Fabrice Douar (Louvre Éditions) : "Deux auteurs américains vont entrer dans la collection"

4 août 2018 0 commentaire
  • À l'occasion de la sortie au Japon de "Mujirushi, le Signe des rêves" de Naoki Urasawa, le dernier album de la collection Futuropolis-Louvre, nous avons interrogé Fabrice Douar, directeur éditorial au Louvre. Regard sur une collection volontairement éclectique.

À propos de la création du Signe des Rêves, comment Naoki Urasawa s’est-il approprié le musée ? Lui avez vous proposé un projet, un angle, une œuvre d’art en particulier ?

Fabrice Douar (Louvre Éditions) : "Deux auteurs américains vont entrer dans la collection"
"Mujirushi, le signe des rêves" par Naoki Urasawa

Naoki Urasawa est venu tous les jours au musée pendant une semaine en 2017. Il était accompagné des traducteurs et des éditeurs. Il a visité les combles, les sous-sols, et même les toits. Chaque auteur a carte blanche, il ne s’agit pas d’une œuvre de commande. Nous ne donnons aucune contrainte sur les techniques utilisées, le scénario, ou sur les oeuvres qui figurent dans l’album. Simplement, le Louvre ne doit pas être un décor mais doit se trouver au cœur de l’intrigue

Le Signe des rêves est-il déjà paru au Japon ?

En effet, comme pour Matsumoto il a été pré-publié par épisodes début 2018 dans la revue Big Comic Original d’octobre 2017 à février 2018. L’intégrale du premier tome sort le 30 juillet au Japon, chez nous il sortira le 23 août 2018.

Constatez vous un intérêt accru pour les œuvres qui ont figuré dans un album de cette collection ?

J’aimerais bien le savoir, mais avec l’afflux de visiteurs c’est impossible à déterminer ! En revanche, pendant l’exposition au Louvre d’Enki Bilal "Les Fantômes du Louvre", j’ai entendu à plusieurs reprises des gens demander si c’était bien là que se déroulait l’exposition Bilal. Des visiteurs sont venus au Louvre spécialement pour cette exposition, c’est intéressant.

"Les Fantômes du Louvre" par Enki Bilal

Vous travaillez en collaboration avec l’éditeur Futuropolis, comment les auteurs sont-ils choisis et par qui ?

En général, c’est moi qui propose les auteurs. En fait, je prépare une shortlist et Sébastien Gnaedig, le directeur éditorial de Futuropolis, rédige la sienne. Ensuite nous comparons. Très souvent il y a des concordances !

Lorsqu’il s’agit d’auteurs franco-belges, c’est Sébastien qui les contacte. Pour les auteurs étrangers, c’est moi qui voyage et qui prend contact directement.

Comment s’est passée la collaboration avec Shôgakukan, l’éditeur d’Urasawa au Japon ?

"Les Gardiens du Louvre" par Taniguchi

La collaboration s’est déroulée assez simplement puisque nous avions déjà travaillé avec eux. Il y a quelques années, Futuropolis-Louvre avait contacté Jirô Taniguchi qui s’était engagé pour faire un album dans cette collection (Les Gardiens du Louvre). Il a ensuite exprimé le souhait de l’éditer au Japon et nous a mis en relation avec Shôgagukan. Nous nous sommes donc occupés de l’édition française pendant que Shôgagukan prenait en charge la version japonaise.

Comme j’avais déjà l’intention de travailler avec d’autres mangakas par la suite, j’ai proposé à Shôgagukan de poursuivre la collaboration, ils ont bien sûr accepté. Nous avons travaillé ensemble pour Taiyô Mastumoto et pour Urasawa et il y en aura encore d’autres à venir. Mais nous avons été réunis par Taniguchi, ce qui est amusant.

Naoki Urasawa est le seizième auteur et le quatrième mangaka à entrer dans la collection. Aviez-vous dès le départ la volonté d’ouvrir la collection aux auteurs asiatiques ?

Le projet a évolué avec le temps, j’ai pu affiner ma vision du projet. J’ai envie que cette collection de bandes dessinées du Louvre reflète la richesse et la variété actuelle du monde de la bande dessinée contemporaine. Cela a commencé par le franco-belge, ensuite nous l’avons ouvert au manga, et maintenant je cherche à l’étendre aux comics.

Chaque ouvrage de la collection est différent du précédent, que ce soit du point de vue du style ou du type d’histoire. Cela peut dérouter, certaines personnes me disent qu’ils aiment tel album, mais pas tel autre, ce qui ne me dérange pas du tout ! C’est presque fait pour cela. Il y a une telle richesse en bande dessinée qu’il faut la montrer. Cette collection prendra tout son sens une fois terminée et proposera une sorte d’histoire de l’art de la bande dessinée contemporaine. Ça c’est mon objectif.

Je souhaite également que les albums reflètent la diversité des collections du musée du Louvre. C’est un musée encyclopédique, il rassemble des œuvres d’art graphique de tous les pays et toutes les époques. Je souhaite que cette collection de bandes dessinées devienne elle aussi encyclopédique et fasse un effet miroir sur la richesse des collections du Louvre.

C’était donc évident pour moi d’aller prospecter en Asie, car le manga est une part non négligeable de la production de bandes dessinées actuelles, comme le comics.

"Rohan au Louvre" par Hirohiko Araki

Vous évoquez la fin de la collection, combien de titres pensez-vous publier ?

Au départ nous étions partis pour quatre titres seulement, aujourd’hui nous en sommes à seize ! La suite dépendra de la direction du musée, mais nous avons l’impression d’avoir encore beaucoup de choses à faire et plusieurs auteurs avec qui nous aimerions collaborer.

Parlez-nous des prochains auteurs qui vont travailler dans cette collection, vous avez évoqué des mangakas et des auteurs de comics...

Je suis engagé avec deux mangakas et j’ai commencé à prospecter aux États-Unis. Deux auteurs à ce jour m’ont donné une réponse positive.

Des auteurs et autrices d’autres nationalités encore vont-ils faire leur apparition ?

"L’Art du chevalement" par Philippe Dupuis et Loo Hui Phang

La contrainte est de ne pas refaire ce qui a déjà été publié. Les premiers auteurs ont eu le choix, cela va devenir de plus en plus compliqué. Mais je n’ai pas d’inquiétude, il y a de la place pour faire des choses très variées. Pour l’instant, aucune autrice n’est prévue, mais ce serait avec grand plaisir, j’espère que cela viendra. Il y a également eu Loo Hui Phang qui a écrit le scénario de L’Art du chevalement sur le Louvre-Lens.

Pour fêter les dix ans de la collection, vous avez publié en 2016 un ouvrage collectif : Les rêveurs du Louvre. Pouvez vous nous en dire plus ?

"Les Rêveurs du Louvre"

Les premiers auteurs de la collection étaient tous franco-belges, mais à partir de 2009 la collection s’est étendue au manga et aux auteurs asiatiques. Mais le Louvre n’est pas une maison d’édition, il n’était pas possible de publier un ouvrage par auteur. Le choix s’est donc porté sur des histoires courtes, réalisées par sept auteurs taïwanais et qui ont fait l’objet d’une exposition à Taïwan. Cette exposition, justement nommée “Louvre 9”, met en avant les liens entre le Louvre et le Neuvième Art.

En 2016 l’expérience a été reconduite au Japon. Une exposition itinérante a eu lieu dans quatre lieux avec quatre mangakas différents. Les onze histoires courtes asiatiques ont été exposées puis réunies dans l’album Les Rêveurs du Louvre.

Fabrice Douar (Louvre Editions) et Sébastien Gnaedig (Futuropolis) dans le métro au Japon

Avez-vous un projet particulier pour les quinze ans de la collection en 2020 ?

Pour l’instant rien n’est encore envisagé, mais j’aimerais évidemment que quelque chose se fasse. L’exposition “Louvre 9” a voyagé en Asie et devrait se terminer à Hong Kong et Macao en 2019. Cette exposition est très belle, elle est composée des planches originales de tous les auteurs de la collection et s’enrichit année après année.

En 2020 j’aimerais que l’exposition revienne à la maison-mère et que nous puissions exposer ces œuvres, cela ferait un bel hommage.

Propos recueillis par Lise Lamarche.

(par Lise LAMARCHE)

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