1.563.000 €, frais inclus, nouveau record pour Hergé chez Sotheby’s

25 octobre 2015 14 commentaires
1.563.000 €, frais inclus, nouveau record pour Hergé chez Sotheby's
1.300.000€ sous le marteau (hors frais). Tintin est en effet pris pour cible par les acheteurs.

Avec une vacation qui se conclut à 2,7 millions d’euros, Jean-Arnold Schoofs avait tout lieu d’être satisfait pour les 65 planches de sa collection qui avaient été mises en vente samedi chez Sotheby’s. L’affaire avait pourtant mal commencé : les objets et les éditions limitées qui débutaient la vente atteignaient avec difficulté leur estimation, quand elle n’était pas retirées. "Le marché des statuettes 3D s’est écroulé en 2008, nous dit un collectionneur. Il a du mal à reprendre depuis."

Celui des originaux s’est envolé en revanche, mais les résultats restent contrastés. En gros, le top 10 des auteurs les plus côtés continue à truster les plus hautes estimations, sans doute en raison de leur réputation médiatique. Derrière eux, de très grands noms parfois, font des cotes moins reluisantes, même si l’on constate un renforcement général des valeurs sur les classiques franco-belges. "Dans les dix premiers noms qui tirent les cotes, nous dit un expert, à l’exception de Bilal, tous sont morts."

La preuve encore avec cette planche d’Hergé qui, à elle seule, donne du poids à cette vente : 1.300.000€, soit 1.563.000 € frais inclus. Le premier critère est en effet la rareté. Un album ne comporte en moyenne que 40 à 60 planches. Dans la série Tintin, il n’y a qu’une vingtaine albums dont la plupart des planches sont "coincées" dans des musées : Musée Hergé, Beaubourg, Angoulême... L’autre critère est la valeur artistique de l’œuvre elle-même. Quand le critique d’art Pierre Sterckx intitule son ouvrage "L’Art d’Hergé", cela porte sens, surtout au regard de la pièce vendue ici, une double page du Sceptre d’Ottokar qu’Hergé aurait laissée avec quelques autres à la rédaction de Cœurs-Vaillants où elles disparurent pendant l’Occupation. Le dernier critère étant en effet l’importance de la pièce dans l’œuvre de l’auteur. Cette planche de 1939 montre un Hergé dans toute sa maturité, et même son génie, au bout de dix années -dix années seulement- qui le voient passer du trait un peu fruste de Tintin au Pays des Soviets à l’autorité d’un style que d’aucuns désigneront comme une "ligne claire".

Les signatures les plus convoitées tiennent leur rang : 200.000€ hors frais pour une superbe planche de Franquin issue de Spirou et les Pirates du silence, 120.000€ pour une Blake & Mortimer tirée de La Marque jaune par E. P. Jacobs, 14.000€ pour une planche clé de Lefranc : La Grande Menace par Jacques Martin, 80.000€ pour une planche de Johan & Pirlouit : L’Anneau des Castellac de Peyo, 10.000€ pour une planche de Surboum sur quatre roues de Gil Jourdan par Tillieux, 11.500 pour une planche de Bob & Bobette : Le Roi boit par Willy Vandersteen...

Entre un planche de Prince Valiant partie à 15.000€ et une planche de Flash Gordon envolée à 85.000€, les experts de la vente, Bernard Mahé et Eric Verhoest, suivent la manoeuvre avec attention. Le commissaire-priseur repère quant à lui la meilleure enchère, que ce soit en salle, au téléphone ou sur le Net où l’on peut suivre la vente en temps réel.

Les surprises sont venues de Jean Graton dont une planche de Michel Vaillant : Le Pilote sans visage qui, après une lutte acharnée entre deux collectionneurs, s’est conclue à 55.000€ hors frais ; d’une Chlorophylle contre les conspirateurs de Macherot qui bondit à 25.000€ ; d’une Will de Tif & Tondu : Plein Gaz qui grimpe à 19.000€ ; d’une Jean Valhardi du Château maudit de Charlier & Paape qui monte à 12.000€.

Du côté américain, une des seize planches connues de Flash Gordon par Alex Raymond monte à 85.000€ hors frais ; une rare Little Nemo de Winsor McCay part à 68.000€ ; une magnifique Krazy Kat de George Herriman passe à 35.000€ ; une Tarzan ayant appartenu à Frank Frazetta et une Prince Valiant, signées Harold Foster, se sont retrouvées respectivement à 12.000€ et à 15.000€ ; un strip de Mickey de Floyd Gottfredson s’échange à 15.000€.

On n’a pas assisté, dans cette vente, à un duel entre une poignée seulement de collectionneurs. L’énoncé des numéros d’acheteurs montrait qu’ils étaient très diversifiés, les "gros" acheteurs se concentrant sur les pièces importantes tandis que les autres se répartissaient les lots au gré de leurs envies. Même les petites bourses ont pu acheter une jolie Pom & Teddy de Craenhals ou une très belle Timour de Sirius à 800€, comme quoi il y a encore des affaires à faire, mais il est vrai que la tendance est à l’augmentation : les planches de Liliane & Fred Funcken ont plus que doublé en quelques semaines, en raison de la disparition de ces auteurs..

DP

La planche d’Hergé a été très disputée. La statuette, pourtant ultra-célèbre du "Tintin au mouchoir" de Pigeon (1987) a été retirée de la vente faute d’enchères suffisantes.
Photos : D. Pasamonik (L’Agence BD)

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14 Messages :
  • Pendant ce temps-là...
    25 octobre 2015 13:12, par Gilles Ciment

    Pendant ce temps-là, le manuscrit du poème de Stéphane Mallarmé Jamais un coup de dés n’abolira le hasard était adjugé 963.000€. Je dis ça, je ne dis rien...

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  • Lefranc, pas Lefrancq !!! C’est tout de même un personnage phare de la bd franco-belge !!

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  • Je ne voudrais pas couper les cheveux en 4 , ni les planches non plus mais ne s’agit-il pas plutôt de deux planches ? Même si c’est une séquence bouclée dans un vis-à-vis impressionnant de style . Une double -page ce serait l’appellation idoine pour les pages publiées format à l’italienne dans le magazine quand elles s’étalaient montées pour l’occasion sur la double-page centrale. Donc 750 000€ pièce. Ce qui n’est quand même pas mal il faut bien l’avouer.

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  • La planche d’Astérix et Cléopâtre a certes atteint 180 000 euros mais elle a été retirée sans être vendue, n’ayant pas atteint le prix de réserve de 200 000 euros.

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 26 octobre 2015 à  10:23 :

      Bien vu ! C’est une étourderie de ma part dans la relecture de mes notes. J’ai corrigé l’article. Merci.

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  • Droit de Suite ?
    26 octobre 2015 10:35, par Nicolas Anspach

    Didier, sais-tu si pour ce genre de vente, il y a un droit de suite qui sera versé à l’auteur ou à ses ayant-droits ? Et si oui à combien se monte le % ?
    C’est une pratique courante pour les ventes de peintures ...
    Bien à toi,
    Nicolas

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    • Répondu par JP Gabilliet le 27 octobre 2015 à  07:25 :

      Oui, le droit de suite est règlementaire dans les ventes aux enchères en France, y compris pour les auteurs de bande dessinée.

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      • Répondu par lc le 27 octobre 2015 à  10:58 :

        intéressant.
        est-ce que ce droit s’étend après le décès de l’auteur, à l’image du droit d’auteur ?

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        • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 27 octobre 2015 à  11:29 :

          Le droit de suite est un droit spécifique. Le droit moral est autre chose. Il peut être défendu même par d’autres que les auteurs Cf. Vadim contre la Société des Gens de Lettre dans l’affaire des "Liaisons dangereuses" où la justice a donné raison à cette dernière.

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          • Répondu par Olive le 27 octobre 2015 à  15:07 :

            Contrairement à ce que vous écrivez, la société des Gens de lettres n’a pas du tout "gagné" son procès contre Vadim, qui était, lui, défendu par un avocat nommé François Mitterrand ; la Société des Gens de Lettres voulait l’interdiction du film, elle a tout juste obtenu que la mention "1960" soit accolée au titre du film lors de sa sortie. Nuance !

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            • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 27 octobre 2015 à  15:31 :

              "elle a tout juste obtenu que la mention "1960" soit accolée au titre du film lors de sa sortie"

              Vous jouez sur les mots, Olive. La justice a suivi la demande de ne pas autoriser la diffusion d’une œuvre qui portait le même titre que celle de Choderlos de Laclos mais qui n’en préservait pas l’esprit (les acteurs évoluaient dans un monde contemporain). Dont acte.

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      • Répondu par Nicolas Anspach le 28 octobre 2015 à  11:38 :

        Merci Didier et JP Gabilliet. Il me semblait qu’il n’était pas utilisé pour la bande-dessinée. Je questionnerai quelques auteurs fréquemment "vendus" en salles de vente, ou leurs héritiers à l’occasion.

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    • Répondu par francois d le 28 octobre 2015 à  18:41 :

      cher Nicolas
      je te confirme qu’il y a toujours des droits de suite à hauteur de 4% dans les ventes publiques BD.
      en Belgique c’est à partir d’un montant d’adjudication de 2.000 euros et ces droits sont dûs par l’acheteur.
      en France c’est à partir d’un montant d’adjudication de 800 euros et ces droits sont dûs par le vendeur.

      fd

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      • Répondu par CQ le 29 octobre 2015 à  01:44 :

        En clair ça ne rapporte qu’aux riches. L’argent mène à l’argent.

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