Hervé Bourhis : "Comme Trump a une capacité d’attention estimée à trois minutes, il pourra même lire ma BD"

26 mai 2017 2 commentaires
  • On a causé musique et politique avec Hervé Bourhis. Au menu de l'interview: Donald Trump, Black music et les élections présidentielles en France.
Hervé Bourhis : "Comme Trump a une capacité d'attention estimée à trois minutes, il pourra même lire ma BD"

Cette année, vous avez participé au festival BD de Quaregnon. Pourriez-vous nous en parler ?

Hervé Bourhis : Je suis ami avec Morgan Di Salvia et j’avais envie de venir à l’événement qu’il organise à Quaregnon. C’est bien d’organiser ce genre de festival dans des petites villes comme ça, et en plus c’était très bien organisé. On a fait une fresque de 8 mètres sur l’histoire de la BD avec Terreur Graphique, on a vu d’excellents courts-métrages d’animation prêtés par Anima, c’était un excellent week-end !

Trump de A à Z :

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Trump de A à Z
Hervé Bourhis & collectif (c) Casterman

En ce mois de mai, vous proposez une BD consacrée à Donald Trump, intitulé Trump de A à Z. Quelle était votre intention lorsque vous avez imaginé ce livre ?

C’est parti d’une discussion avec Martin Zeller, de Casterman. Il m’a demandé si je ne voulais pas faire une bio de Donald Trump en bande dessinée. Je ne me voyais pas passer un an à travailler sur le bonhomme. J’avais déjà refusé de faire La présidente sur Marine le Pen pour les mêmes raisons. J’aime bien passer du temps sur mes livres, mais quand je suis amoureux du sujet ! J’ai eu l’idée de l’abécédaire, qui définit aussi bien le personnage qu’une bio classique. En plus, on peut le lire d’une traite, ou le picorer. Et comme Trump a une capacité d’attention estimée à trois minutes, il pourra même le lire.

Ce livre a beaucoup de similitudes avec la série des Petits livres… L’avez-vous conçu exactement de la même façon ?

Pas du tout. Les Petits livres ont des sujets qui m’obsèdent depuis l’adolescence. Je les porte pendant des années. Là c’est un livre sur un sujet d’actualité, qui a été fait (mais bien fait !) en deux mois. Je comparerais ça à ce que je peux faire pour la presse, mais avec le confort d’un grand éditeur. La différence également est que le récit est alphabétique, alors que les petits livres sont chronologiques, ça peut sembler anecdotique, mais au final, ça donne une lecture très différente. Enfin, l’idée était aussi d’inviter seize dessinatrices et seize dessinateurs pour illustrer les mots de l’alphabet Trump. Cette parité était une volonté, et aussi un pied de nez à l’administration très masculine qui est à la maison blanche.

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Trump de A à Z
Hervé Bourhis & collectif - dessin "Trump-Pinocchio" de Rudy Spiessert (c) Casterman

Je me fais l’avocat du diable : Trump est la victime consentante des artistes et des médias depuis plus de 30 ans. Cela leur permet de faire beaucoup d’argent sur son nom. Avouez-le, vous êtes secrètement heureux de son élection ?

Pas du tout, c’est une catastrophe. Et j’ai du mal à envisager Trump comme une victime. En revanche, il est bien la créature des médias étasuniens. Ça a été un partenariat très prolifique pendant trente ans, j’en parle abondamment dans ce livre.

Vous faite une exégèse du prénom “Donald”. Croyez-vous en l’influence des noms sur le caractère des gens ? Croyez-vous dans la prédestination ?

Non je pense qu’il aurait pu devenir président même en s’appelant Picsou.

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Trump de A à Z
Hervé Bourhis & collectif (c) Casterman

Actuellement, on parle beaucoup d’impeachment concernant la présidence de Donald Trump. Pourtant, cet épilogue est fortement improbable pour les observateurs avisés de la politique US, à cause de la complexité de la mise en œuvre de cette procédure. Une autre théorie explique que Trump pourrait tout simplement démissionner, usé par la réalité de l’exercice du pouvoir. Qu’en pensez-vous ?

Le synonyme de Trumpisme, c’est imprévisibilité. Depuis le début des primaires, il a déjoué tous les pronostics. Il ne faut pas le sous-estimer. De toute façon, s’il est destitué, ce ne sera pas le paradis. Mike Pence, le vice-président, arrivera au pouvoir, et lui c’est un vrai politique, et un vrai ultra-conservateur radical.

Le Petit livre Black Music :

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Le Petit livre Black music
Hervé Bourhis & Brüno (c) Dargaud

Fin 2016, vous aviez proposé un nouveau chapitre à votre série « Le Petit livre », en revenant à la musique, après vous être consacré à la Vème République et à la BD. Vous vous intéressez cette fois à la musique noire américaine. Pourquoi ce choix ?

C’est Brüno qui est à l’origine du projet. On se connait depuis 10 ans, on est copains, et à chaque fois qu’on se voit on parle de musique. Et ce qui nous lie, c’est le funk, la soul, le rhythm’n’blues. Bon, lui a une sévère déviance sur la période électrique de Miles Davis... Lui est un spécialiste des années 60-70, moi je suis fan de rap depuis 1983 ! On a évoqué il y a des années l’idée d’un livre qui parlerait de ces musiques.

Comment s’est mise en place cette collaboration ?

Brüno étant devenu bankable avec Tyler cross, on a mis le projet de côté pour des raisons de planning. Et puis en octobre 2015, il est venu à Bordeaux ou j’habite et m’a dit : “Mec ! J’ai un créneau de 8 mois, si on veut faire ce livre, c’est maintenant !”. Donc, on a attaqué, dans l’enthousiasme. On voulait parler de la “great black music”, mais petit à petit, on s’est rendu compte qu’il fallait circonscrire le sujet aux USA, et éliminer le jazz, qui mérite son propre livre.

Je ne suis pas d’accord quand vous dites que le 1er triomphe du R&B est CrazySexyCool de TLC. D’autres artistes tels que Boyz 2 Men (I’ll make love to you, 1994) ou Shanice (I love your smile, 1991), ont été de gros succès internationaux du R&B contemporain.

Oui, c’est vrai, mais c’est une question d’échelle et de vocabulaire. CrazySexyCool est le premier album RnB à triompher dans le monde entier, avec 11 millions d’albums vendus.

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Hervé Bourhis & Brüno (c) Dargaud

Il est difficile de résumer l’histoire de la musique noire américaine en 176 pages. Néanmoins, certains aspects de la culture noire US auraient peut-être pu être plus mis en avant tels que les mouvements pour les droits civiques ou l’entreprenariat chez les Afro-Américains. Même remarque pour certains de vos choix musicaux. Ex : dans l’année 1995, vous n’avez pas repris l’album “Me against the world” de 2Pac, qui est un album majeur de cette année-là. Avec ce disque, Tupac (2Pac) Shakur a été le premier chanteur américain (tous styles musicaux confondus) à être n°1 des charts US alors qu’il était incarcéré. Le chanteur R.Kelly, n’est quasiment pas présent dans votre livre. Pourtant, c’est un artiste majeur des 90’s et 2000. Il est d’ailleurs surnommé le roi du R&B. On pourrait aussi citer Mary J. Blige, Usher, Mariah Carey ou Ja Rule, le rival du rappeur 50 Cent, qui sont absents ou presque pas présents. Pourquoi ces choix ?

Effectivement, les Petits livres ne sont pas des catalogues ni des encyclopédies. Nous ne parlons pas de tous les artistes, d’abord parce qu’il n’y a pas d’anecdotes mirobolantes au sujet de tout le monde, et qu’il faut savoir finir un livre, et donc faire des choix. Ces livres sont également totalement subjectifs. Vous citez des artistes que vous aimez, vous faites également un choix. Quant à Mariah Carey, elle n’est pas afro-américaine. Contrairement à ce que vous insinuez, nous avons justement parlé de tous les aspects socio-culturels de cette communauté. Si tout est lié dans cette histoire, nous parlons avant tout de musique.

Tous les artistes que je viens de citer sont incontournables du rap et du R&B de ces trente dernières années, ce n’est pas juste un avis subjectif. Quant à Mariah Carey, elle est métisse. Son père est noir (Venezuela) et elle se revendique de la tradition de la musique afro-américaine. À voir ce très bon documentaire de France Ô, Les Divas de la Black Music.

Oui, c’est compliqué, et vous avez raison, mais on ne peut pas parler de tout… Eh bien, pour Mariah Carey, vous m’apprenez un truc ! Je ne savais pas.

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Hervé Bourhis & Brüno (c) Dargaud

Vous avez repris en une planche l’histoire de la fuite de Michael Jackson, Liz Taylor et Marlon Brando le 11 septembre 2001. Un film polémique a été tiré de cette anecdote. Qu’avez-vous pensé de la polémique créée par le choix de Joseph Fiennes pour interpréter Michael Jackson ?

Complètement et définitivement aberrant.

Quel est votre top 3 des chansons/ou artistes/ou albums dans la Black music ?

Ça change tous les jours, évidemment ! Je ne peux parler que de ce que j’aime à l’heure actuelle (ça aura changé dans 10 minutes !) :

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Le Teckel T3 - Votez le Teckel
Hervé Bourhis & Grégory Mardon (c) Casterman

Le Teckel T3

Pour ce nouvel album du Teckel, vous avez cédé le dessin à Grégory Mardon. Pourquoi ?

Parce que j’ai eu du mal à dessiner le deuxième et que je voulais quand même en faire un troisième. Alors j’ai fait appel au talentueux Grégory Mardon, que je connais depuis des années et qui a un style graphique assez cousin du mien.

L’album est paru en janvier, juste avant le début de la campagne présidentielle. Votre personnage apparaît comme un Trump à la française, en moins antipathique. Comment vous est venu cette idée ?

C’est une histoire écrite en 2015 ! Donc Trump n’a rien à voir, c’est une coïncidence. En revanche, on sentait depuis un moment que les électeurs avaient envie dans le monde entier de tout chambouler... Mais ça vient aussi de l’histoire de Coluche, et de ma passion pour les séries politiques (The West wing, House of cards, The Good wife, The Wire...) et un de mes films préférés est 1974, une partie de campagne de Raymond Depardon, sur l’élection de Giscard en 1974. Le Macron de l’époque !

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Hervé Bourhis & Grégory Mardon (c) Casterman

Les attachés de presse et spin doctors tiennent une place importante dans l’intrigue de ce troisième épisode. La réalité vient encore de rattraper la fiction avec la peopolisation de Sibeth Ndiaye, la responsable presse d’Emmanuel Macron. Qu’est-ce qui vous fascine chez ces experts de la com’ ?

Ils ne me fascinent pas spécialement, je constate leur importance. C’est ça la politique d’aujourd’hui. Tout est scruté et commenté à la seconde sur les chaines info et les réseaux sociaux. On peut être détruit en un tweet. Forcément, il vaut mieux être conseillé. Enfin là je parle de politique nationale. Il existe toujours des élus locaux, les mains dans le cambouis et très loin des spin-doctors.

Combien d’albums prévoyez-vous encore pour Le Teckel ?

Je ne sais pas. Rien de prévu pour l’instant.

Parmi vos prochains projets, vous avez annoncé Le Petit Livre de la Chanson à boire. Comment est né ce nouveau projet ? Que représentent pour vous les chansons populaires ? Quels sont vos autres projets ?

Non, c’était juste une blague d’HalfBob pour mon anniversaire. C’est d’ailleurs fou, on m’a plusieurs fois contacté pour que j’en parle. Ce projet n’existe pas. J’aime bien boire et chanter, mais pas en même temps ! Je travaille sur d’autres projets, mais rien de signé encore. Je suis sur le scénario du film Le Teckel depuis août, par contre.

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Hervé Bourhis & Grégory Mardon (c) Casterman

(par Christian MISSIA DIO)

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En médaillon : Hervé Bourhis
Photo : DR

Bandeau : montage Barack Obama (DR)

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Agenda : Expo Hors les murs - Soul Graphic, face B

En Parallèle des 22ème Rendez-Vous de la Bande dessinée d’Amiens, l’Université Picardie Jules Verne propose une exposition consacrée à Brüno, auteur et illustrateur de bandes-dessinées et créateur du design de l’affiche des 22ème Rendez-Vous de la Bande-dessinée.

L’exposition Soul Graphic face B, réalisée par des étudiants de l’université, met en lumière 4 de ses albums : Lorna, Tyler Cross, Les Aventures de Michel Swing et Le Petit livre Black Music. Amateurs de musique, cinéphiles ou encore passionnés de nanars, précipitez-vous aux portes de l’espace Paul Meyer à la bibliothèque du campus du 23 mai au 11 juillet 2017.

Entrée libre de 9h00 à 17h00.

 
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