Nemo - T4 : Une Hécatombe - Par Brüno - treize étrange

7 novembre 2004 0 commentaire
  • Avec ce quatrième tome, {{Brüno}} conclut son adaptation en bande dessinée de {Vingt Mille lieues sous les mers}.

Entamée en 2001, cette version du célèbre roman de Jules Verne diffère sensiblement de la source. Le capitaine Nemo n’a pas particulièrement un physique de prince indien (contrairement au choix fait par Alan Moore et Kevin O’Neill dans La Ligue des gentlemen extraordinaires), la machinerie du Nautilus et celle des divers navires rappellent plus le 20e siècle que le 19e, et surtout, les personnages ne connaissent pas tous le même destin que dans le roman.
Ces points ne sont pas en défaveur de Brüno, bien au contraire. Il s’est manifestement approprié le roman, et les différents personnages sont crédibles et variés. Nemo est encore plus mystérieux que dans le roman, et les trois prisonniers du Nautilus se sont plus ou moins bien adaptés à leur nouvelle situation : le professeur Aronnax a été rapidement fasciné par les possibilités de découverte et d’études des fonds sous-marins que lui offre Nemo, Conseil, son domestique, en a profité pour se plonger dans la gigantesque bibliothèque du navire, alors que Ned Land, un harponneur farouche, est resté déterminé à s’échapper. Les relations entre Ned et Nemo sont d’ailleurs plus tendues que dans le roman et amènent une grande tension dramatique dans la BD.

Nemo - T4 : Une Hécatombe - Par Brüno - treize étrange

Cette tension passe aussi par le dessin de Brüno, qui dessine des personnages souvent durs et presque sinistres, que ce soient le capitaine d’un navire pourchassant le Nautilus, Nemo ou même Ned. Il n’y a pas de « gentils » ou de « méchants » dans ce récit, tous ces hommes sont la proie de leurs obsessions et de leurs haines. Le dessin de Brüno est également remarquable par sa peinture de la faune sous-marine et des différents lieux visités par le sous-marin, qui prennent vie par un travail de grande stylisation graphique assis sur une volonté manifeste de rendre vraisemblables les énormes mécaniques que sont le Nautilus et les vaisseaux de guerre qu’il combat.
L’excellente trouvaille qui consiste à faire parler Nemo et son équipage par pictogrammes (cette idée rend le langage incompréhensible présent dans le roman) lors de la conduite du Nautilus ajoute à l’étrangeté des scènes, comme y participent les belles couleurs souvent expressionnistes de Laurence Croix.

La série Nemo est donc un bon exemple de ce que peut apporter une adaptation en bande dessinée qui ne cherche pas à coller à la source, mais qui profite des forces et des spécificités de ce moyen d’expression.

(par François Peneaud)

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Il est à noter que ce quatrième tome est vendu avec un coffret pouvant accueillir la totalité de la série, accompagné d’un joli livret de 16 pages rempli de reproductions d’ex-libris, de croquis et de travaux préparatoires.

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