TRIBUNE LIBRE À Damien Boone et Frédéric Zalewski : En bande dessinée aussi, Lorànt Deutsch écrit sa propre histoire

15 mai 2013 6 commentaires
  • Chercheurs en science politique, Damien Boone et Frédéric Zalewski ont lu avec attention l'interview que Lorànt Deutsch a accordée à ActuaBD.com. Il n'ont pas trop apprécié sa vision un peu personnelle de l'histoire, une discipline dont ils partagent en grande partie les méthodes. Ils réagissent ici.
TRIBUNE LIBRE À Damien Boone et Frédéric Zalewski : En bande dessinée aussi, Lorànt Deutsch écrit sa propre histoire
"Histoires de France, T1 : François Ier et le connétable de Bourbon" de Lorànt Deutsch, Sylvain Runberg et Eduardo Ocana
Ed. Michel Lafon / Ed. Casterman

Le 9 avril dernier, actuaBD publiait des propos de Lorànt Deutsch suite à la sortie, en novembre 2012, d’une bande dessinée se présentant sous forme de « fiction historique » et dont il a initié la narration. Le comédien, qui se présente comme un passionné d’histoire, y présente sa conception de la discipline et la façon dont il la décline sur un nouveau support. Nous voudrions souligner ici que cet album pose – peut-être sous une forme atténuée – les mêmes problèmes de conception et d’écriture du récit historique que Métronome, tout en s’inscrivant de façon spécifique dans le genre de la « bande dessinée historique », qu’il aborde de façon très classique, en collaboration avec des auteurs professionnels, Sylvain Runberg et Eduardo Ocana.

L’album proposé par Lorànt Deutsch s’inscrit dans une série dont le titre peut d’emblée introduire une confusion : « HistoireS de France ».

Le discours de l’acteur fait appel à la culture du divertissement, mais l’intitulé de la série convoque une vision sérieuse -voire intimidante- de l’histoire, et la relie à un groupement politique, la France, dont l’existence n’a rien d’évident, et qui mérite d’abord que l’on s’y attarde avant de l’évoquer comme si cette entité allait de soi. En tant que nation se confondant avec l’État, et en tant qu’ensemble culturel adossé à des « traditions nationales », elle est une construction relativement récente issue d’un long processus initié au XIXe siècle avec la construction d’entités politiques souveraines englobant des populations considérées comme partageant des caractéristiques communes, réelles ou présumées [1].

La France qu’évoque Lorànt Deutsch dans son ouvrage est celle de François Ier, et correspond au moment au cours duquel est entérinée, au sein du royaume de France, la monopolisation progressive des pouvoirs entre les mains du souverain. Les « traditions » que les rois de France construisent au tournant des XVe et XVIe siècles concernent plutôt la monarchie comme institution, pour la naturaliser dans l’espace de l’ancienne Francia occidentalis. Ce n’est donc déjà pas la même chose, ne serait-ce qu’aux niveaux politique et territorial. La continuité implicite d’une « France éternelle » dans un tel intitulé revient à considérer les rois de France comme les initiateurs d’un projet national et culturel ultérieur, bien différent du leur, et à poser une équivalence de projet politique entre des individus pour qui être français signifiait avant tout être sujet du roi de France et d’autres pour qui être français relève d’un « désir de vivre ensemble », pour reprendre les termes d’Ernest Renan. On constate donc des confusions et anachronismes dus à la rencontre entre une vision issue du présent sur des époques aux réalités historiques incomparables. À moins que le titre de la série et son pluriel remarqué ne s’agisse d’une forme d’aveu et que l’acteur souhaite nous « raconter des histoires »...

(c) Lafon & Casterman

Le précédent du Métronome

La bande dessinée de Lorànt Deutsch vient ainsi rappeler qu’il n’est plus un inconnu dans les milieux historiens : la parution de Métronome, de Métronome illustré, puis la diffusion de son adaptation télévisée sur France 5 ont -tardivement- suscité des réactions négatives chez bon nombre de professionnels de l’histoire, condamnant pêle-mêle les usages partiels et partiaux d’une histoire réduite à un simple instrument de propagande monarchiste [Lire aussi cet autre article sur Goliards.fr.]], le soutien public et financier de la mairie de Paris et du service public télévisé à une entreprise de légitimation politiquement réactionnaire, ou les grossières erreurs factuelles de ses productions, entraînant le Comité de Vigilance face aux Usages publics de l’Histoire ou le collectif Aggiornamento à prendre officiellement position sur la nécessaire prudence à adopter face aux postures de Lorànt Deutsch [2].

Malin (ou malhonnête), ce dernier a profité que ces critiques universitaires soient relayées par un élu Front de gauche du conseil de Paris, Alexis Corbière, pour faire de ses adversaires des « militants politiques » et ainsi réduire le nécessaire débat à un affrontement politicien, ce qui lui a permis fort opportunément d’occulter la critique historienne quant au contenu de ses œuvres, et de renvoyer le Front de gauche à l’ « extrémisme », façon aussi de dévaluer la critique, forcément illégitime puisque « extrême » [3]

De son côté, Lorànt Deutsch a reçu le soutien de Rivarol, du Front National, du bloc identitaire et de l’œuvre française. Tout récemment, trois historiens ont cosigné un ouvrage dans lequel Lorànt Deutsch est qualifié d’ « historien de garde » [4], en référence au livre fameux de l’intellectuel Paul Nizan, qui dénonçait les philosophes gardiens d’un ordre intellectuel et d’une vision du monde qu’ils souhaiteraient conserver sans tenir compte des réalités de leur temps.

En novembre a donc paru Histoires de France, tome 1 : François 1er et le connétable de Bourbon, avec Lorànt Deutsch et Sylvain Runberg au scénario, et Eduardo Ocaña au dessin.

Eduardo Ocana et Lorànt Deutsch
Photos : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Histoire et bande dessinée

On pourrait de prime abord se réjouir qu’un non-professionnel de l’histoire use de sa notoriété pour faire connaître au « grand public » des pans de l’histoire méconnus. Notre propos n’est donc nullement de disqualifier Lorànt Deutsch au prétexte qu’il ne serait qu’un « amateur », non-habilité à s’exprimer sur des sujets dont les historiens professionnels devraient jalousement garder le monopole. L’histoire appartient à tous et est d’ailleurs bien souvent appréhendée via des canaux non-scolaires et non-universitaires, comme les séries télévisées, les manifestations festives, les films... ou les bandes dessinées.

Seulement, fort de nombreuses interviews souvent complaisantes, Lorànt Deutsch en profite pour répandre encore et toujours la même idéologie, profitant de la méfiance des universitaires vis à vis des grands médias et de leur réticence à critiquer une démarche, aussi mauvaise soit-elle, visant à élargir la diffusion des connaissances historiques. La critique que nous souhaitons porter à l’égard de Lorànt Deutsch se veut historienne, mais aussi, d’une certaine manière, politique, en réponse à ce que l’acteur véhicule plus ou moins sciemment, bien que se dédouanant systématiquement d’une telle intention [5].

Dans l’interview qu’il donne à ActuaBD, Lorànt Deutsch s’inscrit dans la lignée de ses propos précédents, si bien que ce sont encore les mêmes enjeux de rapport à l’histoire comme discipline qui se posent : on ne peut ainsi pas lui reprocher d’être infidèle à certains principes.

Globalement, nous pouvons résumer son approche de l’histoire à l’idée selon laquelle celle-ci ne serait qu’une question de point de vue. Il déclare ainsi : « Ce qui me plaît avant tout dans ma manière de raconter l’histoire, c’est que je n’ai pas envie de dire aux gens : "je ne juge pas, je ne donne pas ma vision des choses". Je donne plutôt une vision des choses, à vous de vous faire votre jugement derrière... Je propose, disposez ! ».

Il s’agit là d’une remise en cause fondamentale de la manière dont l’histoire, en tant que discipline, s’est scientifiquement construite : avec des sources, des preuves et des recoupements. Les « travaux » de Lorànt Deutsch sont dépourvus de bibliographie [6], autrement dit, on ne connaît pas ses sources. Ce n’est que poussé dans ses retranchements par la polémique qu’il daigne donner ses références, références souvent anciennes, contestées, et utilisées à mauvais escient.

Or, la scientificité du travail de l’historien n’est pas la forme de positivisme à laquelle il renvoie implicitement (« C’est vrai qu’aujourd’hui l’Histoire puise férocement son envie d’acquérir ses lettres de noblesse au même titre que les autres sciences "dures", les sciences "froides" comme la physique ou la biologie », dit-il). Cette forme de relativisme efface un élément essentiel : chaque contributeur de l’histoire doit avancer la preuve de ce qu’il affirme. Il n’est donc pas question ici de relayer des points de vue ou de simples éclairages qui auraient une valeur équivalente à celle de travaux fouillés.

"Histoires de France, T1 : François Ier et le connétable de Bourbon" de Lorànt Deutsch, Sylvain Runberg et Eduardo Ocana
(c) Michal Lafon / Casterman

Sciences dures

Cette méfiance vis à vis d’une histoire scolaire et scientifique est d’ailleurs clairement exprimée et semble constituer à ses yeux la source d’une histoire dépourvue de passion (« Vous avez fait des études historiques ? » lui demande-t-on «  Non, non, c’est peut-être pour cela que je suis passionné  » répond-il). Ainsi, l’histoire serait devenue une matière sans âme, disséquée par des professionnels qui enlèvent toute humanité et émotion aux faits.

« Au nom de l’archéologie, du fait matériel absolu qui ne souffre plus d’aucune discussion, ni débat, on a dégagé l’Histoire "à la Oncle Paul" au profit d’une Histoire plus manifeste, une espèce d’Histoire qui reflèterait la morale du charbonnier : on ne croit que ce que l’on voit, le reste n’est que légendes et mythes  » avance Lorànt Deutsch. La question de l’administration de la preuve dans la production de la connaissance historique, centrale pour former des connaissances dégagées de l’arbitraire d’auteurs qui aborderaient l’histoire en moralistes ou en essayistes, est ici décrite comme une attitude de fermeture à la réflexion et à la confrontation des points de vue, ce qui est une erreur manifeste, dont on a du mal à comprendre qu’elle soit ainsi assénée au public.

Lorànt Deutsch souhaite distraire, fédérer, et romancer ses propos, quitte à falsifier la réalité. Il évoque une relation émotionnelle avec l’histoire, on pourrait dire presque charnelle tant il mobilise un vocabulaire sentimental et d’identification à des faits qu’il considère comme étant son héritage familial : « J’adore lire les biographies parce que j’aime absolument me retrouver dans les faits et gestes des grandes figures que l’on a suffisamment détaillés (…) vous pouvez avoir la sensation de vous glisser dans ses pas, de piloter ses actions, de comprendre ses réflexions, ses interrogations, ça vous rapproche de lui. Les reproches que l’on a pu me faire, c’est surtout d’avoir incarné les choses, de les avoir romancées. Je n’ai jamais prétendu être historien, mais je crois que l’histoire se raconte avant tout avec le cœur, quoi qu’on en dise. Pourquoi ? Parce que c’est notre album de famille. Je me réclame de Jeanne Hachette, de Louise Michel, de Jeanne d’Arc, de Saint-Louis,... de tout le monde ! C’est notre histoire, on en est les enfants, les héritiers qu’on soit là depuis toujours ou depuis tout de suite, c’est ça qui me fascine et c’est ça qui me plaît ! Pour le reste, on s’en fout (…) moi qui suis sans famille du côté de mon papa, je me retrouve avec une généalogie qui est celle des rois de France. Nous sommes les héritiers d’un merveilleux pays que les rois de France et leurs successeurs ont fabriqué peu à peu et que nous avons le devoir de protéger ». L’histoire qu’il défend fait ainsi appel aux émotions, à l’identification, à la filiation, par opposition à une histoire froide assimilée aux sciences dures.

Un registre désuet

On retrouve ainsi dans cette interview les éléments permettant l’ensemble des critiques qui ont été émises à l’encontre de l’acteur : une manière de considérer l’histoire non comme un terrain d’analyse, mais comme un récit franco-centré autour de l’action positive des Rois et des Saints (« on ne se rend pas compte à quel point la France sous la monarchie d’Ancien Régime, a été un miracle de cohésion : c’étaient des gens tellement différents et qui auraient dû s’opposer ! Pourtant ils ont pu vivre ensemble sous l’égide d’un roi », technique argumentative rebattue des royalistes qui tentent d’opposer un présent chaotique à un passé supposément harmonieux), glorification d’une France éternelle inventée, à travers ses « grands hommes » et ses dates fondamentales, ignorance -réelle ou feinte- des réflexions historiennes sur la prise en compte d’une histoire multiculturelle. Au final, Lorànt Deutsch apparaît plus que jamais comme un militant réactionnaire, mettant en avant un passé fantasmé pour mieux l’opposer à ce qui lui déplaît dans le monde actuel. Et ses dénégations semblent bien faibles en comparaison de ses nombreux propos relayant systématiquement la même antienne conservatrice. Difficile alors de s’étonner du soutien de groupes d’extrême-droite...

La mise en forme de la bande dessinée elle-même semble ancrée dans un registre un peu désuet, celui des collections du type Histoire de France en bande dessinée [7]. Cette collection reposait déjà sur la contribution d’auteurs reconnus dans le « champ » de la bande dessinée, comme Christian Godard, Raymond Poïvet, Victor de la Fuente…]], ce que le titre même de la série semble suggérer. Ce type de productions représente une version améliorée de l’image d’Épinal et poursuit, comme elle, des objectifs de vulgarisation de l’histoire savante en direction d’un public populaire ou de la jeunesse, à travers un type de narration supposé plus accessible grâce aux images. La bande dessinée comme art est abordée sous un angle assez instrumental, le cœur du dispositif étant représenté par une démarche de restitution d’un récit historique préconstitué. Récemment, les séries s’inscrivant dans cette lignée ont évolué, en s’inspirant davantage des procédés narratifs de la bande dessinée d’aventures historiques, elle-même calée sur un canon littéraire remontant à Walter Scott (par exemple Le Trône d’argile, chez Delcourt, consacré à la guerre de Cent ans, revisitant d’ailleurs le Moyen-âge cher à la bande dessinée d’aventures historique, de Prince Valiant à Johan et Pirlouit). Par certains aspects, la construction de ce tome 1 s’en rapproche. Mais la revendication exprimée par le titre de la série de Lorànt Deutsch, HistoireS de France, est assez claire quant à l’intention de renouer avec un type de bande dessinée fondé sur les historiographies à visée nationale et adoptant des entrées qui sont autant de fausses évidences dans l’organisation des connaissances (les « grands hommes », les batailles…).

À contre-courant de l’évolution de la bande dessinée

Par ailleurs, depuis quelques décennies, la bande dessinée historique, si tant est que l’on puisse vraiment parler là d’un genre unifié, s’est considérablement renouvelée. Au croisement du récit d’aventures historiques et du feuilleton, des séries des années 1980 comme Masquerouge ou Les 7 vies de l’épervier, qui avaient inspiré à Glénat le lancement du magazine Vécu, ont redonné un second souffle à la reconstitution historique, avec un regard plus riche, d’un point de vue littéraire, sur les époques ou les acteurs historiques abordés. Le travail d’André Julliard sur les vues du Paris du 17e siècle dans Les 7 vies de l’épervier atteste de ce renouvellement et aborde par un angle différent la recherche de l’authenticité historique, par exemple. Ce registre s’est récemment encore étoffé avec les séries fondées sur l’uchronie (Jour J, WW 2.2, par exemple), en rapport avec des approches développées parfois par des historiens reconnus, sur le thème ludique du What If [8].

L’évolution la plus importante est cependant représentée par les bandes dessinées qui entretiennent des affinités, dans leur démarche, avec la question de la « mémoire », axe central dans le rapport au passé des sociétés européennes actuelles.

L’histoire redevient une matière vivante, un principe de connaissance que les auteurs utilisent souvent pour donner un statut de fait historique à portée générale à des épisodes qu’ils jugent peu connus, peu relayés par les discours dominants ou encore difficile à aborder du fait de leur portée politique. On peut par exemple mentionner Demain demain, de Laurent Maffre, qui évoque la vie des Algériens du bidonville de Nanterre dans les années 1960, ou Retour à Saint-Laurent des Arabes, de Daniel Blancou, qui restitue les conditions de vie d’un camp de harkis dans la France des années 1960-70. À l’image de Dans l’ombre de Charonne, ce type de bande dessinée se lit parfois comme une véritable enquête historique, l’auteur dévoilant les témoins qu’il a rencontrés et proposant en fin d’ouvrage des repères chronologiques ou des documents d’époque.

Outre le fait que la rupture est ici consommée avec les histoires nationales héritées du XIXe siècle, le développement de telles bandes dessinées, associé à la vitalité des autres genres évoqués à l’instant, atteste d’une forme de compétence culturelle du public face à la matière historique. Cela le conduit à pouvoir aborder le passé par des récits plus réflexifs et plus fragmentés, accordant une plus large place aux expériences individuelles, faisant de l’histoire un processus de connaissance inter-subjectif (entre l’auteur et son public, entre l’auteur et les acteurs qu’il rencontre, etc). En emboîtant le pas à ce mouvement culturel, la bande dessinée s’émancipe donc de son statut de para-littérature convoquée pour mettre en images le « roman national ».

Le Métronome par Lorànt Deutsch
Ed. Michel Lafon

Une machinerie médiatique

Le choix littéraire et esthétique de Lorànt Deutsch contraste avec la modernité des moyens de communication et de promotion dont il dispose pour s’exprimer. Tout son discours de promotion médiatique repose sur des logiques où la forme a plus d’importance que le fond, l’acteur usant de sa notoriété pour vendre un « produit » auréolé de son indéniable popularité.

Métronome avait déjà illustré l’importance de l’image de Lorànt Deutsch, représenté en couverture avec son style vestimentaire « cool », portant des livres censés représenter le sérieux de sa démarche intellectuelle, posture légèrement paradoxale pour qui dénigre à ce point la recherche historique telle qu’elle se pratique dans les universités. L’année dernière, dans Paris, on pouvait apercevoir sur divers supports publicitaires (des panneaux publicitaires aux bus de la RATP) ce même visage au moment de la télédiffusion de Métronome sur France 5. Ses promoteurs insistent singulièrement sur la passion de l’acteur, identifiable à sa « gouaille » -sorte de mélange entre Tintin et Bla-Bla- et à son style branché aux lunettes carrées.

Et à nouveau, la bande dessinée joue fortement sur cette image : un autocollant placé au milieu de la couverture le fait apparaître avec la mention « par l’auteur de Métronome », les produits marketing appelant les autres. Sans que l’on ne sache précisément quelle est la part de travail de chacun, le nom de Lorànt Deutsch apparaît en premier, en grand, en gras et en majuscules, tandis que ceux du coscénariste Sylvain Runberg et du dessinateur Eduardo Ocaña sont relégués en petit et en minuscules. Certes, l’acteur n’y est pour rien, cette décision revenant à l’éditeur, ainsi que le confirme Sylvain Runberg lui-même sur actuaBD (« je peux témoigner que Lorant Deutsch a maintes fois demandé à ce que les noms des trois auteurs soient imprimés à la même taille sur la couverture. Il n’a pas été entendu, et je le répète, dans les contrats d’édition, les éditeurs ont le dernier mot sur les maquettes de couverture, considérées comme un élément de promotion commercial... »). Il n’empêche que ce choix éditorial semble accorder davantage d’importance à la forme du produit qu’à sa qualité intrinsèque, le but étant manifestement de vendre, avant tout.

Quoi que dise Lorànt Deutsch sur le « combat » dont il serait un acteur isolé, sorte de dernier défenseur de valeurs en perdition, ostracisé par une meute d’historiens critiques -et forcément gauchistes- qui souhaitent le bâillonner, il bénéficie de larges relais commerciaux et médiatiques avec lesquels aucun individu isolé ne peut rivaliser (Michel Lafon, France télévisions, TF1, le Figaro...) qui lui permettent d’étaler sans contradiction sérieuse ses propres contradictions et méthodes. La parution de cette bande dessinée et les nombreux relais dont l’acteur bénéficie depuis plusieurs mois le confirment encore.

(par Damien Boone)

(par Frédéric Zalewski)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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- Lire la chronique du premier album

[1Suzanne Citron, Le Mythe national, l’histoire de France en question, Paris, Les Éditions ouvrières/ Études et documentation internationale, 1987

[2Lire le communiqué en ligne.

[3Lorànt Deutsch a en revanche beaucoup plus de difficultés à voir en Patrick Buisson, avec qui il a cosigné un ouvrage sur le Paris de Louis-Ferdinand Céline, un militant politique...

[4Les historiens de garde : De Lorànt Deutsch à Patrick Buisson, la résurgence du roman national, par Aurore Chéry, William Blanc et Christophe Naudin, éditions Inculte.

[5Appuyé en cela par Sylvain Runberg, qui a pris la peine de répondre à la polémique née dans les commentaires à l’article d’actuaBD sur la parution de l’ouvrage. Sylvain Runberg garantit que les convictions de Lorànt Deutsch n’influent pas sur son travail, en renvoyant notamment à un lien censé prouver ce propos (http://www.innovation-democratique.org/Avec-Lorant-Deutsch.html), mais au sein duquel Lorànt Deutsch relaie ses convictions réactionnaires.

[6Il en existe cependant une petite dans le Métronome illustré.

[7Larousse, 1976-77

[8Voir en France le succès de librairie de Sapir Jacques et al. (dir.), 1940. Et si la France avait continué la guerre…, Paris, Tallandier, 2010.

 
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6 Messages :
  • Article passionnant et utile afin de faire comprendre à tous la méthode d’appréhender l’histoire de Lorànt Deutsch et les nécessaires précautions à prendre pour être dans une démarche d’historien !

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  • Je remarque que c’est une critique personnalisée : les auteurs jugent moins le livre et sa démarche que son scénariste. Répondant, quelque part, à la personnalisation de la promotion, et donc au marketing, plutôt qu’à l’aspect scientifique du propos (sinon c’est ce dernier qui serait au centre du sujet). Cet article est donc plus de la politique politicienne (et polémiste, Popol !), voire plus du "people", qu’une critique littéraire (et vous n’oubliez pas de citer les mouvances néfastes qui, elles aussi, s’emparent de l’oeuvre de Lorànt Deutsch pour leurs propres besoins).

    Cette BD, donc, revient à une forme très XIXème de la façon de présenter l’histoire à ses lecteurs (voire très XXème pour la BD historique en collection complète). Bien. Et alors ? Dans une démocratie, on a le droit de dire et d’écrire ce qu’on veut. Par ailleurs, dans notre économie de marché, si on vous n’êtes pas contents de ce qu’une personne a réalisé, qu’est-ce qui vous empêche de proposer une version plus "conforme" selon votre vision ? Plus difficile que de taper sur un artiste ? Ah ça...

    La France ne serait pas une individualité mais un "accident de l’Histoire" s’inscrivant dans un vaste cadre européen, dynastique et mondial ? Bien sûr. Comme tous les pays. Mais ne peut-on pas réduire un parcours historique à une région du monde ? Doit-on systématiquement relativiser tout ce que l’on présente, fut-ce dans une optique historique ?

    Enfin, je suis d’accord avec vous : les BD racontant telle ou telle anecdote historique sont bien plus intéressantes que les encyclopédies. Mais justement, si vous estimez que cette aventure est vouée à l’échec, pourquoi diable s’acharner autant dessus ? Pour alimenter l’effet "Streisand" ?

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  • Idéologiquement Deutsch est plus que marqué, c’est un fait, mais ça ne doit pas l’empêcher de publier. C’est un peu une tradition française les écrivains d’extrème droite, en contemporains on a Alain Soral ou Yann Moix, pourquoi n’y aurait-il pas Lorànt Deutsch aussi.

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    • Répondu le 21 mai 2013 à  17:19 :

      Se declarer monarchiste ne veut pas forcément dire que l’on est à l’extrême droite. Si vous connaissiez l’histoire contemporaine, vous sauriez qu’il y a deux tendances chez les monarchistes français, l’une que l’on pourrait rapprocher de l’extrême-droite en effet, et l’autre beaucoup plus progressiste et qui vote plutôt centre-gauche. Si vous voulez combattre efficacement la première, évitez les confusions, vous n’en serez que plus crédible. Beaucoup de pays européens sont des monarchies constitutionnelles mais ne sont pas d’extrême-droite pour autant (certains sont même à gauche), et le seul pays que l’on pourrait taxer d’extrême-droite est la Hongrie avec la politique de Viktor Orban qui est en président. Interressez-vous aux idéologies politiques et sociales plutôt qu’aux modes de représentation qui peuvent tous abriter des gens de bonne volonté ou des salauds. Ne vous trompez pas de combat.

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      • Répondu le 23 mai 2013 à  23:23 :

        Faire du révisionnisme à propos de Céline avec Buisson (de Minute) n’a rien à voir avec "Se declarer monarchiste".

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      • Répondu par Darius le 2 août 2013 à  17:40 :

        Mathieu ne se trompe pas, L.Deutsch est un monarchiste d’extrème droite, ces groupes d’extrème droite et nationalistes sont d’ailleurs ses principaux soutiens.

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