Doomboy - Par Sandoval - Editions Paquet

2 novembre 2011 2 commentaires
  • Dans ce one-shot très réussi, Tony Sandoval nous montre que les ados ne se nourrissent pas seulement d’Internet et de musique. Il s'agit ici d'un voyage sombre, un peu glauque, légèrement destroy et carrément rock'n'roll !

Avec son look d’ado égaré entre la musique grunge et un romantisme un peu trash, D, c’est comme ça qu’il se fait appeler, pourrait être le petit frère de... Kurt Cobain. La musique jouée par cet anti-héros solitaire se distingue toutefois de son illustre modèle : loin des accords saturés de Nirvana, notre garçon maigrichon joue ses morceaux de guitare électrique pour lui tout seul…

Jusqu’au jour où il décide de les diffuser par le canal d’un vieil émetteur radio. Toute la ville capte alors la musique de celui qui se cache derrière le pseudo de Doomboy ! Le garçon ne cherche-t-il pas davantage à renouer un impossible contact avec sa copine récemment décédée qu’à obtenir un statut de star locale ?

Révélé en 2007 au grand public par l’intermédiaire de l’album Le Cadavre et le sofa, le Mexicain Tony Sandoval publie coup sur coup deux albums chez Paquet. Récit plus dur et plus sombre que les Échos invisibles, et pas seulement par le choix des couleurs, Doomboy nous fait pénétrer dans le monde à peine imaginaire d’un ado solitaire avec ses doutes, ses craintes, ses ambitions, ses rêves. En choisissant de jouer son Doom métal, sa musique, sur les plages non loin d’où il habite, seul avec sa mère, l’ado tourmenté ne cherche-t-il pas à joindre l’inaccessible, l’impalpable ? À l’image d’autres héros des histoires du dessinateur ?

Doomboy concentre les principales « obsessions » qui traversent les albums de Sandoval : enfance et mort, amour et solitude, violence et mélancolie, mais aussi océan et désert…

Le récit semble perturbé, à l’image de son héros, aussi bien par l’apparition d’images mentales symboliques, comme ces poulpes géants illustrant la qualité du son produit par la guitare, que par les libertés que l’auteur prend avec les règles du montage ou celles de la mise en page.

La mort transparaît sur les visages et les expressions des principaux personnages, notamment par le recours à de somptueux gris colorés, accentuant la dimension poétique et tragique d’un récit puissant et dérangeant.

La confirmation du talent personnel et singulier d’un jeune auteur à suivre… de très près !

(par Patrice Gentilhomme)

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