Kazé sort le grand jeu pour le lancement de "The Promised Neverland"

21 mars 2018 0 commentaire
  • C'est le plus gros lancement jamais effectué par Kazé, et l'un des plus importants de l'histoire du manga en France. L'éditeur affiche en effet avec "The Promised Neverland" de hautes ambitions, et il a de quoi: un titre séduisant pour lequel tous ses concurrents ou presque se sont battus.

L’annonce avait agité la dernière édition de Japan Expo : au début de l’été 2017 Kazé s’emparait de la licence de The Promised Neverland, un titre dont la prépublication avait débuté même pas un an auparavant. Lancé en août 2016 dans le Weekly Shonen Jump, The Promised Neverland avait immédiatement attiré de nombreux regards et la plupart des grands éditeurs français du secteur s’étaient positionnés.

Kazé sort le grand jeu pour le lancement de "The Promised Neverland"
Quelques planches exposées lors de la soirée de lancement
© Shueisha

Kazé promet du lourd

Pierre Valls, lors de la soirée de lancement

Féroce concurrence donc, dont sort triomphant Kazé, en relation privilégiée, grâce à Viz Media, avec les maisons-mères que sont Shueisha et Shogakukan. Pourtant, plusieurs grosses licences avaient récemment échappé à l’éditeur et fait le bonheur de ses concurrents - on pense notamment à My Hero Academia chez Ki-oon ou à One-Punch Man chez Kurokawa.

Pour s’imposer, Kazé, comme nous l’a expliqué son directeur éditorial Pierre Valls, a dû proposer un dossier particulièrement engageant. Ainsi, les minimums garantis s’avèrent extrêmement importants pour le secteur et le marketting, qui doit se déployer sur trois ans, s’annonce tous azimuts - affichages divers, événements, mais aussi cinéma, télé et radio - et ciblé - la communication ira également sur snapchat, réseau social préféré des 13-24 ans, cœur de cible du titre.

Surtout, une réelle ambition s’affiche quant au succès du manga : les volumes paraîtront tous les deux mois, un rythme soutenu qui suit au plus près la parution japonaise, et le tome 1 sera imprimé à hauteur de 100000 exemplaires, fait rare dans le secteur. Côté presse, la communication est là aussi soignée pour séduire les potentiels prescripteurs : une "box presse" belle et originale qui a fait parler d’elle et une soirée de lancement jouant de l’ambiance du manga, entre exposition de planches et activités de type escape game très en vogue en ce moment.

Une des boîtes proposant une activité de type "escape game"

Un succès promis ?

Une des magnifiques illustrations couleur de la série
© Shueisha

Avec tout ça, The Promised Neverland est-il condamné au succès ? Si l’on s’en tient aux qualités intrinsèques du titre, certainement. Comme nous vous le présentions l’an dernier dans notre série "Du Côté du Soleil Levant", ce manga, signé par deux jeunes auteurs - un scénariste, Kaiu Shirai, et une dessinatrice, Posuka Demizu - renouvelle réellement le genre du shonen.

Il fait souffler un vent de fraîcheur sur tout le genre, par ses thématiques, plutôt matures, par la nervosité de sa narration, d’une rare efficacité, sans aucune fioriture ou presque, et par son dessin, assez en marge, sans toutefois être pleinement en rupture, avec les codes graphiques auxquels la locomotive du manga qu’est le Weekly Shonen Jump nous avait habitués. Voici ce que nous en disions pour en situer l’action :

"L’intrigue de The Promised Neverland débute dans un orphelinat de campagne, à l’ambiance un peu surannée mais qui a tout d’une utopie : Gracefield House. Une vingtaine d’enfants, de bébés à quelques pré-ados d’une douzaine d’années, y sont choyés par une "Maman" qui veille sur leur santé et promeut un enseignement exigeant et humain. Les enfants participent en outre, chacun à son échelle, à la vie de la communauté, les plus grands animant les jeux des plus petits et parfaisant leur éducation. Voilà pour le premier chapitre, jusqu’à une révélation macabre qui fait basculer le titre dans le fantastique et l’horreur.

Il faut faire chauffer ses méninges à Gracefield House
© Shueisha
Des enfants comme mets de choix : une terrifiante révélation pour une refonte originale de la figure de l’Ogre
© Shueisha

En effet, l’orphelinat se révélè être une ferme dans laquelle les enfants - à qui l’on a tatoué des numéros pour les identifier... - sont élevés jusqu’à un certain âge, dicté par leurs facultés intellectuelles (les plus brillants bénéficiant d’une longévité plus grande), pour être ensuite dévorés par d’effroyables créatures à l’apparence de démons, véritables régisseurs de cet univers renouvelant de manière pertinente la figure de l’Ogre des contes de fée. Bien entendu les enfants n’en savent rien, mais les trois aînés découvrent le pot aux roses à la suite d’un concours de circonstances.

Dès lors, ils amorcent un projet de grande évasion pour s’échapper de cet enfer, tout en embarquant l’ensemble de leurs petits frères et petites sœurs ! Une entreprise démesurée à mener sans éveiller les soupçons d’une Maman qui apparaît peu à peu de plus en plus retorse et manipulatrice."

La box presse, impressionnante par le soin dont elle a fait l’objet

On le voit, le projet de The Promised Neverland se présente comme atypique. Il se positionne dans cette tendance des dark shonen, avec toutefois une particularité notable. Jump oblige, ses héros demeurent positifs et la nature combative de ses personnages constitue toujours le moteur de l’action. Pas de lamentations qui s’étirent ni d’états d’âme pénibles, et surtout pas de protagoniste torturé phagocytant le récit. Emma, la meneuse du trio de héros, s’avère un monstre d’optimisme et impose à ses comparses des conditions de réussite absolues qui ne laissent pas de place à l’égoïsme et à la médiocrité.

Du fait de cette atmosphère et de l’importance de la psychologie dans l’affrontement qui se met en place, The Promised Neverland pourra rappeller le culte Death Note. Mais grâce à la nature de ses personnages il se démarque de son illustre ainé en apparaissant nettement moins trouble. On peut néanmoins s’interroger sur le lectorat visé : difficile de faire lire la série, notamment son début, aux enfants encore à l’école élémentaire. Il faudra plutôt compter sur la maturité de lecteurs collégiens et lycéens - à partir de 12 ans en somme.

Là est peut-être la limite pour ce titre : la définition et la délimitation de son lectorat. The Promised Neverland ambitionne de toucher un large public sans être véritablement grand public. Un défi qu’entend précisément relever cette impressionnante campagne de lancement opérée par Kazé. Et que ce soit pour le phénomène qu’il incarne ou pour ses qualités propres, voilà un manga que l’on suivra avec grand intérêt.

Emma, notre héroïne à la force de caractère inébranlable. Accompagnée de Norman et de Ray, ses deux acolytes.

(par Aurélien Pigeat)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

The Promised Neverland T1. Par Kaiu Shirai (scénario) et Posuka Demizu (dessin). Kazé, collection Shonen. Sortie le 25 avril 2018. 193 pages. 6,79 euros.

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