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L’Homme qui s’évada - Laurent Maffre - Actes Sud BD

27 août 2006 0 Albums par David TAUGIS
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  • Dans ce roman graphique dense et très documenté, Laurent Maffre adapte le recit d'Albert Londres paru en 1928. Un album surtout marquant par son aspect documentaire qui ravira les amateurs de Tardi et d'Hugo Pratt.

En choisissant d’adapter L’Homme qui s’évada, récit de l’évasion d’un bagnard signé Albert Londres, un des plus grands journalistes français, Laurent Maffre n’a pas choisi un sujet léger. Dans son livre, Londres évoque le sort du forçat Dieudonné qui avait été injustement condamné au bagne. Militant anarchiste, il avait été arrêté par la police qui voulait absolument un coupable après une attaque sanglante de la bande à Bonnot.

L'Homme qui s'évada - Laurent Maffre - Actes Sud BD

Le récit se déroule donc en grande partie en flash-back, Londres retraçant les souvenirs de Dieudonné. Les détails ne manquent pas, depuis le braquage parisien jusqu’aux conditions de vie épouvantables à Cayenne, là où tous les bagnards étaient envoyés. Outre les travaux forcés et la nourriture insuffisante, les condamnés devaient supporter une chaleur torride, ainsi que toutes sortes de maladies liées à l’absence d’hygiène et de soin. Sans compter la loi de la jungle qui voyait nombre d’entre eux s’attaquer à leurs compagnons d’infortune pour leur voler de bien maigres économies.

Dieudonné raconte tout cela et Londres enregistre, jusqu’à son évasion, de la Guyane au Brésil, d’où il parvient à obtenir la révision de son procès et la grâce du gouvernement français précisément en raison de l’impact du témoignage d’Albert Londres sur l’opinion publique. Le grand reporter réussira ainsi à établir son innocence mais aussi à obtenir la fermeture du bagne. Un téléfilm diffusé le 25 août sur Arte, Les Amants du bagne, reprend d’ailleurs de nombreux éléments de ce livre.

Maffre, à la manière d’un Tardi, croque dans l’Homme qui s’évada des trognes marquées à vie. Il n’hésite pas à enrichir son récit de schémas explicatifs. Les expressions faciales des bagnards nous plongent dans une réalité sordide. L’auteur n’a pas vraiment cherché à parfaire son dessin, se contentant d’esquisser le décor d’un trait juste, comme pouvaient le faire avant lui Hugo Pratt ou Will Eisner, ces maîtres du roman graphique.

(par David TAUGIS)

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