Tremblements de terre au Japon : Jean-David Morvan appelle les dessinateurs à témoigner

13 mars 2011 8 commentaires
  • Le scénariste de nombreuses séries dont Sillage vit actuellement à Tōkyō, il était donc aux premières loges d'un des tremblements de terre les plus puissants jamais enregistrés dans l'archipel. Il demande aux dessinateurs de témoigner de leurs émotions pour les publier sur son blog.

Dans le flot d’images qu’il publie sur son blog photo, Jean-David Morvan a lancé un appel sur son compte Twitter demandant aux dessinateurs d’illustrer leurs émotions pour soutenir la population Japonaise très durement touchée par le séisme de vendredi dernier (le décompte officiel est d’actuellement de plus de 10.000 morts).

Nous l’avons joint ce matin à 11h30 (heure Europe), 19h30 (heure Japon).

Jean-David Morvan, bonjour. D’abord, le plus important : vas-tu bien ?

JDM - Ben écoute, ça va plutôt bien. Ça allait même plutôt mieux il y a quelques heures parce que le document de l’ambassade de France — qui fait un super-boulot — qu’ils nous ont envoyé, était plutôt positif et il y en a un nouveau qui est arrivé il y a une heure qui l’est pas vraiment. Donc ça va un peu moins bien du coup.

Tremblements de terre au Japon : Jean-David Morvan appelle les dessinateurs à témoigner

Il y a deux ans, tu avais lancé une initiative fort intéressante, "Le Monde Au Balcon", où tu invitais tout le monde à prendre en photo ou en dessin ce qu’il voyait de sa fenêtre. Hier, suite aux événements, tu as envoyé un message sur twitter (en 3 langues) vers 13 heures, invitant les dessinateurs à illustrer à leur manière les désastres survenus au Japon.

JDM - Oui, j’aimerais bien le faire, j’aimerais un partenaire japonais pour faire le truc. Mais commencer par un blog pour avoir des auteurs que je rencontre de temps en temps, c’est bien, avoir de grands auteurs japonais, des gens d’un peu partout... C’est vrai que j’aimerais avoir des gens qui sont présents, qui ont été présents au moment où cela est arrivé aussi.
Commencer par un blog et puis si possible continuer par un bouquin, auquel on pourrait donner les droits à la reconstruction du Japon ou quelque chose comme ça. Mais bon, dans un premier temps, un blog me semble plus facile à faire.

C’est vrai que chaque fois qu’il y a eu une catastrophe majeure dans un pays majeur de la BD, comme par exemple le 11 Septembre aux États-Unis, les auteurs et les éditeurs montent spontanément ce genre d’opérations pour témoigner, et faire passer leurs émotions. Alors évidemment, avec le Japon qui a les revues de BD les plus lues, forcément, les éditeurs locaux ont eux aussi dû y songer. Est-ce que tu ne risques pas d’entrer en... concurrence avec de tels projets ?

JDM - Il n’y a pas de concurrence. Si il y a dix livres qui permettent de faire rentrer dix fois plus d’argent ou apporter dix fois plus de visibilité, ça me paraît plutôt bien. Parce que ici, c’est terrible, ça ne rigole pas.

Je ne suis pas en France, donc je ne suis pas les infos françaises, donc je pense que c’est moins catastrophiste d’une certaine manière que ce que peuvent dire les télés françaises. Mais en revanche, c’est vraiment catastrophique. Ils annoncent actuellement plus de 10.000 morts, mais à mon avis, il y en aura beaucoup plus. Ils ont perdu trois villes qui sont parties avec l’eau. Finalement, les maisons ont relativement bien tenu face à un tremblement de terre des plus puissants au monde. Mais ils annoncent une réplique de niveau 7 dans le nord du Kantō d’ici 3 jours. Le nord du Kantō, c’est Tōkyō pour simplifier. 7 c’est quand même beaucoup mais les bâtiments tiendront, je pense, il n’y aura pas de de tsunami. Mais si ça refait trembler la centrale [de Fukushima], dont visiblement les réacteurs ne sont pas touchés, selon les informations que j’ai de mes sources locales.

Mais s’il y a un nouveau tremblement de terre, cela peut arriver car elles sont dans un état un peu précaire pour l’instant. On nous a conseillé, si on avait rien à faire à Tōkyō, d’aller faire un tour dans le sud. C’est ce à quoi je suis en train de penser.

Et en même temps, grâce à Internet, on est tout-à-fait capable de monter un projet et d’essayer de toucher des gens.

Ta nouvelle initiative, suite à ce tremblement de terre, est-elle ouverte aux non-Japonais ?

JDM - Oui ! Oui ! Peu importe l’origine. Je voudrais quand même avoir des Japonais pour avoir un poids un peu réel à la chose, mais je pense que le soutien doit être international, évidemment. C’est le plus important.

Est-ce que de même les non-professionnels peuvent y participer ? Même sans avoir publié un fanzine auparavant ? Quitte à profiter de la place d’internet et de faire une sélection pour l’éventuel livre ?

JDM - Oui, je pense que si on fait un blog, ça peut être comme ça, et puis après, on fait une sélection. C’est toujours un peu dur de faire une sélection pour ceux qui ont mis du cœur à y participer, mais c’est vrai que dans un livre, on ne peut pas non plus tout mettre. Mais c’est vrai que cela peut être bien d’avoir plein de gens qui participent à cette aventure.

Cela fait moins de 24h que tu as posté tes messages. As-tu eu des réponses à ce jour ?

JDM - J’ai pas eu beaucoup de réponse pour l’instant à part vous et quelques Français qui ont pu lire mon truc. Je pense que les Japonais sont pour l’instant quand même très occupés à penser à autre chose. Donc on peut commencer par ça.

Je pense que je vais faire un blog sur Tumblr [un site d’hébergement de photos], qui est le blog que j’utilise le mieux car c’est celui qui me permet de mettre mes photos de façon très simple. Je pense que j’ouvrirai un partage avec les gens qui pourront peut-être plus ou moins y poster tout seul, on verra. Et effectivement, j’espère qu’il y aura des gens très connus qui y participeront, et puis des gens moins connus... Ce n’est pas très grave, au contraire ! Ça sera bien de montrer aux Japonais qu’on les oublie pas, même s’il y a les secouristes.
Je voulais faire pareil dans le Sichuan, quand il y a eu le tremblement de terre, parce que mon amie et accompagnatrice chinoise Min Deng est là-bas... On a essayé, mais on a pas pu le faire... Je ne voudrais pas rater une deuxième fois l’occasion, parce que je trouve que c’est quelque chose d’important.

Actuellement, en France, les chaines d’infos continues sont assez inquiétantes sur la situation locale. Il est vrai que les images du tsunami étaient assez marquantes et que la question des centrales nucléaires a de quoi effrayer. Par contraste, les commentateurs de la NHK World restent très maîtrisés et ne se laissent pas surmonter par leurs craintes. C’est là qu’on voit que le Japon est un pays qui s’est préparé de longue date à cette catastrophe.

JDM - [ Les médias européens ] en font beaucoup trop, on a l’habitude. Les Japonais sont calmes. De toute façon, il n’y a rien à faire.

En tout cas, pour ce qui est arrivé là, il n’y avait rien à faire. Maintenant, c’est vrai qu’avec les quelques informations qu’on a... S’il arrive quelque chose et qu’on a pas bougé, on pourra se bouffer les couilles en attendant qu’elles tombent à cause de la radioactivité, donc il faut peut-être prendre une décision.

Tu es un quadragénaire de la génération Akira, tu as lu l’œuvre de Katsuhiro Ōtomo qui commence par la destruction de Tōkyō. Maintenant tu y es, et sur place...

JDM - Voila... j’y pensais justement... Et je la vois, la boule noire.... Donc... j’aimerais mieux l’éviter !

Bonne chance

JDM - Ciao.

Propos recueillis par Xavier Mouton-Dubosc

(par Xavier Mouton-Dubosc)

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Photos : Médaillon. J-D. Morvan par D. Pasamonik. Les autres photos sont de Yuko Yagasaki, empruntées sur la page Facebook de JD Morvan.

 
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