Japan Expo 2018 : Les 20 ans de "Cowboy Bebop"

10 juillet 2018 1 commentaire
  • Aux côtés de « Cobra » et de ses 40 ans, Japan Expo célébrait également les 20 ans d’un autre monument de la science-fiction japonaise, « Cowboy Bebop », avec la présence de six invités japonais qui ont offert aux visiteurs une conférence d’une qualité exceptionnelle.

Série d’animation japonaise de 26 épisodes, produite de 1998 à 1999, complétée d’un film, Cowboy Bebop, qui suit les aventures d’un groupe de chasseurs de primes dans le système solaire de la fin du 21e siècle, dans une ambiance américaine teintée de jazz, s’est rapidement transformée en œuvre culte, s’imposant dans le monde entier comme l’un des grands classiques de l’animation japonaise.

Pour fêter ses 20 ans Japan Expo avait invité cinq membres du staff de l’époque : Shin’ichirō Watanabe, réalisateur, Keiko Nobumoto, scénariste, Toshihiro Kawamoto, character designer, Kimitoshi Yamane, mechanical designer et Masahiko Minami, l’un des deux producteurs de l’époque. Était également présent l’un des directeurs actuels du studio Sunrise qui a produit la série. Seule grande absence : Yoko Kanno, la compositrice de la musique, qui a tenu un rôle central dans le succès de l’œuvre, puisque les épisodes étaient conçus comme une « session », avec à chaque fois une musique et des chansons spécifiques.

Japan Expo 2018 : Les 20 ans de "Cowboy Bebop"

En guise d’introduction chacun des invités exprima sa joie d’être présent : Kimitoshi Yamane n’aurait jamais cru que la série aurait eu un tel succès alors que Shin’ichirō Watanabe déclara qu’il avait tout investi dans ce projet et qu’il était déjà persuadé qu’il ne disparaîtrait jamais. Pour Keiko Nobumoto il s’agissait de sa première fois en France et dans ce genre d’événement, et elle en était enchantée.

Ils rappelèrent également qu’ils n’étaient pas réunis si souvent que ça tous ensemble et que cela n’était possible que grâce au public. La séance des questions débuta par quelques classiques qui tombèrent un peu à plat, comme la place de la série chez Sunrise (« le Studio a toujours eu a cœur de faire des œuvres originales) ou alors quel était selon eux le secret de son succès. Réponse : « - Sa qualité intrinsèque »...

C’est finalement Shin’ichirō Watanabe, égal à lui-même, qui ouvrit les hostilités en expliquant qu’un des bons points de la série était qu’ils avaient eu beaucoup de liberté. Ils n’avaient pas été tenus de s’inspirer des succès précédents du studio et il n’y avait eu aucun réel plan marketing. Cela a ainsi donné une œuvre qui ne ressembla à aucune autre. Rappelons qu’à l’époque, en 1998, le Studio Sunrise avait en production deux séries en parallèle, Brain Powerd, qui avait été programmé pour être le « blockbuster » du moment, dirigé par le réalisateur-star du studio, tandis que Cowboy Bebop était un simple animé d’appoint qui n’intéressait pas les cadres du studio et qui avaient donc laissé tranquille l’équipe créatrice. L’ironie voudra que Brain Powerd soit un cuisant échec alors que Cowboy Bebop se révéla une œuvre au succès fulgurant.

D’ailleurs à ce sujet, Shin’ichirō Watanabe en profita pour signaler que Space Dandy était une très bonne série. Propos appuyé par Masahiko Minami qui portait un T-shirt à l’effigie de cette dernière qu’il avait d’ailleurs produite. Il faut savoir que Space Dandy (2014) était un projet qui avait eu pour ambition de créer un « nouveau » Cowboy Bebop mais qui n’avait pas eu le succès escompté.

Ensuite débuta l’événement principal de la conférence : la sélection des épisodes préférés des Français. Le vote fut réalisé sur le site de Japan Expo au cours du mois de juin (aucun chiffre de participation ne fut donné)

La première partie du classement dévoilée

Le commentaire des invités sur cette première partie fut que cette sélection était très... française ! Du côté japonais, c’est l’épisode Heavy Metal Queen qui avait retenu l’attention. Il s’agissait d’une histoire de Kimitoshi Yamane, inspiré du Salaire de la Peur, film de Henri-Georges Clouzot avec Yves Montand ! Au départ dramatique l’histoire était devenue comique au cours de sa réalisation sans que personne ne sache trop pourquoi. Elle était sans doute trop noire se dirent-ils. M. Yamane était en tout cas assez fier de l’idée et Yoko Kanno qui s’essayait pour la première fois lors de cet épisode au Hard Rock s’était, elle, follement amusée.

Concernant Ballad of Fallen Angels, à la troisième place, cet épisode avait été conçu pour changer la perception de Spike, le héros, chez le spectateur. À cet effet dans les quatre premiers épisodes, il avait été pris soin que Spike conserve toujours un air relax, afin de réserver pour cet épisode le changement d’expression de son visage en quelque chose de dur, qui surprenne le spectateur.

Masahiko Minami et Shin’ichirō Watanabe

Shin’ichirō Watanabe avait entendu la rumeur que les fans d’animé regardaient jusqu’à l’épisode 5 avant de décider d’arrêter ou de continuer une série. Il fallait donc tout donner et montrer dans l’épisode 5 afin d’accrocher le spectateur et cela avait marché.

The Real Folk Blues (Part 2), le dernier épisode de la série fut deuxième de la sélection. C’est Keiko Nobumoto qui commenta l’épisode, très émue, les larmes aux yeux. C’était en effet un épisode très important pour elle et cela la toucha qu’il soit si aimé. Concernant l’histoire de cet épisode, elle lui était venue en balade en écoutant les dernières musiques de Yoko Kanno.

Shin’ichirō Watanabe ajouta simplement que l’oiseau blanc de la dernière scène était une référence à Blade Runner : chacun peut donc essayer de deviner ce qu’il a voulu transmettre avec cette fin !

Keiko Nobumoto très émue

Une influence de la Nouvelle Vague française du cinéma

C’est Pierrot le fou qui emporta la première place, ce qui surpris une nouvelle fois l’équipe qui conclut simplement qu’il n’y avait que les Français pour choisir un tel épisode comme favori. Shin’ichirō Watanabe rappela d’ailleurs que le titre venait du film éponyme de Jean-Luc Godard. Et, bien que le contenu n’ait aucun rapport, ils avaient tenté de reproduire des ambiances des films de Jean-Pierre Melville, comme il les faisait dans Le Samouraï et Le Cercle rouge, comme par exemple avec la présence du café « Déjà Vu ». Le but principal de cet épisode était de créer quelque chose d’entièrement numérique et qui devait faire la part belle au mouvement.

Ils évoquèrent ensuite Yoko Kanno et son talent. Elle comprenait parfaitement à chaque fois l’histoire des épisodes et était capable de créer une musique toujours différente uniquement à partir des storyboards.

Enfin, l’équipe revint sur les difficultés du producteur, et notamment le fait qu’on leur enlevait régulièrement du personnel pour les faire travailler sur autre chose. Masahiko Minami évoqua brièvement les tensions de l époque et les dépassements de budget. Par exemple Yoko Kanno, pour composer la musique de la série, avait dépensé cinq fois le budget normal de ce type de production !

Les dépenses avaient tellement augmenté que si Cowboy Bebop n’avait pas été un succès, ils auraient certainement tous été virés ! Les patrons du studio n’étaient donc pas contents de la façon dont la production avait été menée et ces tensions ont poussé Masahiko Minami a quitter Sunrise pour fonder le studio Bones, afin de pouvoir dépenser les budgets comme il l’entendait !

La conférence se termina par la présentation de la Box anniversaires des 20 ans de la série et par une blague sur ce qu’était devenu le vaisseau de Spike, le Swordfish : personne n’avait jamais imaginé son destin à la fin du dernier épisode !

(par Guillaume Boutet)

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