Attention à l’arnaque : Sur le web, les faux dessins de Franquin pullulent

22 janvier 2010 5 commentaires
  • Les médias ont plus d’une fois fait état de l’envolée des prix des planches et des dessins originaux en galerie ou en vente publique. C’est une bonne chose : les collectionneurs valorisent ainsi un patrimoine qui a été trop longtemps négligé. Mais la conséquence de cette embellie, c’est que de plus en plus souvent, des faux sont proposés à la vente. Exemples récents.

Le 17 novembre dernier, un « original, crayon sur calque de Franquin » signé était à vendre sur Comicartfan.com [Voir illustration N°1]. D’André Franquin, vraiment ? En fait, un examen attentif du dessin laisse ressortir un certain nombre d’anachronismes. Gaston est une série dont Franquin a dessiné les derniers avatars à la fin des années 1980. Or, le dessin proposé à la vente montre un Gaston couché sur un ordinateur portable à côté d’une fontaine à eau, éléments qui n’ont jamais existés dans le bureau du gaffeur. En outre, la signature a l’air un peu bizarre pour qui connaît un peu le génie de la rue des Marcassins. Serait-ce un faux ?

Attention à l'arnaque : Sur le web, les faux dessins de Franquin pullulent
Un "vrai" Franquin sur Comicartfans.com
Capture d’écran. DR

Un faux, non, pas vraiment. Il s’agit d’un vrai O’Groj, un dessin d’essai exécuté pour la maison de production qui a réalisé les dessins animés de Gaston qui passent en ce moment sur France 3. Ce crayonné sur calque fait partie d’un lot de deux dessins de son test d’embauche vendus par l’auteur avec son original encré sur le site de la Galerie Maghen à Paris. Un dessin d’ « O Groj d’après Franquin », vendu d’ailleurs au prix raisonnable de 400 euros [Voir Illustration N°2]. On suppose donc qu’un petit malin a acheté le dessin d’O’ Groj et, en rajoutant la signature du maître de Marcinelle, en a fait un dessin de Franquin « authentique ». Gain supposé de l’opération : probablement plus de 2000 euros…

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Un vrai O’Groj d’après Franquin sur le site de la Galerie Maghen
Capture d’écran. DR

Autre cas de faux sur le web : Le 24 janvier 2010, une « superbe » dédicace originale du chat-dingue proposée par un vendeur de Marseille [Illustration 3]. En trois jours, les enchères en étaient à 600 euros… En réalité, ce « superbe dessin » est un décalque d’un authentique dessin original d’une vente publique effectuée à Artcurial le 22/11/2008 (pièce 558, page 130 du catalogue).

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Un faux chat-dingue sur Ebay
Capture d’écran. DR

Je ne sais plus qui disait, peut-être Elmyr de Hory, qu’il y avait « 2000 toiles de Corot dans le monde, dont 3000 aux États-Unis ». Il y aura bientôt autant de Franquin ou d’Hergé. Cela ne concerne pas forcément les cotes les plus élevées. Récemment, Isabelle Beaumenay-Chaland nous témoignait qu’elle voyait de plus en plus de faux dessins du créateur de Freddy Lombard proposés à la vente. Et parfois même dans des officines qui ont pignon sur rue…

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Un vrai Franquin dans le catalogue de la galerie Artcurial
DR. (C) André Franquin / Marsu productions

Comment faire pour échapper à l’arnaque ?

-  Exigez de connaître la traçabilité de l’original proposé, notamment en obtenant une copie de la chaîne des factures qui l’a mené jusqu’à vous.

-  Exigez un certificat d’authenticité produit par un expert agréé ou par un des ayant-droit de l’artiste. Attention, ces certificats peuvent aussi être falsifiés. N’hésitez pas à recouper l’information en vous adressant directement aux auteurs ou à ses représentants (en écrivant à l’auteur via sa maison d’édition par exemple).

-  Exigez toujours une facture et une lettre du vendeur garantissant l’authenticité du document qui vous est vendu. Ainsi, en cas de faux, vous pourrez toujours vous retourner contre lui.

Enfin, plutôt que croire que vous avez trouvé sur le web un original de première main, le mieux est encore de viser des signatures moins connues et d’acquérir l’œuvre directement auprès de l’artiste ou à travers une galerie qui a licence de vendre ces œuvres. Il s’en ouvre tous les jours ces temps-ci.

C’est peut-être un peu procédurier mais cela vaudra mieux pour votre portefeuille car non seulement un faux ne vaut rien, mais il y a encore pire : si vous entreprenez de le vendre, vous pouvez être vous-même considéré comme le faussaire et être condamné de ce fait pénalement, ce dessin sans valeur finissant par devenir hors de prix.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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