Nimona - Par Noelle Stevenson - Dargaud

15 mai 2015 0 commentaire
  • Une jeune auteure surdouée revisite à sa manière les récits de chevaliers en l'adaptant aux super-héros. En dynamitant les codes, elle passionne autant qu'elle amuse. Une excellente découverte étonnamment publiée par Dargaud !

Super-héroïne d’un nouveau genre, Nimona est une jeune fille impétueuse qui a le chic pour la bagarre, les plans diaboliques et le chaos en règle générale. Elle a le don de changer d’apparence, ça aide (surtout quand elle se transforme en dragon) !

De son côté, Lord Ballister Blackheart est l’homme le plus célèbre du royaume : cantonné dans le rôle de méchant, il veut rétablir la vérité et prouver à tous que Sir Goldenloin et ses potes du ministère ne sont pas les héros qu’on croit. Ensemble, ils mènent une vendetta impitoyable et explosive contre l’Institut. Mais qui piège vraiment qui ?

Comme bien d’autres éditeurs, Dargaud propose de lire les premières pages de cet étrange récit pour s’en donner un avant-goût. Le problème réside dans le fait que l’auteure Noelle Stevenson manquait certainement d’expérience dans cette première partie, et que des défauts sont bien présents dans le début de l’album : cases trop petites (pour le format d’album choisi), dessins approximatifs, dialogues mal maîtrisés, et un humour d’apparence niais qui ne donne pas une belle image du livre.

Heureusement, l’éditeur propose également de découvrir actuellement près de la moitié de l’album en lecture en ligne sur le site web de la série, et les autres chapitres devraient suivre. Dans cette perspective, Nimona développe tout son potentiel : un graphisme qui allie une apparente simplicité avec une grande lisibilité, des personnages plein de relief auxquels on s’attache, ainsi qu’un humour ravageur.

Nimona - Par Noelle Stevenson - Dargaud

Nimona, pages 24, 25, 26, 27 et 35
Si vous voulez savoir d’où vient le pouvoir de Nimona, allez lire les cent premières pages mises gratuitement en ligne sur le site qui est consacré à l’album

Mais les deux grandes qualités de Nimona sont avant tout le suspense et l’éclatement des codes. En effet, dans ce récit de chevalerie, l’auteure n’hésite pas à faire intervenir des livreurs de pizza, de la magie et de la science, rayon laser et combat à l’épée, un système de radio-téléphone et des dragons. Les dialogues eux-mêmes ne s’embarrassent d’un discours emphatique pour aller à l’essentiel : le langage "jeune" donne du rythme et se marie avec les autres anachronismes. En supprimant ces limites, le récit prend des dimensions insoupçonnées, et explose son potentiel.

Mais c’est surtout le talent d’écriture de Stevenson qui mérite le respect. Après avoir été capté par l’apparente fragilité du personnage principal, c’est bientôt le suspense qui surprend le lecteur : pendant plus d’une centaine de pages, on ne sait plus sur quel pied danser, et c’est avec bonheur que l’on s’abandonne en se laissant guider par les mains expertes de l’auteure. Le pouvoir de métamorphose est très simple et propose une infinités d’utilisation, qu’elles soient surprenantes, amusantes, narratives ou déroutantes.

Bien entendu, les questions de responsabilités face à un pouvoir sont abordées, mais avec de la fraîcheur et de l’innovation. Au gré du récit, les rebondissements se multiplient, le récit change maintes fois de direction, pour le plus grand plaisir du lecteur !

Finalement, on quitte avec beaucoup de regret ces personnages si attachants. Et même si on profite de quelques bonus en fin d’ouvrage, on se rassure en se disant que Noelle Stevenson qui a déjà reçu le prix Cartoonist studio du meilleur webcomic décerné par Slate, n’a jamais que 23 ans. En plus des séries déjà en cours, elle risque encore de faire bien des ravages dans les années à venir !

Nimona, page 83

(par Charles-Louis Detournay)

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