Biographie de Franquin (5) : une retraite agitée

14 septembre 2004 1 commentaire
  • A l'âge où beaucoup de dessinateurs raccrochent, Franquin repart sur de nouveaux projets. Mais Gaston en paie les frais.

1987
Gaston a trente ans. Un "Journal de Gaston" est édité à cette occasion en supplément au journal "Spirou". Il restera malheureusement unique.

1987
Franquin revend le Marsupilami à un financier monégasque, qui crée les Editions "Marsu-Productions". Le personnage est repris au dessin par un Batem convaincant et, au scénario, par un Greg qui ne convainc pas. Yann lui succède, sans plus de succès.

1988
Inauguration de la statue du Marsupilami à Charleroi, square Hiernaux.

1989, 25 mars
Gaston devient vedette de la télévision. Ses gags sont adaptés en vidéo dans "Merci Gaston", une émission hebdomadaire sur A2 et RTL-TVI. Biographie de Franquin (5) : une retraite agitée

1989
Franquin invente de toutes pièces un univers enfantin merveilleux, "Les Tifous", que publie le journal "Spirou". Ils sont ensuite massacrés par un studio de dessin animé, qui ne bénéficie pas d’un budget suffisant pour une réalisation honorable.

"Ces dessins animés m’ont fait perdre le rythme de Gaston. J’ai travaillé énormément, durant trois années, sur ces petits personnages et j’ai perdu la main. Je me suis plus investi dans cet univers que lorsque je réalisais "Modeste et Pompon", "Spirou" et "Gaston" en même temps. Et Gaston l’a payé cher, car j’ai beaucoup de difficultés à le reprendre maintenant. C’était une erreur de ma part. Je le dessine encore, j’ai des idées de gags, de "En direct de la rédaction", mais le rythme n’y est plus."

1990
Un album des "Tifous" (Editions Dessis) reprend les admirables dessins de Franquin.

1991
Franquin est médaillé de l’ordre de Léopold, équivalent belge de la Légion d’Honneur.

1991, le 26 juin
L’ultime planche de Gaston Lagaffe paraît dans le journal "Spirou". Elle porte le numéro 909.

1992
Parution aux éditions Dupuis de "Signé Franquin", un livre consacré aux signatures humoristiques de Franquin, commentées par l’auteur.

"Ces signatures couvaient depuis longtemps. Déjà, quand Jidéhem dessinait Gaston avec moi, j’avais imaginé de donner vie à nos deux signatures. Elles auraient pu se battre, se serrer la main, s’esquinter mutuellement, se donner des coups de pied... Si je ne l’ai pas fait, à l’époque, c’est par simple paresse. C’est là leur véritable origine : ajouter quelque chose pour faire une surprise au lecteur, pour lui offrir un "plus". C’est un véritable plaisir pour moi".

1992
Franquin cède à Marsu-Productions ses droits sur Gaston, ses monstres, ses idées noires. Il n’est plus propriétaire de Gaston Lagaffe.

1993
Le journal "Spirou" rend hommage à Franquin à l’occasion de ses soixante-dix ans.

1994
Marsu-Productions ayant cédé les droits d’adaptation du "Marsupilami" aux studios Disney, ceux-ci réalisent une série télévisée qui dénature totalement le personnage. Le Marsupilami n’est plus qu’un clone logorrhéique de Buster Bunny.

1996, février
La statue de Gaston Lagaffe est inaugurée à Bruxelles, Boulevard Pacheco.

1996, le 27 novembre
L’album 15 de Gaston Lagaffe, attendu depuis dix ans, sort enfin. Franquin retrouve les feux de l’actualité. 650.000 exemplaires sont épuisés en moins de six semaines.

"J’aime encore tellement dessiner", avoue-t-il à "La Nouvelle Gazette". "Faire de la bande dessinée m’a vraiment excité très fort. J’ai été un maniaque, mais vraiment excessif, pendant des années. Pour chaque dessin, je faisais une multitude de brouillons. C’est une bonne habitude parce que le geste, l’attitude sont très importants en bande dessinée. Le personnage doit être bon acteur, expressif.

J’aime encore le gag, trouver des idées. J’aime dessiner ces brouillons de mises en scène de chaque image. Chaque étape est une sorte de recommencement. Quand la planche au crayon était terminée, j’essayais encore de voir ce qui était moins bon. L’encrage m’amusait aussi. Je ne me suis jamais fatigué de l’univers de Lagaffe"

"Peut-être que demain, par surprise, je me mettrais à faire un petit bout de bande dessinée. Je dessine maintenant ce que j’appelle des "doodles". Ce sont des petits dessins abstraits. J’en fais beaucoup et cela m’amuse énormément. Quand on dessine, on trouve toujours des trucs pour s’amuser soi-même, tenter des choses. "

1997, 5 janvier.
André Franquin décède des suites d’un infarctus, dans le Sud de la France, à Callian, près de Draguignan, dans le Var où, comme chaque année, il allait passer les fêtes en compagnie de sa fille, Isabelle et de ses petits-enfants.. Unanime, la presse pleure un bienfaiteur qui a diverti des millions de lecteurs et amené des générations d’enfants à l’hilarité.

1997, 8 janvier
Une cérémonie d’hommage a lieu devant la statue du "Marsupilami", à Charleroi.

1997, 11 janvier
Franquin est inhumé dans un petit cimetière du sud de la France, pas loin de la maison de sa fille et de ses petits-enfants.

"Je pense avec nostalgie aux bandes dessinées que je lisais quand j’étais moutard.
Cela fait plus de cinquante ans, mais j’en conserve la fraîcheur d’un monde artificiel, dans lequel je m’enfuyais cependant en imagination. C’était assez prodigieux !

La bande dessinée a encore cette fonction aujourd’hui.

A la fin de la guerre d’Algérie, des lecteurs m’écrivaient qu’ils se rabattaient sur Gaston — cette petite bande dessinée !— pour échapper à leurs soucis.

C’est ce qui fait que je n’ai pas honte du tout de dessiner une bande dessinée qui doit faire rigoler.

Je suis très content de faire cela. Très."
(Franquin, 1987 - extrait de "Signé Franquin", paru en 1992.)

(par Patrick Albray)

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Les commentaires de Franquin proviennent d’entretiens inédits,
mêlés à des citations librement remaniées extraites de
"Signé Franquin" (Dupuis, 1992)
et de "Et Franquin créa la gaffe" (Schlirf/Dargaud, 1985). Les illustrations de ce dossier sont ©Marsu-Productions, ©Dupuis, ©Audie/Fluide Glacial et ©Lombard.

Le catalogue de l’exposition peut être commandé sur Internet.

 
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