Répondu par Sergio Salma le 6 août 2009 à 01:45 :
Je suis assez d’accord avec Un Snob ? (sauf pour le choix de son pseudo)
Je trouve que Didier Pasamonik est un peu sévère envers cette attitude de simple lecteur qui peut, c’est son droit, rejeter un genre qu’il n’apprécie pas d’emblée. On court le risque , c’est vrai, de schématiser et de passer à côté de certaines choses à l’aspect ambigu, pas aussi creux qu’on ne l’imagine. (un peu comme quand on n’a pas envie d’aller au ciné pour voir un polar où ça flingue ou encore une comédie romantique parce que l’on sait à peu près ce que l’on va y trouver. On ratera du coup Pulp fiction et Love actually ). On se trompe certainement aussi en faisant des amalgames : les livres d’Arleston et Tarquin ne sont vraiment pas que des livres avec des muscles et des décolletés, pitié ! Là c’est quand même une attaque déplacée ; comme si Franquin ou Peyo c’était juste des gros nez . Et Jacobs et Martin des mecs en costard un peu coincé du... non, voyons. Tss.
Mais il est bon parfois d’avoir des réticences voire des dégoûts.
Ce sont des sentiments parfois passagers qu’il ne faut pas forcément combattre sous prétexte d’être civique et magnanime.
On temporise trop, on civilise , on socialise à outrance quand il faudrait parfois laisser s’exprimer des ras-le-bol, des agacements, des crispations.
Dans la musique , on peut très bien être énervé par cette vague de chanteurs qui chuintent et geignent. Et leur préférer quelque chose de plus dynamique.
On sort le fallacieux prétexte du succès ou de l’insuccès( rien à voir dans le débat) et on creuse ainsi une espèce de sillon protectionniste qui ressemble à un diktat.
D’une certaine catégorie populaire, du mal tu ne diras point. Et pourquoi donc ?! Le snobisme n’a rien à voir là-dedans non plus. On peut très bien s’envoyer à la figure le même vocable. Qui est snob ? Celui qui se place artificiellement au-dessus des "masses" et du public "moyen" ou celui qui considère comme forcément respectable ce que ce même public prétendûment moyen apprécie ?
Les uns interdisent aux autres de ne pas aimer tout un pan de la culture sous le prétexte réversible d’un trop grand écho dans la presse ou un trop grand nombre de zéros dans les chiffres de vente. Ce sont les anciens contre les modernes mais aussi les réalistes contre les humoristiques, les bd jeunesse contre les romans graphiques etc...quels combats d’arrière-garde ! On peut aimer les schtroumpfs et Pratt , Tati et Zemeckis.
Mais on peut tout autant détester les schtroumpfs ou Pratt, Tati et Zemeckis. Pourquoi on pourrait pas ?! Les travaux de grande qualité on s’en tape parfois, on a envie de tout foutre en l’air et dans les magasins cet étalage de vulgarité on peut le trouver ...vulgaire parfois. Car ça l’est quand même un peu. Même les chefs-d’oeuvre ont parfois de ces aspects putassiers et énervants ! Et on met dans le même sac l’oeuvre et le marketing qui va avec ; ce n’est pas très raisonné mais parfois , même pour ces choses de l’esprit , il faut laisser parler son instinct.
Un snob ( allez , on trouve un autre pseudo ok ?) a tout à fait raison je pense de garder ses préférences. Il a tort en revanche en citant ceux qu’il aime et de les opposer à ceux qu’il n’aime pas ; parce que son voisin pourra lui aimer les 2 qui ne sont diamétralement opposés que dans son système de pensée personnel ; et puis surtout c’est injuste pour un auteur de s’entendre comparé à un autre. 2 barils de poudre contre un ça marche pas pour les humains.
Pourquoi snober ne serait-il que péjoratif ? Snober quelque chose ça peut être une preuve de bonne santé au contraire. Je ne devrais pas le dire mais moi par exemple, je snobe
une certaine catégorie de chanson française. Je n’aime pas qu’en 2009 un chanteur ou une chanteuse use trop de l’accordéon ou de la guitare accoustique, pense comme Barbara ou Mouloudji, parle sans arrêt d’un Paris de pacotille en causant comme le peuple en enflammant le public avec ce qui me semble être une démagogie à peine cachée. Et je snobe aussi une certaine catégorie de pop-folk que je trouve trop neutre, n’étant pas fin connaisseur, elle ne provoque chez moi que de l’ennui alors que des amis sont passionnés par ces mêmes groupes qui sans Led Zeppelin ou Nirvana ne seraient rien.
Suis-je un idiot de tout repousser en bloc parce que forcément il y a là-dedans des chanteurs et des groupes qui correspondent point par point à ces choses qui m’énervent et qui pourtant me plairaient peut-être si je prenais la peine de les écouter ?
Et alors donc, les goûts et les dégoûts devraient être mesurés et irréprochables ? Je pense qu’au contraire il faut cultiver non pas la mauvaise foi mais sa foi. Et s’interdire de perdre trop de temps dans une culture "obligatoire" et parfois consensuelle. Là non plus, je ne fais aucun procès à aucun genre en particulier mais je pense sain de garder en mémoire ce qui nous est naturellement sympathique.
Et si on loupe des trucs , tant pis. Quant aux exemples qu’on va chercher dans le passé( Goscinny pas de grandes récompenses etc...) c’est un peu dommage mais malheureusement la société humaine est ainsi faite, pleine de malentendus et d’approximations. On a distribué des Goncourt , des Oscar(s) et des Palmes d’or à des œuvres qui parfois traversent le temps et parfois pas du tout. Il ne faut pas y voir la preuve d’une quelconque maladresse ou snobisme. Je pense plutôt à une bonne grosse connerie qu’il faut parfois être capable de s’avouer. Ce ne sont que des jurys de gens , donc faillibles , très faillibles. Mais qui pourtant sur le moment ont été sincères. Pourquoi accorder de l’importance à ces prix quand on les considère bien attribués et trouver ces récompenses bien vaines et dérisoires quand elles se trompent à notre avis de vainqueur ?
A propos d’Arleston , je recommande le livre d’entretiens que Thierry Bellefroid a écrit après des rencontres avec le scénariste de Lanfeust. On y découvre une personnalité tout en finesse et on y décrypte très joliment ce que peuvent être un parcours et une démarche d’artiste, avec des failles, des doutes terribles , des réussites.
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Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 6 août 2009 à 09:13 :
Cher Sergio, tu es en verve, et c’est un vrai plaisir.
Je ne cherche pas à avoir raison contre quiconque, vraiment
En fait, ce que tu décris là, c’est un dandysme, pas un snobisme. Le dandy a une attitude, disons, politique, délibérée. Le snob est un mouton bêlant. Le dandy est légitime dans son attitude : son argumentation est réfléchie, travaillée. Le snob est tout à la défense de sa clique, en réalité de sa propre condition.
Tu réclames à raison pour le dandy le droit d’exprimer son dégoût. Tu as raison. En cette matière, je suis comme Jules Renard : "Je n’ai pas de goût mais j’ai le dégoût très sûr."
En revanche, tu dois bien admettre qu’il y a dans mon article un certain militantisme en faveur d’une bande dessinée populaire que l’on réduit, comme tu le soulignes, à de vulgarité pour mieux rejeter un genre (l’Heroïc Fantasy, principale thématique des comics et des mangas, l’humour des Blondes, un thème universellement partagé) ou l’expression de la sexualité, voire d’une certaine grivoiserie.
Je travaille en ce moment sur l’oeuvre du dessinateur Morris. Eh bien je suis frappé par le manque de consistance des interviews qu’il a données dans sa vie. Non pas qu’il n’ait rien eu à dire, mais parce que les journalistes (que je mets volontiers dans la catégorie des snobs) étaient totalement dépourvus de curiosité.
De même, on chercherait en vain une analyse un peu subtile d’un Lucky Luke (d’un Bob & Bobette, d’un Chlorophylle ou d’un Lanfeust, le problème est le même). Là est l’effet du snobisme : il ostracise des pans entiers d’une bande dessinée de qualité sur un simple argument d’autorité. Des auteurs, des journalistes, des directeurs de festival sont directement responsables de cela.
L’éclectisme d’ActuaBD est là, j’espère, pour compenser cet aveuglement. Avec ses moyens limités, car il est évidemment plus facile de s’épandre sur une "clique" que de s’intéresser à la masse des BD populaires qui arrivent sur le marché.
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Répondu par Laurent Boileau le 6 août 2009 à 12:06 :
Je travaille en ce moment sur l’oeuvre du dessinateur Morris. Eh bien je suis frappé par le manque de consistance des interviews qu’il a données dans sa vie. Non pas qu’il n’ait rien eu à dire, mais parce que les journalistes (que je mets volontiers dans la catégorie des snobs) étaient totalement dépourvus de curiosité.
Lorsque j’ai visionné toutes les archives télévisuelles sur Franquin pour les besoins du film Franquin, Gaston et compagnie, j’ai, moi aussi, été frappé par la pauvreté des interviews. La raison ? A question banale, réponse banale...
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