Terreur Graphique :"Je me sers un peu des stéréotypes, des expressions toutes faites, des sujets d’actualité"

15 avril 2017 1 commentaire
  • Terreur Graphique, un nom qui décoiffe ! Et c’est en toute simplicité et avec humour qu’il a répondu à nos questions. En ce début d’année 2017, Terreur Graphique a notamment sorti deux albums. "Ces Gens-là" aux éditions Dargaud en janvier 2017 et "La Communication politique" avec François Delporte au scénario dans la collection de La Petite bédéthèque des savoirs aux éditions du Lombard en février 2017.

Ces Gens-là est un recueil des pages qui ont été publiées dans Libération.fr, puis chez Dargaud. On a dans cet album une histoire, une situation avec une chute comique à chaque page. Vos personnages dans leur look, leur attitude, leur façon de parler, sont réalistes, vous vous êtes inspiré de personnes existantes ?

Pas vraiment… Je me suis inspiré des gens. Là, par exemple, je suis en terrasse dans une brasserie, je mange en écoutant un peu les autres mais c’est plutôt de la création devant ma table à dessin en général. Je me sers un peu des stéréotypes, des expressions toutes faites, des sujets d’actualité. Même si ça ne se voit pas trop dans l’album, c’est toujours en lien avec une actualité de Libération. Ça m’aide à créer tous ces dialogues et ces personnages chaque semaine.

Terreur Graphique :"Je me sers un peu des stéréotypes, des expressions toutes faites, des sujets d'actualité"

Il y a cette façon de se moquer de tout, chacun en prend gentiment pour son grade, et c’est ce qui est délicieux, mais par rapport à certains de vos ouvrages précédents, ce n’est pas trash, on sent de la tendresse pour ces personnages...

Oui, j’ai lu un article où on disait que c’était moins trash, mais bon il faut bien vieillir (rires) ! En fait c’est moins trash... Oui et non, ce n’est pas le même trash. C’est un trash différent, un trash de société, de vie de tous les jours, un trash réaliste. Et j’aime mes personnages même quand ils sont cons, j’aime les gens ! Mais j’ai changé, j’ai évolué ! (Rires) Maintenant j’ai plus envie de traiter les choses de cette façon-là. Le trash, je l’ai fait, j’avais envie de passer à autre chose. Je m’inflige toujours une contrainte avant de commencer un projet : pour l’album Ces Gens-là, la contrainte était de faire quelque chose plus tout public, lié à l’actualité. À l’inverse de Make my day, Punk ! par exemple, qui était de faire des choses les plus trash possibles, chaque jour. Je ne renie pas ce que j’ai fait avant, mais je suis passé à autre chose.

Dans Libération.fr, les internautes ont-ils pu réagir. Quelles sont les choses qui vous ont le plus marqué dans leurs commentaires ?

Il n’y en a pas eu des masses, sur le site Internet. C’est souvent modéré par Libération. Il y a eu plus de réactions sur Twitter. Mais ce n’était pas forcement des remarques constructives : je me suis fait traiter de journalope, de gauchias et de merdias juste parce que je suis dans Libération (rires)… On tombe toujours sur des trolls, Internet c’est un peu le paradis de la parole décomplexée, mais c’est de la méchanceté. Donc en fait, il ne faut pas lire les commentaires, surtout sur le Facebook de Libération, faut aimer se faire du mal pour lire les commentaires, il n’y a que quelques commentaires où les gens sont sympas.

Extrait de Ces Gens-là, par Terreur Graphique, éditions Dargaud

Vous continuez cette série sur Libération ?

Je la continue pour Libération papier, chaque samedi dans les pages Idées de Libération. Je continue un petit peu sur Internet mais j’avoue que là, j’ai un gros planning en ce moment, donc j’ai un peu plus de mal… Avant j’en faisais quasiment tous les jours, mais comme j’ai d’autres projets en même temps…

C’est un sacré rythme, il faut arriver à trouver des idées !

Oui, mais je me lève, je lis le journal et grâce à l’actualité, l’idée vient et le thème général de la planche aussi.

Toutes sortes de thèmes sont abordés : l’éducation des enfants, la politique, les vacances, le travail, l’amour...

J’essaye de ne pas traiter toujours de la même chose (rires), mais en ce moment, ça tourne un peu en boucle sur les élections… J’en ai un peu marre, j’ai envie de parler d’autres choses ! (rires)

Est-ce que ça veut dire qu’il y aura un autre tome de Ces Gens-là ?

Il n’y a rien de signé pour le moment, mais à priori, de ce qu’on m’a dit, il y aura sûrement un deuxième tome…

En février dernier vous avez publié La Communication politique dans la collection La petite Bédéthèque des savoirs aux Lombard, avez-vous choisi le sujet ?

Pas du tout, c’est David Vandermeulen le directeur de collection qui m’a proposé d’en faire un. Moi j’étais assez open, j’avais pensé à deux, trois thèmes, dont la politique, forcément, c’est un truc qui vient facilement, vu que c’est mon domaine en ce moment. Il m’a donc proposé La Communication politique et j’ai dit banco !

C’est la première fois que vous faisiez de la vulgarisation scientifique en BD ?

Oui, c’était pas mal (rires), l’expérience m’a plu. Je ne ferais pas ça cinquante fois, car je préfère la fiction malgré tout. Mais j’ai bien aimé parce que ce n’était pas loin de mon univers. J’aurais pu faire ça, ou un thème sur le cinéma. En tout cas, je n’aurai pas pu faire quelque chose sur des sciences plus dures, comme Marion Montaigne. Ce sont plus des sujets de société ou des sujets culturels qui me parlent.

Comment s’est passée la collaboration avec l’historien Christian Delporte ?

Premièrement, on a mangé ensemble (rires)

Ça commence bien !

Oui, c’était l’éditeur qui payait donc c’était bien (rires) ! Christian Delporte m’a envoyé un texte que j’ai lu, un texte de spécialiste. Donc j’ai découpé le texte. Je me suis dit que c’était hyper-iintéressant mais que je préférais quand il y avait des blagues (rires), donc j’ai ajouté des blagues, des éléments comiques. J’ai proposé les cinq premières pages en ayant rajouté ma patte. Ça a plu et j’ai donc fait le reste de l’album.

Extrait de La Communication politique par Christian Delporte et Terreur Graphique, éditions Le Lombard

Vous avez appris des choses en réalisant cet album ?

Oui, pas mal, sur toute l’histoire de la communication politique. J’ai beaucoup aimé cette partie-là car j’ai pu reprendre le style de la série Mad Men pour dessiner. J’ai appris des choses et je me suis confronté à la caricature pure et dure, ce qui n’était pas facile (rires) !

J’imagine que c’était voulu que cet album sorte durant la campagne électorale ?

Oui, j’espère (rires) !

Ça permet d’avoir un autre regard sur cette campagne...

Oui, bien qu’ils nous aient un peu embrouillés niveau communication politique… Déjà Donald Trump, ça nous a pris de court, alors que l’on était en train de finir le livre (rires) ! Mais bon, on a réussi à le mettre un petit peu dedans. Mais c’est vrai qu’ils ont employé d’autres techniques, des techniques de Trump. Il faudrait faire un deuxième tome sur la communication politique de Donald Trump (rires) !

Photo © Julie Losfelt

Terreur Graphique, pourquoi ce pseudonyme ?

Ça remonte à 2006, j’avais fait un blog qui s’appelait comme ça, et les gens ont commencé à m’appeler Terreur.

Vous signez plus Terreur que Terreur Graphique d’ailleurs…

Oui, en général quand je signe un mail, je mets mon prénom, Terreur c’est un peu comme si c’était mon prénom. Graphique en fait, je l’aurais enlevé depuis longtemps, mais c’est resté, c’est Terreur Graphique, le prénom et le nom !

Quels sont vos projets ?

Continuer Ces Gens-là. Je fais une expérimentation avec un organisme qui s’appelle Ciclic, toute les semaines, où je fais de la BD en GIF animés sur l’actualité.

Entre Libération et ça, ça me prend déjà deux jours dans la semaine. J’aimerais bien commencer un nouveau livre, je vais m’y mettre bientôt, mais je n’en parle pas trop, car je ne l’ai pas encore commencé. Et puis j’aimerais bientôt faire de la science-fiction. En fait, j’ai dessiné des pages pour un hommage à Valérian et ça m’a retourné la tête (rires) ! Mais bon, j’aimerais bien faire ce que je fais en science-fiction : un peu Ces Gens-là dans l’espace !

(par Morgane Aubert)

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Photo : Terreur Graphique par © Julia Losfelt

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