Jeanne, la Mâle Reine : l’héritier d’un Saint se voue au diable !

28 avril 2018 0 commentaire
  • La sixième série des "Reines de Sang" (déjà) réussit le difficile pari de concilier petite et grande Histoire, en réalisant le portrait d'une enfant peu gâtée par la nature, et qui fera tout pour s'imposer. Passionnant !

1293, dans le château de Montbard, une noble femme est en train d’accoucher : c’est Agnès de France, fille de Saint Louis. Au grand désarroi de son mari, le duc Robert II, elle donne encore naissance à une fille, la troisième. Dotée d’une jambe plus courte que l’autre, on chuchote déjà que la petite Jeanne porte la marque de l’Enfer et que Dieu est courroucé. Du saint sort le diable...

Quelques années plus tard, au début du XIVe siècle, le royaume de France reste le plus riche, le plus peuplé, le plus prestigieux de tous les états européens. A sa tête, un roi de fer, Philippe le Bel. Mais le destin refuse cette hégémonie et va prendre une cruelle revanche. L’orgueilleuse couronne touchera terre et mordra la poussière. L’instrument de cette ruine : Jeanne, princesse et petite fille de Saint-Louis, née sur les marches du trône. Et celle que l’on nommera "la trop mâle reine boiteuse, puissante et périlleuse" ne reculera devant rien pour régner...

Jeanne, la Mâle Reine : l'héritier d'un Saint se voue au diable !

Forte de son expertise d’historienne et de scénariste du Trône d’argile, France Richemond présente une passionnante incursion dans les hautes sphères du Moyen-âge. La première partie de cet album se concentre d’ailleurs sur la réalité des "princesses à marier", et de la vie des nobles loin de la cour et de l’apparat.

La petite histoire se mêle habilement à la grande, car ce premier tome présente également en détail la seconde partie du règne de Philippe le Bel, et plus spécifiquement sa lutte contre le pape et les Templiers. D’emblée, cette double vision s’avère passionnante, et progressivement la personnalité de Jeanne prend le dessus, aidée par sa soeur aîné, future reine, mais trop porté sur les plaisirs de la chair...

Jeanne est prête à tout !

Le récit propose une belle montée en puissance de "l’héroïne" : le lecteur comprend progressivement sa psychologie, car la jeune Jeanne est coincée entre sa descendance sainte (son grand-père était le fameux Saint Louis, un héritage difficile à porter), et son pied bot, dit "du diable". Cet antagonisme lui a forgé un caractère très fort, et l’on se prend peu-à-peu d’admiration, malgré les exactions qui se préparent.

Quant au dessin de Suro, à qui l’on devait déjà l’excellent Clan des Chimères dans une époque historique assez proche, il propose une transposition réaliste qui évite le piège de la surabondance. Le lecteur pourrait être gêné par des couleurs assez sobres, mais qui finalement s’apparente bien au dessin de Suro. Après quelques pages, on se prend au style, et l’on retrouve le soufle qu’a pu donner Suro dans des séries précédentes. De plus, Fogolin (aux couleurs) se transcende dans les scènes "flamboyantes".

Pour la reine, l’ennui favorise le vice. Et du vice accouche le drame...

Le seul regret de ce premier tome réside dans l’arbre généalogique des pages de garde qui est compliqué à appréhender (même si la valse des mariages et enfants est difficile à suivre). Quoiqu’il arrive, cette alternance entre la grande Histoire et les sentiments des protagonistes permet de profiter au mieux de cette superbe reconstitution !

Donc, superbe entrée en matière pour une trilogie à ne pas rater, et qui consacre déjà la sixième série des Reines de sang.

(par Charles-Louis Detournay)

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Les visuels sont : © Éditions Delcourt, 2018 – Richemond, Suro

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