« Tout Spirou » au Rendez-vous international de la BD de Gatineau

28 octobre 2008 2 commentaires
  • C’est du 23 au 26 octobre dernier que s’est déroulée la 9ème édition du Rendez-vous international de la bande dessinée de Gatineau, un des plus grands happenings québécois consacrés à la BD, après le Festival de la bande dessinée francophone de Québec. Cette année, c’est la thématique «un 9e rendez-vous avec le 9e Art » qui caractérisait l’évènement.

Plus de 11.000 amateurs de BD ont participé à l’évènement, qui se tenait au Musée canadien des civilisations, mais aussi à l’Université du Québec en Outaouais, ainsi qu’à l’Alliance française d’Ottawa. Grâce une programmation variée, ces visiteurs ont eu l’occasion de rencontrer des artistes de la BD européenne : la France était représentée par Philippe Aymond (ApocalypseMania, Dargaud) et Johanna (Nos âmes sauvages, Futuropolis), la Suisse par Daniel Bosshart (Alberto, Edition moderne) et la Belgique par Thierry Coppée (Les Blagues de Toto, Delcourt) et Kan-J (Blackwood, Soleil). Cependant, le RVIBDG était une surtout une occasion de célébrer la BD made in Québec, grâce à la participation d’auteurs tels que Paul Roux (Ariane et Nicolas, Les 400 coups) Sandra Brault (étudiante en BD à l’UQO), Michel Falardeau (Metertownville, Paquet), et bien sûr, la fierté de la belle province : le duo composé de Maryse Dubuc et de Marc Delaf (Les Nombrils, Dupuis).

« Tout Spirou » au Rendez-vous international de la BD de Gatineau
Delaf & Dubuc en dédicace
Photo : Marianne St-Jacques

Notons également la présence d’auteurs canadiens œuvrant dans le milieu du comic book tels que Craig Taillefer (Wahoo Morris, Too Hip Gotta Go Graphics), Salgood Sam (Therefore Repent !, Diamond Comic Distribrutors) et Tom Fowler (Batman : Legends of the Dark Knight, DC Comics).

Des expositions

L’édition 2008 a été caractérisée par la tenue de trois expositions. La première, Gilles Villeneuve / Michel Vaillant retraçait en BD les exploits de Gilles Villeneuve, d’après le numéro des Dossiers Michel Vaillant consacré à ce célèbre pilote de Formule 1. Des photos et des objets de courses ayant appartenu au pilote accompagnaient les planches.

La deuxième exposition, Reality and the Fantastic : The Magic of the Mundane était consacrée au travail de l’artiste canadien-anglais Craig Taillefer. Cette collection de planches originales permettait d’exposer les différentes contributions de Taillefer à la BD d’expression anglaise, ainsi que d’apprécier la grande variété de sa production littéraire. On pouvait y trouver des extraits de Cleopatra, une série située en Égypte pharaonique, de The Mighty Motor-Sapiens, une BD consacrée au rallye, de Sîan, une série d’heroic fantasy et des extraits des Chelation Kids. Cependant, la majorité de l’exposition était consacrée à Wahoo Morris, une série d’urban fantasy et de musique rock que Taillefer publie depuis 1998.

JPEG - 158 ko
Un des panneaux de l’exposition consacrée à Craig Taillefer
Photo : Marianne St-Jacques

Le vernissage de la troisième exposition, Philippe Aymond, du réel à la BD, s’est déroulé le 24 octobre à l’Alliance française d’Ottawa, en conjonction avec le RVIBDG. Comme l’indique le titre, il s’agit d’une rétrospective consacrée à Philippe Aymond, dessinateur derrière des séries telles que Lady S. (avec Jean Van Hamme, Dupuis), Les 4x4 (avec Pierre Christin, Dargaud) et ApocalypseMania (avec Laurent-Frédéric Bollée, Dargaud). Regroupant une trentaine des milliers de planches produites par Aymond depuis 1989, l’exposition sera tenue jusqu’au 31 octobre 2008, à la Galerie de l’Alliance française située dans la capitale canadienne.

Des lancements :

Le RVIBDG aura été l’occasion de tenir de nombreux lancements. Deux auteurs d’ailleurs ont pu lancer leurs nouveautés. Le vétéran Paul Roux, porte-parole de l’évènement, a pu présenter au public « Les Tours de Babel », cinquième tome de sa série jeunesse Ariane et Nicolas, publiée aux Éditions les 400 coups. Le dessinateur Kan-J, quant à lui, a pu lancer le premier album de sa sérieBlackwood, œuvre d’heroic fantasy scénarisée par Nicolas Jarry et publiée dans la collection Soleil Celtic de l’éditeur toulonnais.

Cependant, le lancement Tout Spirou, qui inaugurait la nouvelle collection complète du Journal de Spirou, à la bibliothèque de l’École multidisciplinaire de l’image de l’Université du Québec en Outaouais, et qui commémorait le 70e anniversaire de Spirou, fut le clou du rendez-vous.

Cette collection, qui regroupe tous les recueils du journal parus depuis 1938, équivaut à 3640 fascicules et comporte même « L’espiègle au grand cœur », numéro rare qui a la particularité d’avoir été publié en pleine Seconde Guerre mondiale. Il s’agit d’une collection exclusive qui n’aurait nous dit-on que deux équivalents : une collection semblable se trouverait en France et l’autre en Belgique, conservée au siège social des éditions Dupuis, à Marcinelle.

JPEG - 155.8 ko
Un extrait de la collection intégrale de Spirou
Photo : Le Bédénaute

Cette collection, qui est un don de Serge De Gagné, aurait été inspirée par sa mère, Lucienne De Gagné, qui lui a offert, enfant, son premier recueil Spirou. Depuis, M. De Gagné a entrepris de rassembler un par un tous les numéros, travail de longue haleine qui s’avère encore plus ardu lorsqu’un océan le sépare du continent où la plupart des originaux circulent.

Lors d’un voyage à Paris, Serge De Gagné a découvert de nombreux albums manquant à sa collection chez un libraire parisien, Michel Denni de la libairie Lutèce, un des co-auteurs du guide-argus BDM. Après son retour au Canada, ce libraire a continué de lui faire parvenir par courrier les nouveaux numéros qu’il recevait et qui pouvaient intéresser le collectionneur québécois. Par après, Serge De Gagné a dû faire affaire avec un libraire de Sainte-Foy (Québec), qui possédait des numéros rares. Finalement, Il a pu compléter sa collection grâce à un libraire de la rue Saint-Denis, à Montréal, qui parcourait en éclaireur tous les grands évènements de la BD. M. De Gagné se souvient même d’avoir reçu un appel téléphonique de ce dernier en direct d’Angoulême !

JPEG - 148.6 ko
Les donateurs de la collection des reliures Spirou : Serge De Gagné et sa mère Lucienne De Gagné, qui lui a offert son premier recueil
Photo : Le Bédénaute

En apprenant que l’École multidisciplinaire de l’image de l’UQO offrait un programme de baccalauréat en bande dessinée, une des rares formations universitaires de ce genre au pays, celui-ci a contacté la bibliothèque afin de leur offrir sa collection, offre qui a été acceptée avec enthousiasme. Depuis, la bibliothèque de l’EMI a réussi à faire reconnaître la valeur patrimoniale unique de la collection auprès des instances gouvernementales. Benoît Fripiat, éditeur chez Dupuis, s’est lui-même rendu sur les lieux afin de reconnaître l’importance de ce patrimoine. Cependant, n’ayant pu être présent pour l’inauguration officielle, ce sont Marc Delaf et Maryse Dubuc qui ont présenté une allocution en tant que représentants officiels des éditions Dupuis. Comme cette dernière l’a fait remarquer avec humour, l’héritage de Spirou sera désormais préservé, « au cas où un désastre naturel ferait disparaître le continent européen de la mappemonde. »

(par Marianne St-Jacques)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

 
Participez à la discussion
2 Messages :
  • une collection semblable se trouverait en France et l’autre en Belgique, conservée au siège social des éditions Dupuis, à Marcinelle.

    il me semble que celle des Editions Dupuis ne soit pas complète.

    Répondre à ce message

    • Répondu par François Pincemi le 28 octobre 2008 à  23:33 :

      Su c’est le cas, c’est très bizarre, mais bon, de toute façon, l’éditeur refuserait sans doute de servir de bibliothèque aux nombreux passionés. A la limite, c’est la ville de Charleroi (berceau historique des éditions !!) qui devrait ouvrir un musée accessible à tous. Ou la ville de Bruxelles ? ou son musée de la BD de la rue des sables(où il y a une salle de lecture, certes, mais surtout avec des BD récentes, on se croirait presque à la Fnac, grrr ! je plaisante !!).

      Dans tous les cas, il est paradoxal qu’une collection complète soit présentée à quelques 7000 kilomètres de chez nous, Tabernacle !

      Répondre à ce message