DC Rebirth : une brève histoire de super-héros

1er juillet 2017 0 commentaire
  • Toute dernière ligne éditoriale de l’éditeur DC Comics, « DC Rebirth », lancée l’an dernier aux US, nous est arrivée en mai dernier et nous propose de reconnecter les personnages de la firme à leur héritage perdu. Bonne nouvelle pour une opération indéniablement réussie.

Superman est mort, vive Superman ! Phrase traditionnelle qui décrit parfaitement la transition de « The New 52 » à « DC Rebirth », elle s’avère néanmoins trompeuse car il s’agit ici du retour du roi « classique », reprenant possession de son trône après le bref règne de son jeune successeur !

Mais commençons dans l’ordre : qu’appelle-t-on une ligne éditoriale chez DC Comics qui publie les aventures presque sans discontinuité de nombre de personnages depuis la fin des années 1930, comme celles de Superman et de Batman ? Et que signifie pour le lecteur le passage à « DC Rebirth » des aventures de ces super-héros ?

De la question de l’héritage

Il existe plusieurs manières de présenter ces périodes et de les organiser : nous allons nous atteler à l’exprimer de la façon la plus simple et pertinente dans le cadre de la présentation de « DC Rebirth ».

De 1938 à 1954 s’étend une période baptisée « Âge d’or des comics », qui débute avec le premier numéro d’Action Comics, et l’apparition de Superman, et se termine par un déclin des ventes en raison des évolutions de la culture du divertissement mais aussi d’une campagne politique qui visa la violence et l’influence néfaste des comics sur la jeunesse.

Évidemment ce ne fut pas la fin de l’histoire et s’ouvre en 1956 une seconde période que nous allons faire courir pour DC Comics jusqu’en 1985, composée de l’Âge d’argent et de l’Âge de bronze des comics. L’éditeur américain relance ainsi en 1956 ses personnages avec pour certains de toutes nouvelles identités et caractérisations, allant plus volontiers vers la science-fiction. Citons par exemple Flash où Barry Allen remplace Jay Garrick et Green Lantern avec Hal Jordan qui reprend le nom de héros et la « lumière verte » d’Alan Scott… mais pas grand-chose d’autre !

Les auteurs de l’époque créent une nouvelle équipe rassemblant les super-héros les plus populaires de la firme qu’ils baptisent « Ligue de justice d’Amérique », faisant écho à son équivalent de l’Âge d’or, « La Société de justice d’Amérique ».

DC Rebirth : une brève histoire de super-héros
Dick Grayson, alias Nightwing qui fut le premier Robin. Un personnage qui symbolise parfaitement la notion d’héritage chez DC Comics
© DC Comics / Urban Comics

Il s’agit donc d’une toute nouvelle ligne éditoriale, faisant table rase du passé, mais qui fatalement amène des problèmes de continuité avec certains personnages qui n’ont pas changé entre les deux périodes comme Superman ou Batman. Comment peuvent-ils par exemple avoir côtoyé les deux Flash et les deux Green Lantern l’air de rien ?

La solution est apportée avec la création de la Terre-2 et du Multivers DC, ensemble de terres parallèles qui va servir à caser les versions alternatives des personnages mais aussi ceux venant d’éditeurs rachetés.

Les versions des super-héros DC Comics de l’Âge d’or se mettent donc à vivre sur une terre parallèle, où étant plus anciens, les personnages ont vieilli, amenant la « création » d’un Superman grisonnant [1] mais aussi de nouveaux personnages originaux : par exemple Power Girl, version adulte de Supergirl, et Huntress, fille de Batman et de Catwoman.

Le temps de la « crise »

Ainsi DC Comics fait exister sa première ligne éditoriale (1938 à 1954) en tant que monde parallèle de sa nouvelle (1956 à 1985). Cependant après trente ans de bons et loyaux services, considérant que cet univers est devenu trop complexe à gérer en raison de ces terres parallèles mais aussi pour donner un nouvel élan à ses titres, l’éditeur décide de tout « redémarrer ».

Dans ce but un grand bouleversement cosmique est imaginé en 1985 : Crisis on Infinite Earths, mini-série de douze épisodes, qui voit la disparition pure et simple du Multivers DC. Il ne reste plus qu’une seule terre, tous les doublons sont « éliminés » d’une façon ou d’une autre, et tous les personnages voient leur l’historique effacé et reprennent leurs aventures au tout début, comme Wonder Woman dont cette période de renouveau a été évoquée dans nos colonnes il y a peu de temps.

C’est évidemment la Terre-2 qui paye le plus lourd tribut avec nombre de ses personnages qui meurent au cours de Crisis on Infinite Earths. Cependant d’autres sont « épargnés ». Par exemple Jay Garrick et Alan Scott deviennent les héros de la première génération de la nouvelle terre, tandis que Power Girl devient une survivante Atlante et la Huntress originale est remplacée par une nouvelle incarnation, issue d’une famille mafieuse de Gotham City.

Wonder Woman : toujours en quête de vérité
© DC Comics / Urban Comics

À partir de ce moment il devient de tradition de nommer la période précédente (1956 à 1985) « pré-crisis » et la suivante, après 1985, « post-crisis ». Chez Urban Comics la période « post-crisis » est référencée dans son catalogue en tant que « DC Classiques ».

Nous sommes donc à trois lignes éditoriales et à trois versions de Superman : celui de l’Âge de l’or disparu durant Crisis on Infinite Earths et le « classique », datant de 1956 qui a vu son histoire redémarrer en 1986, donnant lieu à une toute nouvelle continuité bien qu’il s’agisse de la même incarnation du personnage (il a subi « l’effaceur cosmique » comme les spécialistes aiment à dire).

Les années passent et la ligne « post-crisis » fonctionne plutôt bien. Mais à la fin des années 1990 et au début des 2000 de plus en plus d’auteurs manifestent le regret de la disparition du Multivers. Finalement en 2005-2006 l’événement Infinite Crisis ramène le Multivers DC [2]. Power Girl retrouve sa mémoire originale tandis que le « vieux » Superman réapparaît et meurt dans la foulée en se sacrifiant.

Le Multivers DC est donc de retour, avec 52 terres parallèles, mais pour le moment la terre « fusionnée » en 1986 reste inchangée ou presque. La différence vient surtout de personnages se souvenant de l’ancienne continuité.

Le Superman classique face à Doomsday
© DC Comics / Urban Comics

Le désir de « coup de jeune »

Et nous voici en 2011 : suite à l’événement Flashpoint, l’univers DC est de nouveau redémarré sans garder de trace du passé : c’est « The New 52 », qu’Urban Comics renomme dans son catalogue « DC Renaissance ».

Il s’agit évidemment d’une opération visant à attirer un nouveau lectorat mais avec une particularité importante : la mise en avant du Multivers et du « retour » de la Terre-2, certes dans une version « remaniée » mais où Power Girl est bien Supergirl plus âgée et Huntress la fille de Batman et de Catwoman.

Pour l’essentiel les personnages redeviennent jeunes et peu expérimentés, à quelques rares exceptions comme l’univers Green Lantern, pas réellement impacté, ou celui de Batman relativement épargné (les modifications se révèlent très ciblées).

Les aventures reprennent donc globalement du début avec de nouvelles directions comme Superman et Wonder Woman qui entretiennent une relation amoureuse - ici Clark n’est pas amoureux de Lois Lane. La symbolique va jusqu’à faire redémarrer au numéro un Action Comics et Detective Comics, ce qui n’avait jamais été fait depuis leur première publication !

« The New 52 » va durer cinq années, de 2011 à 2016, et plus précisément 52 mois. Les deux premières années de publication voient de nombreuses controverses surgir en raison de choix artistiques clivant mais les polémiques s’estompent petit à petit et les trois dernières années se révèlent assez stables : les anciens lecteurs se sont fait à ce renouveau, que nous avons largement chroniqué ces dernières années.

À l’heure du bilan, que penser de « The New 52 » en tant que ligne éditoriale ? DC Comics aura proposé de bonnes et de mauvaises choses comme lors de toute période mais sans titre réellement exceptionnel ou qui aurait pu justifier un tel « redémarrage ».

Jason Todd alias Red Hood qui fut le second Robin
© DC Comics / Urban Comics

En effet, et c’est là sans doute la plus grosse critique de « The New 52 » : avoir sacrifié beaucoup (historique, relations entre nombre de personnages et même des personnages totalement absents) sans avoir proposé quelque chose à la hauteur de ce redémarrage presque total. C’est la montagne qui aurait accouché d’une souris.

Soyons clair, de très bons comics ont émergé de « The New 52 » comme par exemple les débuts de Wonder Woman et d’Aquaman, Animal Man, Earth-2, Batman ou encore Harley Quinn. À côté de choses classiques, et d’autres qui ont moins fait l’unanimité, entre sympathiques et mauvaises. Un bilan honnête à notre sens, mais sans histoires pouvant réellement justifier d’avoir tant sacrifié et « effacé ».

Un bilan mitigé car au fond beaucoup de ces comics auraient pu se faire dans la ligne « post-crisis », le principal apport « structurel » reste le retour de la Terre-2 et du Multivers DC, et donc d’un environnement « pré-crisis » qui paradoxalement a un certain goût de nostalgie.

« The New 52 » va s’achever par deux événements clés : Justice League : The Darkseid War et la mort de Superman, avec la révélation dans la foulée que le Superman et la Lois Lane de « post-crisis » ont « survécu » cachés tout ce temps, et que le Superman « classique » va reprendre sa place [3].

Rencontre nocturne pour Green Arrow et Black Canary
© DC Comics / Urban Comics

Entre nouvelle génération et classicisme

Nous sommes en mai 2016 et « DC Rebirth », cinquième ligne éditoriale de DC Comics, débarque aux États-Unis. Puis c’est au tour de la France de l’accueillir en mai de cette année, en conservant cette fois-ci son nom original… en espérant que le lecteur s’y retrouve et ne se mélange pas avec « DC Renaissance », titre français, pas très heureux, de « The New 52 ».

Pour marquer le lancement de « DC Rebirth », Urban Comics a publié en librairie DC Univers Rebirth, un pavé de 592 pages proposant 23 récits « d’amorce » d’une vingtaine de pages [4]. Ils présentent les personnages dans leur contexte actuel et donne l’axe de développement dans « DC Rebirth », le tout complété de fiches synthétiques explicatives pour chaque récit afin d’aider le néophyte.

L’album s’ouvre sur DC Universe Rebirth #1 qui lance officiellement la ligne. Une première surprise : il ne s’agit pas d’un bouleversement cosmique, comme de coutume, mais du retour d’un personnage disparu lors de « The New 52 » qui vient nous délivrer un secret : l’univers « The New 52 » n’est pas un reboot cosmique mais le fait d’une entité qui a modifié le passé il y a 10 ans, créant une nouvelle réalité.

Dans les faits nous retrouvons l’immédiate continuité « The New 52 » mais avec certains personnages qui commencent à comprendre que quelque chose ne va pas dans la réalité comme avec Flash, les Titans ou Wonder Woman.

De l’autre nous avons des titres qui proposent « simplement » de renouer avec ce qui avait été supprimé ou oublié, ou autrement dit : des éléments dits « classiques » qui avaient été écartés au nom du renouveau sont repris.

Réunion musclée pour les Birds of Prey
© DC Comics / Urban Comics

Ainsi par exemple le couple mythique formé par Green Arrow et Black Canary est relancé, les liens d’amitié des Titans des années 1970 rétablis, Amanda Waller retrouve ses kilos et recrute Rick Flag, et les Birds of Prey sont de retour, autour du trio fondateur : Batgirl, Black Canary et Huntress – cette dernière étant celle de la terre principale, c’est-à-dire issue d’une famille mafieuse, et distincte de celle de la Terre-2 : ce qui implique que les deux versions coexistent désormais grâce à la « magie » du Multivers restauré.

Enfin d’autres titres continuent dans la lignée de « The New 52 », comme Aquaman, Batman, Green Lantern ou encore Cyborg, voire, pour certains, valident le « renouveau » comme avec les Teen Titans ou Barbara Gordon en Batgirl. Nous avons donc un mélange du renouveau proposé par « The New 52 » avec une inflexion vers de nombreux éléments « classiques ».

Pour énoncer les choses plus directement : l’éditeur a conservé ce qui a marché dans « The New 52 » et rétabli des caractérisations de « post-crisis » afin de compléter l’ensemble. Et afin de bien signifier cela, Action Comics et Detective Comics reprennent leur numérotation originale comme s’ils n’étaient jamais repartis du numéro un il y a cinq ans.

L’album DC Univers Rebirth permet donc à l’amateur de prendre la mesure des changements de cette nouvelle ligne éditoriale et au néophyte de découvrir un grand nombre de titres. Les fiches et le contenu de ces histoires font parfaitement le travail et permettent au lecteur de se faire une idée des séries et de ce qui pourrait l’intéresser. En ce sens c’est du bon boulot.

Si le lecteur français va pouvoir découvrir dans les mois à venir les séries « DC Rebirth », qu’en est-il de leur réception aux États-Unis ? Contrairement à celui mitigé de « The New 52 », l’accueil critique et public de « DC Rebirth » fut excellent de l’autre côté de l’Atlantique avec des ventes « boostées » plus longtemps que celles du début de « The New 52 ».

Au-delà de renouer en partie avec la continuité classique, qui met d’emblée en bonne disposition une partie du lectorat, les directions prises par chaque titre et chaque équipe créative ont semblé mieux préparé, évitant les écueils de « The New 52 ». Leçons et expériences ont apparemment été prises de la précédente opération de redémarrage, qui ne datait aussi que de cinq ans !

Les derniers Green Lanterns arrivés : Simon Baz et Jessica Cruz
© DC Comics / Urban Comics

Aujourd’hui et demain

Aux États-Unis et un an après le lancement de « DC rebirth », DC Comics se porte bien, dans une forme relativement habituelle. Au mois de mai 2017 DC Comics obtient environ 30% de parts de marché contre environ 40% pour Marvel. Au niveau des singles nous trouvons 29 DC comics dans le top 50, contre 20 Marvel, et 46 dans le top 100 contre 50 pour Marvel. Et comme toujours DC vend ses singles un peu moins chers que son concurrent.

Au cinéma, DC semble enfin avoir trouvé la formule gagnante avec Wonder Woman, après la réception mitigée de Man of Steel, et celles franchement mauvaises de Batman v Superman et Suicide Squad. Sur le marché nord-américain l’amazone, actuellement à 330 millions $, va dépasser les recettes de Batman v Superman (330 millions $), devenant ainsi le plus gros succès de la franchise en « domestique ». Au contraire, au niveau international, l’accueil semble moins passionné (actuellement 335 millions $) : l’amazone devrait simplement obtenir la troisième place, dépassant en recettes totales Man of Steel (668 millions $), sans atteindre celles totales de Batman v Superman (873 millions $) et de Suicide Squad (745 millions $). Nous sommes encore loin de la référence pour Warner : The Dark Knight avec un milliard de dollars en recettes totales !

Toujours au cinéma, en novembre sortira la première partie du film Justice League, repris en post-production par Joss Whedon après le départ de Zack Snyder en raison du drame familial qui l’a récemment frappé. Viendra ensuite en 2018 le film Aquaman en cours de tournage.

Pour le reste, tout demeure en projet sans qu’on sache ce qui viendra réellement prochainement. Nous sommes loin de l’organisation carrée de Marvel, comme d’ailleurs souvent chez DC, et les paris sont ouverts : Flash, Gotham City Siren (avec Harley Quinn), Suicide Squad 2, Batgirl (de Joss Whedon), The Batman, Justice League Dark, Nightwing, Shazam, Cyborg, Green Lantern. Une liste de projets digne de Guillermo De Toro, même si nous avons déjà eu la confirmation officielle de Wonder Woman 2.

Quant aux amateurs de comics francophones, ils pourront trouver en librairie les prochains mois les titres « DC Rebirth » suivants : Batman, Justice League, Wonder Woman, Suicide Squad, Superman, Flash, Nightwing et Green Arrow.

De notre côté nous vous donnons rendez-vous pour les chroniques de ces titres dans nos colonnes selon notre habitude afin de partager la découverte et la lecture de cette nouvelle ligne éditoriale !

Suicide Squad : une valeur sûre désormais ?
© DC Comics / Urban Comics

(par Guillaume Boutet)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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DC Univers Rebirth. Scénario & Dessin : Collectif. Traduction Ed Tourriol, Thomas Davier, Alex Nikolavitch, Laurent Queyssi, Mathieu Auverdin, Xavier Hanart, Benjamin Rivière & Jérôme Wicky. Urban Comics, collection "DC Rebirth". Sortie le 5 mai 2017. 592 pages. 35,00 euros.

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Lire notre article consacré à la situation actuelle de Marvel Comics

[1Dont le nom kryptonien devient « Kal-L », contre « Kal-El pour le Superman « officiel » : une distinction réservée aux érudits !

[2Plus précisément, le Multivers est ramené officiellement à la fin de la maxi-série nommée 52 (2006-2007), qui fait suite à Infinite Crisis.

[3On notera ici une certaine ironie : Le Superman « classique » est mort dans les années 1990 lors d’un événement très médiatisé à l’époque, ce qui ne l’empêcha pas de ressusciter peu de temps après. Alors que la mort du Superman de l’Âge d’Or et celle du jeune superman de « The New 52 » semblent destinées à durer, entérinant définitivement le Superman « classique » comme icône immortelle !

[4Les épisodes contenus dans DC Univers Rebirth sont :
DC Universe Rebirth #1, The Flash Rebirth #1, Titans Rebirth #1, Superman Rebirth #1, Justice League #52, Justice League Rebirth #1, Hal Jordan and the Green Lantern Corps Rebirth #1, Green Lanterns Rebirth #1, Wonder Woman Rebirth #1, Aquaman Rebirth #1, Cyborg Rebirth #1, Green Arrow Rebirth #1, Suicide Squad Rebirth #1, Deathstroke Rebirth #1, The Hellblazer Rebirth #1, Batman Rebirth #1, Nightwing Rebirth #1, Batman Beyond Rebirth #1, Red Hood and the Outlaws Rebirth #1, Batgirl and the Birds of Prey Rebirth #1, Supergirl Rebirth #1, Blue Beetle Rebirth #1, Teen Titans Rebirth #1
Publiés entre mai et septembre 2016.

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