Bikers et rockers aux 11e Rencontres Chaland de Nérac

6 octobre 2018 2 commentaires
  • Chaque année depuis onze ans, nous vous donnons rendez-vous dans ces terres de Nouvelle Aquitaine pour retrouver, sous l’ombre tutélaire du prince de la Ligne claire, Yves Chaland, une vingtaine d’auteurs soit compagnons de route du dessinateur néracais, soit dont l’esprit innovant s’inscrit dans la lignée de son travail. L’invité d’honneur 2018 est l’emblématique mécanicien de l’humour Rock, Frank Margerin.

Le créateur de Lucien est un compagnon de route de Chaland. Pendant qu’Yves regardait du côté de Spirou et de Jijé, Franquin et Tillieux, Frank Margerin cultivait une version franchouillarde de l’esprit de Mad Magazine dans un trait souple au pinceau à la Morris.

Il incarne, avec Serge Clerc également présent à Nérac cette année, le « tournant Rock » de Métal Hurlant. L’univers que décrit Margerin à cette époque, aux côtés de Tramber & Jano, Denis Sire ou de Dodo & Ben Radis, c’est la banlieue. Pas celle des rappeurs plaqués-or du 9-3, mais cette banlieue populaire qu’avaient connue Druillet, Moebius et Dionnet quand ils se réunissaient à Livry-Gargan : celle qui votait communiste avant de virer à droite toute.

Bikers et rockers aux 11e Rencontres Chaland de Nérac
Frank Margerin et Isabelle Chaland-Beaumenay
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)
L’exposition "Frank Margerin - Le Mécanicien de l’humour Rock" rend justice à un artiste célèbre mais méconnu.

L’exposition rétrospective des Tanneries montre bien sa constance en même temps que son évolution. On découvrira Margerin sous un autre jour quand on aura fini de le cataloguer -effet de la gnose angoumoisine- parmi les auteurs « gros nez » qui ne méritent pas d’être regardés parce qu’ils font partie de ces auteurs sans « attitude », sans intention d’épater la galerie autrement que par un humour bonhomme et gentiment moqueur. Car quand on regarde ses dessins de près, et c’est possible dans cette exposition, on voit se déployer toute une sociologie de cette époque des années 1980 où ces jeunes gens dont les frères aînés avaient fait Mai 68, se construisent leur propre contre-culture post-moderne accompagnée de l’impertinence et la gouaille d’un Philippe Manœuvre ou de la subversion érudite et passionnée de Jean-Luc Fromental. Il est vrai qu’à l’ombre de cette Ligne claire, certains appréciaient une ligne blanche efficacement dealée de Paris à Angoulême. L’époque voulait cela.

Dans la nuit néracaise, Frank Margerin retrouve Jean-Luc Fromental, le timonier de Métal Aventure, la revue publiée par les Humanoïdes Associés.
Bruno Gaccio. Chaland lui a évité de sombrer dans la délinquance...

L’autre attraction de cette édition est la présence de Bruno Gaccio. Que vient faire ici ce comédien de café-théâtre, dialoguiste-vedette des Guignols de l’info, et directeur de la fiction chez Canal + avant qu’un tycoon de l’industrie ne rachète la chaîne et ne décide de liquider ce nid de gauchistes séditieux ? Eh bien, le film d’Avril Tembouret présenté en avant-première ce samedi, L’Énigme Chaland en donne la réponse : à Saint-Étienne, Gaccio avait rencontré dans un bistrot une bande de jeunes chevelus des Beaux-Arts où Yves Chaland trônait déjà en majesté. Ce dernier l’invita à y présenter un dossier alors même que le jeune homme ne savait pas dessiner. Peu importe ; c’est Chaland et ses amis qui firent les dessins pour lui ! Gaccio n’alla pas aux Beaux-Arts, mais celui qui à ce moment occupait à temps plein une activité de voleur de mobylettes (jusqu’à 37 dans une journée, qu’il déplaçait d’un bout à l’autre de la ville), prit conscience de l’intérêt de la narration et monta à Paris pour y jouer de la comédie au Café de la Gare. Chaland avait changé sa vie.

Pascal Jousselin a reçu le prix Jeune Albert pour "Imbattable" (Dupuis) et Ryan Jones le prix Petit Albert pour "Rescapés de la Shoah" (Flammarion). Ils entourent Isabelle Chaland-Beaumenay, la directrice du festival.

On ne saurait résumer tous les attraits de ce petit festival à taille humaine qui réunit aussi bien le Britannique Ryan Jones, que la garde rapprochée d’Yves Chaland : Serge Clerc, Philippe Dupuy, Jean-Claude Götting, la charmante Lucie Durbiano, les élégants François Ayroles, Nicolas Dumontheuil ou Christian Cailleaux, et les très hype Fanny Michaelis et Ludovic Debeurme lesquels, rejoints par Julien Tiberi, gratifient les festivaliers d’un concert avec leur groupe Fatherkid.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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LE PROGRAMME DE LA MANIFESTATION SUR LE SITE DE L’EVENEMENT avec des dessins inédits !

Photos : D. Pasamonik (L’agence BD)

 
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