Lecture en confinement #48 : "Dérive urbaine" n° 6 - Collectif - Une autre image

3 mai 2020 0 commentaire

CONFINEMENT. À huit jours de la fin du confinement en France, du moins si la situation sanitaire ne se dégrade pas d’ici là, les questions se multiplient. Éducation, culture, transports, tourisme... Alors que certains secteurs vont se retrouver très rapidement exposés, d’autres se plaignent de ne pas pouvoir reprendre leur activité. L’ampleur et la complexité des enjeux expliquent aisément la confusion. La fin du printemps s’annonce pour le moins chaotique.

On peut attendre quelques années pour lire une publication ayant reçu un prix, même un Fauve à Angoulême. Laisser passer du temps permet de voir si l’élan suscité à l’époque n’était pas usurpé. Les échos et rumeurs se sont éteints, les têtes se sont refroidies. La lecture ne peut qu’en être plus sereine et dégagée des influences. Évidemment pas objective : le lecteur n’est pas un robot et le chroniqueur honnête ne doit jamais oublier sa propre subjectivité.

Nous avons donc attendu cinq ans pour lire le sixième numéro de la revue Dérive urbaine, éditée par Une autre image, lauréate du Prix de la bande dessinée alternative à Angoulême en 2015. Travail collectif - treize autrices et auteurs ont participé - et non-professionnel - Une autre image a un statut associatif - comme le veut le règlement du Prix, ce numéro de Dérive urbaine est le second volet d’un diptyque consacré à la ville imaginaire de Capitalia.

Les pages réalisées pour ce numéro l’ont été en réponse à une double contrainte : suivre la fiche d’un personnage à qui est réservé un chapitre, personnage que l’on doit retrouver dans au moins un autre chapitre. Théoriquement créées par un système informatique croisant de multiples données - Big Brother n’est pas loin - et simulant un langage administratif du plus froid effet en réalité concocté par Boris Hurtel, ces fiches sont justement présentées en ouverture de chacun des six chapitres composant la revue. Deux ou trois auteurs s’en emparent ensuite.

L’ensemble dresse un tableau politique, social et culturel de Capitalia, sorte de Paris dont les défauts seraient à peine amplifiés. Mais encore plus que la cohérence du paysage décrit, c’est la diversité des contributions qui donne son intérêt à ce numéro de Dérive urbaine. Chaque auteur apporte non seulement son style graphique, mais aussi un ton qui lui est propre. Du suspens chez Lucie Castel à la comédie chez Éric Nosal en passant par le récit intime de Gabriel Dumoulin et l’évocation poétique de Nylso, c’est toute une palette qui est employée.

Alors, le jury du Prix de la bande dessinée alternative 2015 avait-il fait un choix judicieux ? Nous le croyons : la cohérence narrative malgré le nombre de thématiques très contemporaines abordées associée à la diversité des dessins comme des tonalités font de ce Dérive urbaine sixième du nom une lecture qui vieillit plutôt bien.

FH

Lecture en confinement #48 : "Dérive urbaine" n° 6 - Collectif - Une autre image
© Lisa Lugrin / Une autre image 2014

Dérive urbaine #6 - Une autre image - conception & direction par Boris Hurtel - graphisme par Éric Nosal - 21 x 28,5 cm - 120 pages en noir & blanc - couverture souple - ISBN 9782954565415 - parution le 1er février 2015.

Avec la participation de : Lucie Castel, Boris Hurtel, Gautier Ducatez, Sylvain de la Porte, Alexandre De Moté, Yoann Constantin, Nylso & Marie-Saur, Lisa Lugrin, Guillaume Soulatges, Loïc Verdier, Éric Nosal et Gabriel Dumoulin.

Consulter le blog de l’éditeur associatif Une autre image & le contacter uneautreimage@yahoo.fr

Lire sur le site du Festival de la bande dessinée d’Angoulême un entretien avec Boris Hurtel à propos de ce numéro

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