Loustal & Paringaux : « Le Sang des voyous est un récit axé sur les errances du personnage ».

20 septembre 2006 0 commentaire
  • Cela fait quasiment trente ans que Jacques Loustal et Philippe Paringaux travaillent ensemble. Il s'ensuit une forte estime et une relation d'amitié entre les deux hommes qui ont signé bon nombre d'ouvrages ensemble. Le dernier en date, le magistral {Sang des Voyous}, vient d'arriver en librairie.

Les auteurs nous content les errances d’un tueur à l’article de la mort, qui décide de régler les comptes avec son passé avant de tirer sa révérence. Une œuvre noire, subtile, intrigante et même parfois émouvante tant la souffrance physique et psychologique de ce voyou est décrite de façon touchante...

Philippe Paringaux, vous souvenez-vous de votre première rencontre avec Jacques Loustal ?

PP : Oui. C’était en 1977 ! Jacques était venu à Rock & Folk [1] pour présenter ses dessins. Il était jeune et timide, mais surtout anxieux de l’accueil que l’on donnerait à ses travaux. Nous en avons acceptés certains.
JL : Je dessinais des « culs de lampe », des dessins qui accompagnaient les articles. Ce fut le premier journal qui accepta mes illustrations !

Vous avez signé huit livres ensemble, dont des recueils d’illustrations et de textes...

JL : Philippe est le premier scénariste avec lequel j’ai collaboré. Ce n’est pas rien ! Et puis, nous sommes en osmose, sur la même longueur d’onde. C’est plutôt rare. Je recherche avant tout à avoir un bon contact avec les personnes avec lesquelles je travaille. J’aime donc le solliciter, découvrir leurs textes et réaliser un découpage sur la base du synopsis. Philippe écrit ensuite un texte final en tenant compte de mes idées de mise en scène. Ensuite, je retravaille parfois ces textes en fonction des besoins ...
Ma collaboration à Rock & Folk m’a permis de mieux comprendre le rapport du texte et de l’image. Lorsque j’étais enfant, je passais des heures à contempler des livres illustrés sans vraiment lire les histoires. Dans notre manière de travailler, je retrouve ces ambiances. Lorsque je reçois ses textes, j’essaie de les mettre en dessous de mon dessin, comme un livre illustré. C’est un plaisir...

Loustal & Paringaux : « Le Sang des voyous est un récit axé sur les errances du personnage ».

Vous parlez ensemble de vos envies de dessin avant qu’il ne réalise un synopsis ?

JL : C’était le cas au début de notre collaboration. Je me souviens être rentré d’un voyage au Maroc [2]. J’ai fait part à Philippe de mon souhait de situer une histoire dans ce pays, et plus particulièrement à Casablanca. Cela a donné Cœurs de sable ...

Qu’est ce qui vous a séduit dans votre nouvelle histoire, le Sang des voyous ?

JL : Cette histoire est née du synopsis d’un roman inachevé. Il y a quelques années, Philippe m’avait donné cette histoire à lire. Je l’avais oubliée. En mettant de l’ordre dans mes affaires, je suis tombé sur ce synopsis. Je l’ai relu et l’ai adoré. Vu que je désirais à nouveau collaborer avec Philippe et que je souhaitais illustrer une atmosphère particulière, pleine de noirceur, je lui ai téléphoné.
PP : En fait, j’avais écrit treize chapitres de ce roman sur mon ordinateur portable. Malheureusement, on me l’a volé. Je n’avais réalisé aucune sauvegarde sur disquette. Cette mésaventure m’a totalement découragé et je n’ai plus eu envie de réécrire ce récit. Je l’ai totalement effacé de ma mémoire, jusqu’au jour où Jacques m’a appelé ! J’ai utilisé le synopsis que j’avais confié à Jacques, comme fil conducteur ...
L’histoire m’est revenue facilement. Le récit est très linéaire et est plutôt axé sur l’errance du personnage, sans intrigue forte.

Le lecteur est partagé entre le dégoût et la sympathie pour ce tueur...

PP : C’est un voyou, et il n’a rien pour avoir de l’attrait, compte tenu de son métier et de son comportement. Et pourtant, chacun lui trouve une petite parcelle d’humanité... Est-ce dû au fait qu’il va mourir ou parce qu’il recherche sa fille ?

Pourtant on le voit, dès la première scène, capable de perpétrer un meurtre

JL : Oui. Nous l’avons rajouté après avoir commencé l’album. Je trouve cette scène forte et visuellement parlante : le voyou, malade, vomit son sang et de la bile après avoir rempli son contrat...

Vos œuvres sont très littéraires.

JL : En effet, j’aime inclure de la matière à mon travail. Je parlais, l’autre jour, avec Jacques Tardi. Il me disait que s’il adaptait un roman de Simenon en bande dessinée, il le ferait en trente pages ! Pour ma part, il m’en faudrait beaucoup plus. Je développerais l’histoire, m’attarderait sur certaines scènes, tout en gardant l’atmosphère ...
Au début de ma carrière, j’étais agaçé lorsqu’on me disait que je ne réalisais pas de la vraie bande dessinée, mais plutôt une BD littéraire ! Certains ont même écrit que je n’avais rien à faire dans ce genre. Aujourd’hui, je ne renie pas cette étiquette. D’autant plus que j’apprécie travailler avec des écrivains.

Avez-vous des envies de thèmes que vous aimeriez explorer en bande dessinée ?

JL : Non ! La peinture et le dessin me permettent d’approcher des thématiques différentes. Ceci dit, il y a des sujets que j’aimerais approcher, mais je sais que je n’en serais pas capable. Je songe aux récits d’exploration et d’aventure du début de siècle. Kid Kongo correspondait à la limite de ce que je pouvais faire dans l’histoire.

Philippe Paringaux, pourquoi n’écrivez-vous pas pour d’autres auteurs. Vous n’avez pas de demande ?

PP : Je ne suis pas scénariste professionnel. Et puis les auteurs ne me contactent pas. Mon travail est tellement associé à celui de Jacques, que l’on m’oublie...

C’est un peu dommage, non ?

PP : Pas du tout ! Cela ne me dérange pas. De toute manière, je ne pense pas que j’accepterais d’écrire pour une autre personne que lui.

Jacques Loustal, quels sont vos projets ?

JL : Je n’en ai pas pour l’instant. J’aime me reposer en peignant ou en réalisant des illustrations. Après chaque album, j’oublie la bande dessinée pendant au moins un an... Au bout d’un moment, j’en ai assez de m’éparpiller, j’ai à nouveau l’envie de réaliser un projet à long terme ...
Ceci dit, j’aime bien réfléchir à mon prochain suivant de façon sporadique. Je me souviens avoir travaillé sur le storyboard du Sang des voyous en Namibie... Il y a deux ans !

Philippe Paringaux et Jacques Loustal

(par Nicolas Anspach)

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Photos (c) Nicolas Anspach - Reproduction Interdite, sans autorisation préalable.

Illustrations (c) Loustal, Paringaux & Casterman.

[1Philippe Paringaux a été secrétaire de rédaction, puis rédacteur en chef de ce magazine

[2NDLR : En fait Loustal est parti vivre au Maroc en 1981, comme coopérant. Il reviendra deux ans plus tard en France.

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