Le phalanstère du bout du monde - Boullez et Corbeyran - Delcourt

7 septembre 2001 0 commentaire
  •  Y a-t-il pire drame que perdre ses parents lorsqu'on est un petit enfant timide, frêle et sans défenses?  Oui: les perdre lorsqu'ils viennent de nous amener pour la première fois dans un internat. Le pire de tous: le phalanstère, un véritable univers concentrationnaire à la Kafka. Absurde, cruel et totalement inhumain.

Le jour où, accompagné par ses parents, le petit Jean fait son entrée au phalanstère, sa vie d’enfant timide bascule brutalement dans un bain brûlant d’acide.

Projeté dans les rouages d’un monde violent dont il ne comprend ni les tenants ni les aboutissants, Jean cesse d’être lui-même et devient le témoin sceptique de sa propre déchéance. Il passe tout son temps à errer de couloirs obscurs en édifices absurdes et à se faire expliquer les règles du jeu compliqué que son entourage entend lui faire jouer. Avec soumission et naïveté, Jean s’appliquera à le jouer.

C’est que le phalanstère n’est pas un internat comme les autres. C’est une impitoyable machine à humilier et à broyer les personnalités, dont tous les occupants savent qu’ils ne ressortiront jamais vivants. Alors, on s’adapte, on plie d’abord sous les contraintes absurdes. Puis on apprend à les contourner. Et c’est là que cela devient intéressant. Car on comprend que le phalanstère cache un secret. Un monstrueur secret.

Un dessin incisif tout en ombres chinoises pour un univers sombre à la limite de la folie, c’est le résultat d’une fusion parfaite entre Amaury Bouillez, jeune dessinateur sorti de l’Académie de Tournai, et Corbeyran, scénariste éclectique et imprévisible.

(par Patrick Albray)

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Effrayant, dérangeant, cauchemardesque. Les mots ne manquent pas pour qualifier un livre dont la lecture, dès les premières pages, met mal à l’aise. L’horreur ! Pas d’images choquantes, non, pas de gore. Mais une horreur qui s’insinue au fil des pages et qui, très vite, glace les veines. Par les tortures psychologiques infligées à ces gamins qui, pourtant, s’habitueront au pire. Par les règles absurdes qu’on leur impose avec violence et qui étouffent la moindre graine d’humanité qui pourrait germer en eux. Et par ces immenses yeux de petit garçon, qui tentent de comprendre et qui comprendront trop tard. On songe à Foerster pour les références graphiques et à Kafka pour l’ambiance oppressante.

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