La vogue des intégrales (2)

3 octobre 2002 0 commentaire
  •  Tous les éditeurs s'y mettent: de plus en plus nombreuses sont les séries à être rééditées sous la forme de collections "intégrales" ou "Omnibus". Parfois enrichies de matériel inédit. Parfois sous de nouvelles formes, visant à toucher un autre public. Elles co-existent avec l'édition traditionnelle ou la remplacent carrément. Petit passage en revue de récentes parutions.

La vogue des intégrales (2)Dans "La jungle en Folie", ce grand amateur de jeux de mots qu’est Christian Godard a commis les pires de toute sa carrière, développant de nombreux gags dans le seul but de pouvoir conclure sur un énorme calembour. Les planches en étaient truffées, du titre ("La Faillite, nous voici !) aux petites pies cachées dans les décors, qui n’étaient là que pour ajouter encore d’autres jeux de mots. Le deuxième volume de l’intégrale de cette série née dans "Pif Gadget" reprend "Corrida pour une vache maigre", "Perrette et le grand méchant Louloup" et "La crise", accompagnés d’une introduction qui n’a que peu de rapport avec la série puisqu’elle parle de l’ambiance au journal Pilote à l’époque, avec la liste des couvertures du journal Pilote en 1969. On sent que le rédacteur n’avait rien, mais alors rien à dire à propos de cette série... car, en 1969, "La jungle en folie" n’avait aucun rapport avec Pilote puisqu’elle n’y était pas publiée !
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image 128 x 174 Grand amateur de la langue française, lui aussi, mais dans un tout autre genre, Michel Greg avait réalisé, avec Achille Talon, la série de bande dessinée la plus volubile. Il se délectait des longues envolées verbales de ce bavard impénitent dont les phylactères pouvaient occuper plus de la moitié de la surface de chaque planche. Mais le génie comique de Greg ne se limitait pas à cet aspect. Il était également archi-doué dans l’humour visuel, comme témoignent certains gags du dixième volume de "Mon oeuvre à moi", qui reprend "L’insubmersible Achille talon", "La Loi du Bidouble" et "Achille Talon a un gros nez". Précédés de textes tirés de "La Détonation Vespérale", le journal préféré d’Achille Talon, qui furent publiés dans le très éphémère "Achille Talon magazine".
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  image 128 x 174 La réédition du grand classique qu’est "Barbe Rouge" en est déjà, elle, à son onzième volume. Les titres de cette période ("A nous la tortue", "L’or et la gloire" et "La guerre des Pirates") ne sont déjà plus de Jean-Michel Charlier, malheureusement décédé. Jean Ollivier et Christian Gaty sont aux commandes, qu’ils passeront bientôt à Bourgne et Perrissin. Cette réédition est précédée d’un "Pilotorama montrant une coupe dans un "vaisseau du grand siècle" qui fut publiée dans le numéro 1 de Pilote, et d’une anecdote historique sur l’île de la Tortue.
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image 128 x 174 Les Editions de Lombard poursuivent à vive allure la réédition d’une oeuvre de grande ampleur : les réjouissantes aventures de Chick bill, Kid Ordinn, Dog Bull et Petit Caniche. Avec des titres qui valent leur pesanteur... euh, pesant d’or : "Ces merveilleux fous volant l’argent d’autrui bien que la police veillât", "Le Filon fêlé du filou félon", "Le troc truqué de Dog Bull", et "Le Rapace de Wood-City". Des amusettes qui ont pour unique but d’amuser le lecteur et qui y parviennent grâce à l’humour bon enfant de Tibet, alors (nous étions au milieu des années 60) en pleine forme. Kid Ordinn avait volé la vedette à Chick Bill depuis belle lurette, et son duo laurelethardien avec Dog Bull était hilarant. Le court dossier introductif traite de l’art de l’acrostiche chez Tibet, une forme très évoluée de la poésie, qu’il a détournée avec humour et un réel talent pour ses amis et collègues. Une facette inattendue d’un auteur qui ne se prend jamais au sérieux. Heureusement pour nous...
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  image 128 x 174 Albert Weinberg, s’il n’a pas connu le succès de Tibet, fut lui aussi une des grandes gloires du journal Tintin des années 50 et 60 avec son aviateur canadien Dan Cooper. Qui nous ramène au bon temps de la conquête spatiale, comme l’indique le premier récit des quatre qui constituent le septième volume de la collection : "Apollo appelle Soyouz". Publié dans le journal Tintin en 1969, il commémorait à sa façon la prodigieuse odyssée de l’homme qui, cette année-là, marcha pour la première fois sur la lune. Contrairement à la réalité de l’époque, cependant, Weinberg y imaginait que les Américains et les Russes pouvaient collaborer. Weinberg s’y révélait un formidable scénariste. Dommage que les coloristes de la même époque n’avaient pas son talent : les couleurs ne sont pas du même niveau de qualité — c’est un euphémisme. Les amateurs de ce grand classique retrouveront, dans la partie introductive, son tout premier récit complet de trois pages. Et les albums "L’affaire Minos", "Objectif Jumbo", et "Crash dans le 135".
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image 128 x 174 Enfin, terminons par l’une des oeuvres les plus torturées de la bande dessinée classique des années 60/70 : Chevalier Ardent, par François Craenhals (Casterman). La réédition en intégrale comble un vide, puisque les premiers titres sont épuisés. Elle permettra donc de faire découvrir à une nouvelle génération la fougue et la passion d’un héros téméraire, toujours au bord de la crise de nerfs, éperdu d’amour pour la jeune princesse Gwendoline et en permanence éloigné d’elle, par le roi Arthus, son père, ou simplement par le malheur. Les récits de Craenhals mêlaient aventure médiévale, romantisme et fantastique, dans des scénarios souvent terriblement angoissants mais très denses en action. Une oeuvre prenante, émouvante et forte. Incontournable.
On regrette que l’introduction soit limitée à un commentaire résumant les trois tomes repris dans ce volume ("La corne de Brume", "La harpe sacrée" et "Le secret du roi Arthus")... et que les coloristes de l’époque aient eu si peu de créativité !
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(par Patrick Albray)

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