions 2020

Lorsqu’elle projette de « monter » dans le monde des humains pour assister à une grande fête, tout son entourage tente de l’en dissuader. Mais, grâce à la protection de la déesse mère, qui semble être aussi le déesse mer, elle réussit à franchir un passage lui permettant ensuite de déambuler parmi les hommes. Mais ce qu’elle découvre alors la bouleverse et change à jamais sa vie.

En suivant le chemin d’une fiction fantastique, Lison Ferné parvient pourtant à aborder des sujets éminemment concrets et cruciaux. La surexploitation des ressources de la planète, la place de l’homme dans son environnement et même le rapport au divin restent d’actualité. La pandémie n’a effacé ni la crise climatique, ni le problème de l’exploitation des animaux, ni même celui de l’irruption de la religion dans le politique.

Le choix de l’imaginaire, bien servi par un trait dynamique et comme mouvant, donne une dimension intemporelle à tous ces problèmes. Il permet aussi à Lison Ferné, grâce à cette position détachée de tout réalisme, d’éviter une lourde moralisation. Même si son point de vue est clair, elle ne verse ni dans la culpabilisation, ni dans le pessimisme apocalyptique. Une vision finalement assez rare en ce moment.

FH

La Déesse Requin © Lison Ferné / CFC éditions 2020

Le Déesse Requin - Par Lison Ferné - CFC éditions - collection 07 | 107 - direction éditoriale par Christine De Naeyer - coordination & suivi éditorial par Claire Cagnat - graphisme par Raphaël Hadid - 20,5 x 28 cm - 110 pages en noir & blanc - couverture cartonnée, relié - ISBN 9782875720498 - parution le 17 janvier 2020.

Consulter le site de l’autrice & sa page Instagram.

Visionner un entretien avec l’autrice filmé par sa maison d’édition (février 2020).

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