Vous me croirez si vous voulez - Par le Professeur Choron et Jean-Marie Gourio – Wombat

2 octobre 2018 3 commentaires
  • Ce sont ni plus ni moins les « mémoires » du Professeur Choron que l’on trouve dans ce volume, recueillies, s’il faut en croire, par Jean-Marie Gourio alors que le rastaquouère de la Rue des Trois portes est à jeun. Une bonne occasion de rappeler combien Hara Kiri, Charlie Hebdo, mais aussi Charlie Mensuel et BD ont révolutionné la bande dessinée française.

Cela m’avait frappé, alors que j’écoutais en podcasts le cycle de conférences de Benoît Peeters « pour une histoire de la bande dessinée » au CNAM à Paris, combien les historiens de la bande dessinée ignorent voire méprisent le rôle fondamental de la bande à François Cavanna et Choron dans l’histoire de la bande dessinée française. Ce sont pourtant les coups de boutoir de ces trublions enragés qui, avec quelques autres comme Jean-Jacques Pauvert ou Éric Losfeld dans le domaine de l’édition, ont mis en déroute l’infernale Commission de censure de la Loi de 1949 et tous les pères-la-pudeur au regard oblique de cette époque.

Choron, dont le début de parcours (para en Indochine…) prouve qu’il n’est pas un gauchiste, était un bateleur doué, un vendeur invétéré qui s’était allié avec un véritable intello, autodidacte et érudit, Cavanna. Ils avaient l’un et l’autre, pour des raisons très diverses, un compte à régler avec la société de l’époque, dirigée par un général puis par un banquier, où la finance grise commençait à nous vendre de la technologie à tour de bras tout en roulant des mécaniques et en polluant l’autre bout de la planète avec des bombinettes thermonucléaires. Ces gens-là méritaient des baffes et le duo Cavanna/Choron allait leur en donner.

Une génération subversive

Autour d’eux, une foule de jeunes auteurs piaffaient : Wolinski, Reiser, Cabu, Fred dans un premier temps, puis Philippe Vuillemin, mais aussi Tardi, Pétillon et bien d’autres, alors qu’une BD en pleine gentrification, dont le récit historique de Benoît Peeters, mais aussi celui issu de ce que je surnomme souvent « la gnose angoumoisine » est totalement empreint, est en train de naître : les romans « (A Suivre) », la BD historique chez Glénat, la collection Aire Libre chez Dupuis, les Poissons Pilote de chez Dargaud...

L’aventure du professeur Choron et de ses amis est à mille lieues de ces délicats bourgeois qui « révolutionnent » la BD, encore tenue en France par les curés et les staliniens. Il faudra L’Écho des Savanes, Métal Hurlant et L’Association du « punk » Jean-Christophe Menu -des initiatives d’auteurs- pour que l’on se rende compte de leur processus de récupération. En attendant, le Square (c’est le nom de leur maison d’édition) est la réunion des créateurs qui pètent à table, se bourrent la gueule, pissent et insultent devant les caméras de l’ORTF, et lutinent les « nanas » -terme d’époque- en toute insouciance, et surtout en dehors de toute rentabilité, la gestion tenant le plus souvent, comme le reste, de l’impertinente plaisanterie.

Il y a quelque chose des escroqueries des Pieds Nickelés dans la vie de Choron : les poches vides au début, l’abondance dionysiaque et partouzeuse au cours de l’aventure, et la ruine piteuse à la fin, et ceci à chaque épisode. Mais il faut bien de cela pour écrire une légende, les mémoires de Choron étant, dans toute leur vérité, comme L’Écume des jours de Boris Vian, une histoire entièrement vraie, puisqu’imaginée d’un bout à l’autre.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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