Lecture en confinement #14 : "Toujours tout foutre en l’air" - Par Moa Romanova (trad. M. Ferroussier) - Revival

30 mars 2020 0 commentaire

CONFINEMENT. Tout le monde a son avis. Sur la crise sanitaire mondiale, sur la politique de santé du gouvernement, sur l’usage de la chloroquine, sur la façon de vivre le confinement... La bande dessinée n’est pas épargnée. Faut-il continuer à commander des livres ? Comment peut-on soutenir les autrices, auteurs et éditeurs qui vont subir de plein fouet la chute de la consommation ? L’année « BD2020 » a-t-elle même encore une raison d’être et surtout une réelle utilité ? Nous ne participerons pas ici, du moins pas directement, aux débats. Poursuivons simplement nos lectures : c’est déjà ça.

La bande dessinée réserve régulièrement - plus ou moins... - quelques jolies surprises. L’arrivée sur la scène européenne de Moa Romanova, jeune autrice suédoise, en fait partie. Née en 1992, de plus en plus connue dans son pays et déjà traduite notamment en France par Revival et aux États-Unis par Fantagraphics, elle apporte un regard à la fois personnel et très représentatif de son temps sur le monde dans lequel nous tentons de vivre.

Toujours tout foutre en l’air, récit partiellement autobiographique, met en scène la vie d’une jeune femme vivant à Göteborg. Mais cette vie est sur pause. Après un séjour en hôpital psychiatrique, Moa - le personnage et l’autrice se confondent - essaie tant bien que mal de redonner du sens à son quotidien. La multiplication des crises d’angoisse et une dépression de plus en plus lourde l’empêchent cependant de travailler, de poursuivre ses études d’art voire d’effectuer les plus petites tâches de la vie courante.

Lecture en confinement #14 : "Toujours tout foutre en l'air" - Par Moa Romanova (trad. M. Ferroussier) - Revival
Toujours tout foutre en l’air © Moa Romanova / Revival 2019

Sa rencontre avec une « star du petit écran », qui devient son mécène, semble être une lueur. Même si leur relation est ambiguë et saccadée, elle permet à Moa de s’accrocher. Les consultations médicales, le soutien maternel, les soirées avec les copines apportent aussi leur réconfort. Jusqu’à un certain point. Car la gangue qui la paralyse et la maintient dans la peur permanente d’avoir peur ne s’efface pas, bien au contraire. Et l’enjeu devient, pour Moa, de ne pas sombrer définitivement.

Si la trame narrative de Toujours tout foutre en l’air n’a rien de spécialement original, la description de la psychologie de la jeune femme est d’une finesse et d’une précision rares. Par les dialogues et par les pensées de son personnage, mais aussi par le graphisme, Moa Romanova parvient à dresser un portrait réaliste d’une femme attachante par sa fragilité et sa volonté de changer. Alors qu’elle pourrait être agaçante, notamment du fait des tics de sa génération gentiment soulignés par l’autrice, elle devient peu à peu comme une amie ou un proche que l’on voit se défaire sans savoir comment l’aider.

Toujours tout foutre en l’air se caractérise par sa modernité et même son ultra-contemporanéité, qu’il s’agisse du récit - un point de vue subjectif associé à des maux universels - ou du dessin - inspiré de tout ce que la bande dessinée alternative a pu produire ces dernières décennies, du fanzinat des années 1980 à l’impression en risographie très en vogue depuis quelques années. Mais Moa Romanova a su y intégrer son regard, donnant ainsi envie de la suivre.

FH

Toujours tout foutre en l’air © Moa Romanova / Revival 2019

Toujours tout foutre en l’air - Par Moa Romanova - Revival - traduction du suédois par Mathis Ferroussier - 17 x 24 cm - 184 pages couleurs - couverture cartonnée - ISBN 9791096119288 - parution le 4 septembre 2019.

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