La BD des Célébrités

26 avril 2004 0 commentaire
  • On ne parle plus que d'eux dans les dîners en ville, dans les bureaux et dans les journaux : les ronflements de Massimo Gargia, les huissiers collés aux basques d'Elodie Gossuin, les tendres sentiments de Vincent Macdoom pour Pascal Olmetta, les gants de Mia Fry quand elle opère la traite des vaches... Avec ses huit millions de téléspectateurs, la Ferme Célébrités est un phénomène. Dans le monde de la BD, les célébrités aussi font fureur.

En marketing, on appelle cela du « cross branding » : profiter de la notoriété d’une marque pour prescrire un produit, une machine à laver faisant la promotion d’une lessive, un personnage de BD prêtant son nom à un jeu de hasard à gratter. Les éditeurs de BD ont depuis longtemps tenté d’inviter des célébrités dans leur ferme. Ça a commencé par des hommages aux chanteurs : Jacques Brel, Renaud, Johnny Hallyday, Eddy Mitchell, Georges Brassens, Charles Trenet... Quelques-uns d’entre eux ont vendu des dizaines de milliers d’exemplaires. Ensuite, cela a été les adaptations littéraires : Paul-Loup Sulitzer, Bernard Clavel, Agatha Christie, Georges Simenon, Jules Verne, Léo Malet, Jérôme Charyn... Le tableau est contrasté : il semble que la notoriété du dessinateur soit le facteur-clé du succès de l’album. Puis les écrivains se sont mis à faire des scénarios originaux de BD : Jean-Patrick Manchette, Bernard Werber, Didier Daenickx, Didier Van Cauwelaert, Frédéric Beigbeder, Daniel Picouly, Tonino Benacquista, Jean-Bernard Pouy, Maud Tabachnik, Serge Brussolo, Etgar Keret, David Foenkinos... Là aussi, les succès sont contrastés, un auteur comme Bernard Werber arrivant par exemple à faire un score appréciable sur son seul nom.

Du livre à l’écran.

La télévision aussi prend ses marques : Caméra Café fait un tabac à la télé comme en librairie avec 120.000 exemplaires vendus de son premier album. Albert Algoud est passé avec aisance des plateaux de Canal Plus au fauteuil de la rédaction en chef de Fluide Glacial. Du coup, le mensuel de Gotlib et Diament se confond ces derniers temps avec le magazine Public. A la fin de cette année, les éditions Soleil, encore elles, vont publier un album d’Adeline Blondieau, l’une des héroïnes du feuilleton « Sous le Soleil. » Et puis, récemment, la BD s’est trouvée investie par le cinéma. Cette saison, pas moins six cinéastes de renom ont décidé de faire le pas de la BD : Jean-Jacques Beineix dont on a pu lire les premières pages dans Vécu, L’Affaire du Siècle (Glénat) dessinées par le storyboarder Bruno de Dieuleveult et dont l’album sortira en septembre, Georges Lautner associé à Chanoinat et Castaza chez Soleil, Claude Lelouch également prévu pour septembre, associé au dessinateur Bernard Swyssen chez Soleil encore. Enfin, en mai prochain, Georges Lautner encore, mais cette fois seul à l’écritoire, dans une série prometteuse, Baraka, dessinée par Will Maury devrait paraître chez Emmanuel Proust. Il est accompagné par Robert Guédiguian, et Laurent Bouhnik également cinéastes de leur état, associés, pour le premier à Sylvain Dorange, pour le deuxième à Stephan Thanneur. Patrice Leconte s’est associé à Blutch pour une petit album aux éditions Casterman.

Bouteille à moitié vide ou à moitié pleine ?

On peut se demander ce que traduisent ces migrations. Si l’on considère la bouteille à moitié vide, on peut se dire que cette tendance n’est pas un bon signe. Un peu comme la télé réalité dont on parlait tout à l’heure a transformé la télé en une machine à produire des programmes clonés et insipides, on peut s’inquiéter de ce que cette course aux signatures médiatiques marque un aveu de faiblesse de la part des éditeurs qui ne sont pas arrivés pas à trouver les Goscinny, les Tillieux , les Jean-Michel Charlier de demain. Que doivent penser les scénaristes de BD professionnels de l’irruption intempestive de ces stars qui ne sont après tout que des scénaristes débutants ?

En considérant la bouteille à moitié pleine, on peut se dire qu’il s’agit là, pour la BD, d’une incroyable reconnaissance de la part de toutes les sphères de la création. On peut estimer que ces apports non seulement apporteront à la BD des nouveaux talents, des raconteurs d’histoires expérimentés qui vont favoriser, grâce à leur notoriété, une expansion de la BD dans des cercles encore inexplorés. On peut se dire aussi que ces passerelles, on pense en particulier au cinéma, pourront favoriser les échanges entre ces industries. Dans un cas comme dans l’autre, le public seul sera juge.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Notre photo : Jean Giraud et Jean-Jacques Beineix.

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