Mort d’Alex Toth, un prince du noir et blanc

28 mai 2006 0 commentaire
  • C'est avec émotion que nous apprenons la disparition d'Alex Toth, un géant de la bande dessinée américaine, ce samedi 27 mai 2006. Ce maître du noir et blanc, œuvrant dans la lignée de Milton Caniff et de Frank Robbins, a influencé une génération d'auteurs, dont notamment le grand Hugo Pratt.
Mort d'Alex Toth, un prince du noir et blanc
Torpedo (1990)
Editions USA

Né le 25 juin 1928 à New York, il avait fait ses débuts dans Heroïc Comics, avant de rejoindre l’éditeur DC Comics à partir de 1947 en collaborant à des séries comme Dr Mid-Nite, The Atom, Green Lantern ou The Flash. En 1950, il assiste le dessinateur Warren Tuffts sur Casey Ruggles, montrant son talent pour les aventures de guerre et d’aviation. Sa carrière est en dent de scie, à l’image de ce créateur fantasque. Il réalise aussi bien des BD d’horreur pour E. C. Comics que de multiples collaborations pour Lev Gleason Publications, Standard Comics ou le grand éditeur américain de livres pour enfants, Western Publishing, pour lequel il multiplie les adaptations de licences télévisées comme Zorro, 77 Sunset Strip, The FBI Story...

Hurlements (1988)
Editions USA

Dans le même temps, il œuvre dans les studios de dessins animés Hanna & Barbera qui lui doivent les conceptions graphiques de Space Ghost (Le Fantôme de l’Espace), Jonny Quest et d’autres. Parallèlement, il excelle dans ses travaux pour la Warren qui publie ses histoires d’horreur dans Eerie et Creepy. C’est d’ailleurs dans ce cadre qu’il dessine pour l’édition espagnole de Creepy les deux premiers épisodes de Torpedo - sur un scénario d’Enrique Sanchez Abuli, une série continuée par Jordi Bernet.


Bravo pour l’Aventure (1981)
Ed. Futuropolis

Ce grand maître du noir et blanc, qui poursuit une tradition du trait carré et rapide éminemment efficace, ponctué de larges taches de noir, tradition impulsée aussi bien par Noel Sickles que par Milton Caniff ou Frank Robbins, a influencé plus d’une génération d’auteurs à partir des années soixante.

Comique Mécanique (1981)
Ed. Icare.

Hugo Pratt et lui ont longtemps dialogué en experts sur un héritage commun et des inclinations thématiques étonnamment proches. Si Alex Toth est si peu connu du grand public, c’est à cause d’une carrière atomisée qui n’a jamais laissé de trace profonde dans les imaginaires [1]. Comme Jijé, il a davantage œuvré pour l’Art de la Bande Dessinée que pour l’établissement de héros notoires destinés à lui survivre. La France lui rendit ponctuellement hommage dans les années 80 avec des publications sporadiques chez Futuropolis (Bravo pour l’Aventure), Icare (Comique mécanique) ou Editions USA (Hurlements).

Le décès d’Alex Toth, après celui de Jack Kirby ou plus récemment celui de Will Eisner, réduit encore un peu le nombre de survivants des figures marquantes des principales esthétiques des comics. Des dessinateurs contemporains aussi différents que John Paul Leon (Earth X)ou Bruce Timm (Batman Animated) continuent néanmoins à faire vivre son héritage, et l’on peut penser qu’Alex Toth restera encore pour longtemps une des influences majeures des artistes américains.

Creepy N°123, page 6 (1980) - Crayonnés Léo Summers - Encrage : Alex Toth.©DR
Une page de modèle du Space Ghost.
The Witching Hour N°11, Page 5 (1970) - Encrage Bill Draut.©DR
Savage Sword of Conan N°64 - Goddess Pinup (1981) .©DR
Weird War Tales Vol. 2 (1972) ©National Periodical Publication.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Plusieurs éditeurs américains ont publié ces dernières années des collections de travaux d’Alex Toth :
- Image Comics propose ses strips de Zorro ;
- Auad Publishing a publié trois collections superbement imprimées.
- Pure Imagination a également compilé deux volumes consacrés à Alex Toth. Le deuxième est toujours disponible.

Enfin, pour le plaisir des yeux, tothfans.com propose une grande quantité d’illustrations et de planches de l’artiste.

Merci à François Peneaud pour son aide dans la réalisation de cet article.

[1En dehors de son travail sur les designs de dessins animés comme le Space Ghost, qui a marqué des générations d’américains.

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