"Montana 1948" : Larry Watson finement adapté par Nicolas Pitz

8 mars 2017 0 commentaire
  • En reprenant le premier roman de l'Américain Larry Watson, Nicolas Pitz nous guide jusqu'au cœur de l'Amérique profonde de l'après-Seconde Guerre mondiale. Avec un scénario habilement mené, mêlant drame familial, intrigue policière et chronique sociale, il illustre une Amérique en transition, qui hésite encore entre ses valeurs héritées de la conquête de l'Ouest et une vision plus moderne de l'humanité.

Été 1948, au Nord-Ouest des Etats-Unis. Un petit bourg, situé à quelques encablures du Canada et un peu perdu au milieu de plaines sèches et venteuses, sort tranquillement de la Seconde Guerre mondiale. Une famille, bien ancrée dans le comté de Mercer, Montana, sort du lot.

Le grand-père de David Hayden - le narrateur - a été le shérif du comté pendant une vingtaine d’années. De ses deux fils, l’un est plein d’aisance : médecin, héros de la guerre, habile joueur de baseball, il a belle allure et le sait. L’autre, qui est le père de David, a moins de prestance et a eu la "malchance" d’être réformé. Mais son handicap - il est resté boiteux après avoir été victime de la ruade d’un cheval - ne l’empêche pas d’assurer à son tour la fonction de shérif, il est vrai plutôt tranquille dans ce coin des Etats-Unis.

Il y a bien quelques Indiens, à qui on "réserve" encore quelques terres mais que l’on cantonne dans la misère. Nous sommes pourtant loin, dans ce récit publié par Larry Watson en 1993 et disponible dans une nouvelle édition chez Gallmeister, du western sentant la sueur et la poussière, à l’odeur de poudre et au goût de bourbon. Il ne faut pourtant pas le regretter. Dans cette histoire adaptée par Nicolas Pitz chez Sarbacane, le romancier américain se joue de clichés un peu usés pour mettre en scène une intrigue qui relève à la fois de la chronique sociale, du polar classique et du drame familial.

"Montana 1948" : Larry Watson finement adapté par Nicolas Pitz
Montana 1948 © Nicolas Pitz / Sarbacane 2017

Si ce roman comporte probablement une part d’autobiographie, Larry Watson étant lui-même fils et petit-fils de shérif, il s’agit moins d’un récit d’initiation que d’une métaphore de la transition vécue par l’Amérique profonde de la fin des années 1940. Le drame qui déchire la famille de David - la tragédie devrions-nous écrire, car les relations entre les frères et avec le père ont des accents shakespeariens - révèle en effet certaines des tensions sociales et morales de l’Amérique post-Seconde Guerre mondiale.

Alors que d’un côté nous distinguons des Etats-Unis "traditionnels", encore marqués par les valeurs du XIXème siècle (patriarcat, racisme, violence), de l’autre nous assistons à l’affirmation d’une Amérique plus moderne, croyant à la justice et à l’égalité. Mais la confrontation entre ces deux époques et ces deux systèmes de valeurs ne va pas sans dommages. Le déchirement familial auquel assiste David, et auquel il finit par participer, conduit à des heurts tant physiques que moraux. Jusqu’au drame ultime.

Montana 1948 © Nicolas Pitz / Sarbacane 2017

Nicolas Pitz parvient à donner vie à cette histoire sans l’assombrir outre mesure. Grâce à un trait fin et lisible, une composition sobre de ses planches et des couleurs franches et dominées par des tons chauds, quoique manquant parfois d’un peu de naturel dans les textures, il donne corps à sa narration. S’il reste quelques petites maladresses de perspective, sa ligne nette et ses décors réussis rendent parfaitement l’atmosphère de cet été 1948 du fin fond du Montana.

Les références américaines sont présentes, même si Nicolas Pitz n’y fait appel que de manière un peu timide. Certaines cases pourront évoquer Edward Hopper, d’autres renvoient davantage à Norman Rockwell. Nous retrouvons quoi qu’il en soit la même envie de peindre la société américaine et ses atmosphères tantôt étouffantes, tantôt rassurantes. Et cette une qualité sert admirablement le propos de Larry Watson.

Montana 1948 © Nicolas Pitz / Sarbacane 2017

(par Frédéric HOJLO)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Découvrez la librairie de BD numérique ActuaBD avec Sequencity

21,5 x 29 cm - 128 pages couleur - couverture cartonnée - parution le 1er mars 2017 - commander ce livre chez Amazon ou à la FNAC.

Consulter le site de Nicolas Pitz.

A lire également sur ActuaBD : Les Jardins du Congo - Par Nicolas Pitz - La boîte à bulles.

  Un commentaire ?