Kamishibai : les mangas sont dans la rue

14 novembre 2009 0 commentaire
  • À Paris, dans les années 30, il y avait à chaque coin de rue ces chanteurs ambulants qui faisaient ronronner leur orgue de barbarie en reprenant les ritournelles à la mode. Et bien dans le même temps, à Tokyo, il y avait les conteurs de kamishibai.
Kamishibai : les mangas sont dans la rue
Un conteur de Kamishibai en 1946
(c) Nash/La Martinière

Le livre d’Éric Nash paru en septembre et intitulé "Manga kamishibai" rend hommage à ces milliers d’anonymes qui arpentaient les rues avec leur petit théâtre ambulant. A chaque arrêt, des dizaines d’enfants s’agglutinaient pour écouter les formidables histoires racontées par ces conteurs-comédiens qui appuyaient leur discours sur des panneaux dessinés reprenant les étapes clefs du récit. Pour chaque histoire, étaient tour à tour dévoilées aux spectateurs une douzaine d’images peintes à la main, fournies par des studios de dessinateurs.

Chaque séance essayaient de contenter tous les spectateurs avec une succession d’histoires pour filles, pour garçons et pour adultes, sur le modèle des manga shôjo, shônen et seinen apparus après la Première Guerre mondiale. L’impact sur la jeunesse était assez incroyable puisque Éric Nash évalue à 2500 le nombre de conteurs dans les rues de Tokyo, chacun effectuant jusqu’à une dizaine de séances par jour devant une trentaine d’enfants à chaque fois. Le calcul donne le tournis.

Le fameux Golden Bat
(c) Nash/La Martinière

La créativité est également assez étonnante. En 1931, les spectateurs du kamishibai voient ainsi apparaître un squelette qui louche nommé Golden Bat. C’est tout simplement le premier super-héros en costume (sept ans avant Superman). Tous les thèmes sont d’ailleurs abordés : de l’aventure à la romance, du récit historique à la science-fiction. Les kamishibai peuvent aussi s’inspirer des dessins animés américains. Les personnages de Walt Disney et Betty Boop sont par exemple très prisés. Mais avec la montée en puissance d’un gouvernement japonais autoritaire et expansionniste, les kamishibai prennent un ton plus patriotique proche de la propagande.

Les aventures de Kintaro le parachutiste
(c) Nash/La Martinière

Après guerre, soupçonnés par les autorités américaines de véhiculer l’esprit guerrier japonais, les kamishibai sont sérieusement encadrés.

L’américanisation du Japon commence par sa jeunesse
(c) Nash/La Martinière

Le mode de vie des États-Unis y est glorifié. Ils sont même utilisés pour propager à travers le pays l’idée de démocratie. Une fois l’occupation américaine achevée en 1952, fleurissent les récits post-explosion nucléaire.
L’âge d’or du kamishibai s’achève brutalement avec le développement de la télévision. À la fin des années 1950, le déclin est déjà perceptible. Les dessinateurs de ces petits panneaux se reconvertissent alors dans les dessins animés ou dans les mangas. Dix ans plus tard, les conteurs ont pratiquement disparu. Aujourd’hui, seuls quelques nostalgiques acharnés parcourent les rues de Tokyo avec leur petit théâtre ambulant.

Après la Bombe
(c) Nash/La Martinière

(par Thierry Lemaire)

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