Bande dessinée : une Histoire de héros

23 juillet 2018 2 commentaires
  • Ce qui frappe dans les publications récentes de bandes dessinées à thématique historique, c’est la mise en avant de figures héroïques, une méthode d’appropriation de l’Histoire qui avait la préférence des pédagogues du XIXe siècle et qui fut combattue ensuite par des courants d’historiens plus modernes mais qui, en bande dessinée, continue d’avoir la cote.

« Contons-lui les Gaulois et les druides, Roland et Godefroi de Bouillon, Jeanne d’Arc et le grand Ferré, Bayard et tous ces héros de l’ancienne France avant de lui parler des héros de la France nouvelle  » disait Ernest Lavisse, figure de l’enseignement historique du XIXe s. qui prônait «  la poésie de l’histoire » mais avec un objectif républicain bien affirmé : « … montrons-lui cette force des choses qui a conduit notre pays de l’état ou la France appartenait au roi à celui où elle appartient aux Français pourvus des mêmes droits, chargés des mêmes devoirs : tout cela, sans déclamation, sans haine, en faisant pénétrer dans son esprit cette idée juste que les choses d’autrefois ont eu leur raison d’être, qu’il y a des légitimités successives au cours de la vie d’un peuple et qu’on peut aimer toute la France sans manquer à ses obligations envers la République. » [1]

Bande dessinée : une Histoire de héros
Churchill T. 1 de Vincent Delmas et François Kersaudy (scénario), Alessio Cammardella (Dessins)
© Glénat
Alexandre le grand de David Goy et Luca Blengino (Scénario), Paulin Ismard (Historien), Antonio Palma (Dessin) - Ed. Glénat

Dans sa collection « Ils ont fait l’Histoire » coéditée avec le grand éditeur d’ouvrages historiques Fayard, les éditions Glénat ne font pas autre chose que de suivre la voie tracée par Lavisse : Jules César, Vercingétorix, Charlemagne, Saladin, Gengis Khan, Saint-Louis, Philippe le Bel, Jeanne d’Arc, Luther, François 1er, Soliman le magnifique, Catherine de Médicis, Elisabeth 1ère, Louis XIV, Robespierre, Napoléon, Jaurès, L’Empereur Meiji, Clémenceau, Lénine, Churchill, Kennedy, Mao Zedong…

C’est bien l’Histoire des grands hommes qui nous est contée avec sérieux (grâce au soutien d’historiens patentés), avec une belle constance et avec une approche artistique certes souvent besogneuse (on n’y trouvera aucun chef-d’œuvre) mais qui a l’avantage de faire vivre un nombre conséquent d’auteurs qui font quelquefois sur ce genre d’ouvrages leurs premières armes en collaboration avec des auteurs confirmés. Dans nos jours, contrairement à ce que cela fut avant les années 1980, les prépublications ne jouent plus le rôle de « rampe de lancement » des jeunes auteurs : ce type de publication est appréciable.

Alexandre le grand de David Goy et Luca Blengino (Scénario), Paulin Ismard (Historien), Antonio Palma (Dessin)
© Glénat
Lincoln par Farid Ameur (Scénario), Fred Duval et Roberto Meli (Dessins) - Ed. Glénat

Des BD pour non-lecteurs de BD

À cela s’ajoute le fait que ce genre d’ouvrages draine le plus souvent des non-lecteurs de bande dessinée car ils constituent le cadeau idéal pour les amateurs de bande dessinée et d’histoire et peuvent se placer dans des endroits où la bande dessinée pénètre peu.

Francois 1er par Dobbs et Florence Alazard (Scénario) et Chaiko (Dessins) - Ed. Glénat

Récemment, alors que je visitais l’établissement L’Atelier des lumières, une ancienne usine transformée en « lieu d’art submersif » d’images numériques, dans un spectacle consacré à Gustav Klimt, j’ai été surpris de voir dans l’inévitable Art Shop du lieu une pile d’une centaine d’albums de la collection Glénat consacrée à cette figure de la Sécession viennoise. Alors que les librairies spécialisées chassent de leur table de nouveauté ce type au bout de quelques jours seulement, là, les éditions Glénat sont assurées d’être présentes de longues semaines.

Cela n’empêche pas les « vrais » lecteurs de BD d’y trouver leur compte. Mais, personnellement, je conserve avec beaucoup de nostalgie la lecture des biographies de Don Bosco ou de de Baden Powell de Jijé, de Monsieur Vincent de Reding, de Surcouf de Jean-Michel Charlier et de Victor Hubinon, ou encore du Winston Churchill d’Octave Joly & Eddy Paape.

Pourquoi me donnent-ils l’impression de faire « œuvre » davantage que ces productions contemporaines ? Peut-être parce que je suis devenu un vieux con, peut-être aussi parce que ce processus de collection tient davantage du travail de commande et s’adresse à des auteurs moins prestigieux. Je vous laisse juger de la chose, les deux hypothèses étant plausibles.

Francois 1er par Dobbs et Florence Alazard (Scénario) et Chaiko (Dessins)
© Glénat
Documents
Ghost Rider par Roland Boschi - Scénario : Jason Aaron- Couleurs : Dan (...) Lincoln par Farid Ameur (Scénario), Fred Duval et Roberto Meli (...)

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Commander Churchill T. 1 de Vincent Delmas et François Kersaudy (scénario), Christophe Regnault (Storyboard), Alessio Cammardella (Dessins), Alessia Nocera (Coloriste) chez Amazon ou à la FNAC

Commander Alexandre le grand de David Goy et Luca Blengino (Scénario), Paulin Ismard (Historien), Antonio Palma (Dessin), Flavio Dispenza – Arancia Studio (Couleurs) chez Amazon ou à la FNAC

Commander Lincoln par Farid Ameur (Scénario), Fred Duval et Roberto Meli (Dessins) et Arancia Studio (Couleurs) chez Amazon ou à la FNAC

Commander Francois 1er par Dobbs et Florence Alazard (Scénario) et Chaiko (Dessins) chez Amazon ou à la FNAC

[1Ernest Lavisse, L’Enseignement historique en Sorbonne et l’éducation nationale, Leçon d’ouverture au cours d’histoire du moyen âge, à la Faculté des Lettres de Paris en décembre 1881 - Extrait de la Revue des Deux Mondes livraison du 15 février 1882.

 
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