Midam & Adam : « Game Over est sans doute la BD muette la plus lue ».

23 août 2006 0 commentaire
  • Après avoir créé la série best-seller {Kid Paddle}, Midam a réussi à s'imposer dans le registre difficile du gag muet, en mettant en scène, dans {Game Over}, le Petit Barbare, héros du jeu vidéo préféré de Kid. Cette série se démarque par son inventivité, son intelligence et par le fait que petits et grands peuvent la trouver aussi « gore » qu'amusante...

En dépit du succès, Midam reste d’une simplicité rare. Nous l’avons rencontré en compagnie d’Adam, le dessinateur de Game Over, qui a réussi à respecter peu à peu les contraintes graphiques du style de Midam.

Comment est née la série parallèle de Kid Paddle, où vous explorez les univers de jeux vidéo de son personnage fétiche ...

Midam : Hachette et Disney avaient lancé une première version du Kid Paddle Magazine [1]. Les éditions Dupuis et moi-même avons été séduits qu’un magazine porte le nom de ma série. Nous avons directement accepté ce projet. Malheureusement, je suis un laborieux et j’ai un rythme de travail assez lent. Je ne pouvais donc leur promettre qu’un maximum de trois ou quatre planches de Kid Paddle par mois. Nous avons donc décidé de créer une spin-off. L’idée de la série Game Over s’est imposée d’elle-même. Les albums de Kid Paddle contenaient une respiration muette sous la forme de plusieurs gags, de trois ou quatre pages, axés sur les jeux vidéo. Nous avons donc recherché un scénariste et un dessinateur...

Midam & Adam : « Game Over est sans doute la BD muette la plus lue ».

Pourquoi ne pas avoir réalisé le scénario vous-même ?

M : Par manque de temps ! Kid Paddle me prend toute mon énergie. D’autant plus qu’à chacun des gags, j’essaie de me surpasser, d’éviter d’utiliser les mêmes ficelles et surtout de refaire le même ! Il m’était donc difficile de scénariser les deux séries à la fois. Ceci dit, j’ai dû écrire une trentaine d’histoires pour Game Over. Je souhaitais qu’une équipe autonome puisse prendre en charge cette série. Mais ce n’est pas aussi facile ...
Ce n’est parce que vous apprenez à un auteur à dessiner comme vous qu’il va arriver à le faire avec la même méticulosité et le même brio...

Pourquoi ?

M : Tout simplement parce que mon style évolue. J’ai le même problème avec les sociétés qui achètent des licences de Kid Paddle. Le graphisme du dernier Kid Paddle, Dark, j’adore, correspond aujourd’hui à mon style. Je suis obligé de dire leur dire : « Voilà tous mes albums, mais si j’étais vous, je ne tiendrais compte que du dernier ». Plus le temps passe, plus j’ai l’impression que les quatre -voire les cinq - premiers albums étaient mal dessinés.
Lorsque Adam a commencé à travailler sur Kid Paddle, je continuais à progresser et à changer mon style graphique page après page. Adam devait d’une part s’accaparer mon dessin, mais aussi suivre ma progression au jour le jour. Et c’est toujours le cas !

Adam, comment vous êtes-vous retrouvé impliqué dans ce projet ?

A : Dupuis conserve apparemment les coordonnées des auteurs qui ont réalisé des planches dans Spirou. J’ai publié mes premiers dessins dans ce journal en 1991. Entre-temps, j’ai complètement changé de voie professionnelle. Un jour, j’ai reçu un courrier de Dupuis. L’éditeur recherchait un collaborateur pour Midam. J’ai réalisé les tests pour le fun, sans nourrir l’illusion d’être retenu. Un an après, Laurent Duvault m’a téléphoné pour me dire que j’avais été sélectionné...

Comment avez-vous travaillé au début ? J’imagine que Midam corrigeait sans cesse les planches produites...

M : C’était plutôt Adam qui s’accrochait à moi au début afin d’être certain qu’il travaillait correctement...
Game Over est une création destinée au Magazine Kid Paddle. Il n’était alors pas question de réaliser un album avec ce matériel. Nous étions donc plus indulgents. Certaines planches publiées dans le journal n’étaient pas d’une qualité suffisante pour être éditées en album.

Croquis pour Game Over
(c) Midam, Adam & Dupuis.

Dupuis ne croyait pas en Game Over ?

M : Dupuis a été très hésitant à éditer le premier album car les ventes d’une autre BD muette, Petit Père Noël, étaient mitigées. J’étais moi aussi hésitant à regrouper ces planches en un album. Il était un moment question de réaliser un album broché de Game Over qui serait offert à l’achat d’un Kid Paddle. Un « plus produit » marketing, en quelque sorte.
Nous avons reçu une trentaine de lettres des lecteurs de Kid Paddle Magazine. Ces courriers étaient touchants. Ils ne représentaient pas grand-chose par rapport aux milliers d’albums qu’il faut vendre pour rentabiliser une série, mais ils nous ont donné confiance pour publier un premier album.
En un an, cet album s’est vendu à 60.000 exemplaires ! Nous nous demandons aujourd’hui si nous les avons vendus parce que nous tenions un concept intéressant, ou si les gens pensaient acheter un Kid Paddle.

Et ?

M : Comme je suis parfois pessimiste, je préfère opter pour la deuxième possibilité. D’autant plus que les libraires rangent Game Over dans le même bac que Kid Paddle. Dupuis voulait consentir un important effort commercial pour la sortie de No Problemo, le deuxième Game Over. Ils souhaitaient faire une mise en place de 150.000 exemplaires. C’était beaucoup trop, et nous avons convenu de calibrer ce chiffre sur 80.000 exemplaires. Mieux vaut rester prudent.

Pourquoi avoir axé cette série sur les gags muets.

M : J’avais réalisé des gags muets pour un journal d’entreprise avant de dessiner Kid Paddle. J’ai ainsi réalisé une cinquantaine d’histoires courtes. Certains de ces récits ont servi de déclencheur pour Durant les travaux, l’exposition continue [2]. A l’époque, je m’étais intéressé à tous les grands auteurs de ce genre, de Quino à Loup. J’appréciais beaucoup ce type de narration et j’ai voulu l’utiliser pour Kid Paddle, puis pour Game Over.

Une série muette qui a autant de succès sur le marché franco-belge, c’est du jamais vu !

M : En effet. Une accroche possible pour la sortie du tome 3 serait de communiquer sur ce fait-là : « Game Over, la bande dessinée muette la plus lue au monde ! ». Nous recherchons actuellement des BD muettes en albums qui ont autant de succès. Nous n’en n’avons pas encore trouvée, excepté peut-être au Japon.

Concrètement, quelle est votre manière de travailler sur Game Over ?

M : Nous recevons un scénario. Nous en parlons ensemble Adam et moi-même. S’il a envie de le dessiner, il le défend. Nous sommes généralement sur la même longueur d’onde car un bon scénario nous donne une émotion sympathique. Parfois, nous recevons de bonnes idées, mais qui ne sont pas suffisamment exploitées. Nous les retravaillons ...

A : Après, je réalise des croquis et j’attaque le crayonné.

M : Je les corrige. Quand il y a une erreur (ou plutôt une différence par rapport à mon style), je photocopie le dessin. Je le corrige sur la copie afin qu’il puisse se rendre compte des différences. D’une manière générale, cela ne concerne que des détails. Adam, par exemple, dessine difficilement les pieds comme je les faits.

A : Ensuite, je réalise l’encrage des pages...

Lors de l’une de nos rencontres, vous me parliez du ton « Kid Paddle ». Est-il le même que celui de Game Over ?

M : Non. Game Over est plus gore. Nous devons être plus explicites car le gag doit fonctionner sans aucun dialogue. Nous relatons les aventures auxquelles le petit barbare est confronté dans un jeu vidéo. Les visuels de la plupart des jeux vidéo sont très gores. Il est logique que nous reprenions ces ambiances.
Par contre, on ne verra jamais une goutte de sang dans Kid Paddle. Cette série est ancrée dans le quotidien du héros, et cela ne collera pas avec son univers. Même lorsque je raconte un rêve de Kid, je ne pense jamais à pousser le gore aussi loin que dans Game Over. Dans cette dernière série, le petit barbare peut arracher la colonne vertébrale d’un blork sans aucun problème, alors que je montrerai rarement -voire jamais- du sang dans Kid Paddle !

Extrait de Game Over T2
(c) Midam, Adam & Dupuis.

L’inconvénient de la BD muette n’est-il pas un rythme de lecture trop rapide ?

M : Oui. Nous avons pallié à cela. Nous nous sommes rendus compte que les pages tenaient mieux sur cinq strips. Pour le tome 2 de Game Over, nous avons donc compressé des gags de deux pages en une planche de cinq strips. Cela rallonge le temps de lecture et le plaisir ...

Allez, un dernier scoop pour la route...

M : Nous travaillons ensemble sur un nouveau projet qui traite de la thématique du voyage dans le temps sous la forme d’histoires courtes !

Croquis pour Game Over
(c) Midam, Adam & Dupuis.

(par Nicolas Anspach)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Lire une interview de Midam réalisée en 2005, et une autre en 2003.

Illustrations (c) Midam, Adam & Dupuis.

En médaillon, Midam et Adam. Photo (c) Nicolas Anspach.

[1La première version du Kid Paddle Magazine s’est arrêtée en 2003 avant que le titre ne soit relancé quelques semaines plus tard par la société Future France.

[2Une série réalisée avec Clarke, chez Dupuis

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